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Les musiciens québécois ne voient pas la lumière au bout du tunnel

Un masque accroché à la tête d'une guitare dont on voit une partie du manche.

Plus d'un musicien sur trois au Québec dit avoir gagné moins de 20 000 $ en 2020.

Photo : Getty Images / iStock/Filip Viranovski

Selon un sondage mené par la Guilde des musiciens et musiciennes du Québec, la situation de ses membres s'est encore détériorée depuis l'automne.

Sans surprise, les musiciens professionnels ont vu leurs revenus chuter de façon draconienne en 2020, et la majorité des répondants estiment qu'en 2021, ils devraient même être inférieurs.

Dans ce deuxième coup de sonde en moins de six mois, plus de la moitié des musiciens (54 %) affirment avoir des difficultés financières. Plus d'un sur trois relate avoir gagné moins de 20 000 $ l'an dernier.

Selon le président de la Guilde, Luc Fortin, le moral des troupes est au plus bas, et de nombreux musiciens se trouvent désormais au bord du précipice, notamment ceux qui ont une famille et/ou des hypothèques.

L'incidence des programmes provinciaux destinés au milieu culturel tarde à se faire sentir, explique M. Fortin, dans la mesure où les règles sanitaires pénalisent grandement l’industrie du spectacle depuis octobre.

On a un besoin d'un petit signal de lumière au bout du tunnel.

Une citation de :Luc Fortin, président de la Guilde des musiciens et musiciennes du Québec

M. Fortin affirme que ses membres sont déçus par les dernières annonces du gouvernement, qui a autorisé l'ouverture des cinémas, mais pas celle des salles de spectacle. Il espère un changement de cap dans les meilleurs délais, afin que l’industrie puisse planifier, dans de bonnes conditions, la reprise des activités, notamment durant la saison estivale.

La situation des musiciens professionnels en février 2021 :

  • 40 % des répondants reçoivent la Prestation canadienne de la relance économique (PCRE);
  • 35 % ont déclaré un revenu entre 10 000 $ et 20 000 $ l’an dernier;
  • 69 % exercent 25 % ou moins de leur activité habituelle;
  • 67 % pensent que les salles de spectacle devraient rouvrir avec des mesures sanitaires rigoureuses.


Source : Guilde des musiciens et musiciennes du Québec, sondage mené au moyen d'un questionnaire sur Internet entre le 12 et le 23 février 2021; 814 répondants sur près de 3000 membres; le nombre de répondants varie selon les questions.

Le constat est le même du côté de l'auteure-compositrice-interprète Gaële Tavernier, membre du Regroupement des artisans de la musique. Elle soutient que les aides gouvernementales ont parfois raté leur cible; il s’agit majoritairement de bourses qui ne remplacent pas les revenus normalement tirés des activités artistiques.

Gaële Tavernier explique que les artistes se sont concentrés sur la création dans les derniers mois, faute de pouvoir se produire en public. Selon elle, il s’agit plutôt d’un investissement, en attendant d'en récolter les fruits lorsque les spectacles seront permis. Nous ne vivons pas de visibilité Facebook et d’eau fraîche, lâche-t-elle, frustrée.

C'est une infime minorité qui a été capable de garder la tête hors de l'eau.

Une citation de :Gaële, auteure-compositrice-interprète
La chanteuse Gaële pose sourire aux lèvres en regardant vers sa droite.

La chanteuse Gaële

Photo : COCKPIT PROD / Philippe Richelet

Des musiciens se détournent de la profession

Dans ce contexte, 46 % des répondants pensent abandonner leur carrière ou sont en réflexion à ce sujet, tandis que 40 % ont désormais un emploi en dehors de l’industrie à temps partiel, et parfois même à temps plein.

Luc Fortin a le sentiment que la majorité de ses membres ne veulent pas abandonner, mais certains se préparent un plan B, alors que d’autres n’ont pas eu le choix à cause de leur situation financière.

Le président de la Guilde affirme qu’il est urgent d’ouvrir les salles de spectacle, sous peine de ne plus avoir assez de main-d'œuvre disponible pour assurer la reprise des activités. Cela concerne les musiciens, dit-il, mais aussi les techniciens et autres professionnels de la culture.

Il milite pour une ouverture rapide des lieux de spectacle avec, par exemple, un quota de 250 personnes et des mesures sanitaires draconiennes. Il y a des programmes du gouvernement qui couvrent les pertes de billetterie, argumente-t-il. On pourrait avoir des jauges réduites, mais avoir les mêmes revenus.

Situation alarmante pour les jeunes musiciens

Données à l’appui, la Guilde se montre particulièrement préoccupée par le sort des jeunes professionnels. Elle conclut qu’ils sont plus touchés par les baisses de revenu et les pertes d’emploi, et qu’il s’agit d’un public plus vulnérable.

Le sondage relate que 71 % des musiciens professionnels ayant moins de cinq ans d’expérience font face à des difficultés financières. En 2019, 32 % d’entre eux gagnaient entre 20 000 $ et 38 000 $; cette proportion est passée à 0 % en 2020.

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