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Regard sur quelques héros méconnus de l'histoire des Noirs au Québec

Connaissez-vous Dominique Gaspard? Olivier Le Jeune? Major Taylor? Tous, à leur façon, ont marqué notre histoire.

Sur cette photo d'archives, on voit le cycliste Major Taylor sur son vélo, de profil, prenant la pose comme s'il était en action.

Le cycliste américain Major Taylor

Photo : collection Jules Beau

La contribution des Noirs à l’histoire et à la culture du Québec demeure peu enseignée dans les salles de classe. Dans le cadre du Mois de l'histoire des Noirs, nous avons demandé à des personnalités noires de différents milieux de nous parler d’événements et de gens qui gagneraient à être plus largement connus.

Fabrice Vil, porte-parole du Mois de l’histoire des Noirs

Le programme de régularisation pour les Haïtiens sans papiers. En 1980, les gouvernements canadien et québécois lancent un programme spécial pour régulariser le statut de milliers d’Haïtiens qui fuyaient la dictature de Jean-Claude Duvalier.

Quand on regarde la contribution des communautés noires qui travaillent aujourd’hui dans le contexte de la pandémie, on se dit que nos gouvernements n’offrent pas le niveau de régularisation qu’il devrait. Ils devraient apprendre des gouvernements précédents.

Comme personnalité qui gagnerait à être plus connue, la docteure Yvette Bonny me vient tout de suite en tête. Née en Haïti, elle a réalisé la première greffe de moelle osseuse chez un enfant au Québec.

Pour moi, elle est un exemple parmi tant d’autres de personne issue des communautés noires qui a contribué au système de santé. Et ça, parfois, on l’ignore.

Dorothy Williams, historienne

La bataille de la rivière Châteauguay (1813). On oublie que des Noirs ont été impliqués dans cette bataille décisive qui s’est déroulée pendant la guerre de 1812 entre la colonie britannique (Canada) et les États-Unis.

Ces hommes noirs, aux côtés d’Anglais, de Français et d’Autochtones, réunis sous le commandement du colonel Charles-Michel d'Irumberry de Salaberry, ont permis de sauvegarder Montréal, que les Américains tentaient d’envahir. Ils ont joué un rôle déterminant dans le succès de la bataille et ils ont très peu de reconnaissance pour leur service. Ce petit groupe de combattants a vaincu une armée américaine beaucoup plus nombreuse.

Dominique Gaspard (1884-1938) est un homme qu’on devrait apprendre à connaître au Québec. C'est un Afro-Américain originaire de La Nouvelle-Orléans qui est passé par le Séminaire de Saint-Hyacinthe et a fait carrière comme médecin à Montréal. Il était par ailleurs un membre actif de la communauté noire anglophone de Montréal, étant l’un des fondateurs du Black community center, dans ce qui est aujourd’hui le quartier de la Petite-Bourgogne. J'ai écrit sur lui.

Photo d'époque où on voit M. Gaspard qui prend la pose, de face.

Dominique Gaspard (photographié ici en 1911) était un médecin respecté à Montréal.

Photo : Photographie origine inconnue

Gabriella Garbeau, fondatrice de la librairie Racines

J’ai tout récemment appris l’existence de l’Américain Major Taylor, le premier cycliste noir sacré champion au grand prix de Montréal en 1899. Je n’avais jamais entendu parler de lui! Il a démontré que les Noirs peuvent gagner à vélo.

Souvent, on associe le vélo avec les personnes blanches ou privilégiées. Et Major a réussi à gagner en dépit d’une carrière marquée par la ségrégation.

Cam Esther Garon, agente de développement, organisation d'événements

Un des personnages marquants de notre histoire du Québec à connaître est Marie-Joseph Angélique. Elle a été une esclave, propriété de Thérèse de Couagne à Montréal.

En 1734, elle est accusée d'avoir brûlé et causé un grand incendie à Montréal. Elle est alors torturée et pendue. C'est un moment marquant et important de l'histoire du Québec, de la Nouvelle-France.

De plus, Marie-Joseph Angélique est une des premières femmes noires qui symbolisent la résilience, la résistance et la liberté.

Woody Belfort, athlète multidisciplinaire

J’aime beaucoup le journaliste sportif Andy Mailly-Pressoir. Je trouve qu’il est un beau modèle pour la communauté noire. Il est très engagé : il n’est pas rare de le voir faire du bénévolat ou encore participer aux discussions reliées à la communauté noire, que ce soit pour défendre les droits ou encore mettre en valeur les histoires à succès de ses pairs.

J’aime voir des membres de la communauté dans les médias, et Andy Mailly-Pressoir intègre bien mes valeurs : inclusion, respect et positivisme.

Illustration du port de Montréal en 1830. On y représente à gauche des bateaux accostés au port, des canots, et des bâtiments en bordure des quais. À droite, l'île Sainte-Hélène.

Le port de Montréal en 1830

Photo : Photos archives de Montréal

Aly Ndiaye (Webster), rappeur

L’esclavage noir au Québec. En 1836, à Montréal, alors que l’esclavage est aboli au Royaume-Uni mais encore légal aux États-Unis, une Américaine du nom d'Ann Gelston débarque avec une esclave de 15 ans, Betsy Freeman. Alerté de la situation, un leader noir de l’époque, Alexander Grant, et d’autres membres de la communauté encerclent la maison de Mme Gelston pour l’empêcher de prendre la fuite aux États-Unis. On voit, pour une première fois, un vrai mouvement collectif.

Et puis il ne faut pas oublier Olivier Le Jeune, le premier esclave en Nouvelle-France. Il permet d'ancrer une présence africaine au Canada dès le début de la colonie française. C’est à travers les frères Kirke qu’il est arrivé ici de Madagascar pour enfin atterrir entre les mains de Guillaume Couillard de Lespinay. Ce n’est pas encore clair s’il était encore esclave ou s’il avait réussi à s'affranchir quand il est mort.

Rectificatif

Dans une version antérieure, nous écrivions à tort que les jésuites avaient amené en Nouvelle-France Olivier Le Jeune. Il s'agit en fait des frères Kirke.

Photo d'archive où on voit des femmes assises dans un local qui discutent en prenant un lunch.

Les années 1970 et 1980 ont vu l'émergence de groupes de femmes haïtiennes qui luttaient contre les différents types d'oppression.

Photo : Archives de la Maison d’Haïti

Philippe Néméh-Nombré, doctorant en sociologie

Toutes ces personnes noires, réfugiées et sans statut qui contribuent à la vie collective. Le Mois de l'histoire des Noirs est généralement le moment de l'année où on souligne les exploits hors du commun et les héros dans le sens traditionnel du terme. Ça poursuit cette idée voulant que, pour être valorisées, les personnes noires doivent être extraordinaires. Je pense qu'il est important de dépasser cette conception, et de souligner l'apport de toutes ces personnes noires encore plus invisibilisées parce que réfugiées ou sans statut.

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