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Le médecin hygiéniste de l'Ontario dit que Doug Ford ne l'a pas toujours écouté

Le Dr David Williams en point de presse.

Le Dr David Williams, médecin hygiéniste en chef de l'Ontario

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Les recommandations du médecin hygiéniste en chef de l'Ontario ont été ignorées à plusieurs reprises par le gouvernement Ford depuis le début de la pandémie. C'est ce que confirme le témoignage du Dr David Williams devant la Commission ontarienne d'enquête sur la COVID-19 dans les foyers de soins de longue durée.

La transcription de l'audience du Dr Williams devant les trois commissaires a été rendue publique jeudi.

Le chef de la santé publique de l'Ontario était alors accompagné d'une avocate représentant le ministère du Procureur général, révèle le document.

À plusieurs reprises lors de la présentation, Me Sunil Mathai a recommandé au Dr Williams de ne pas répondre aux questions de la commission, par crainte qu'il enfreigne le caractère confidentiel de ses rencontres avec le Conseil des ministres.

Son témoignage a tout de même permis de confirmer que l'ouverture du dépistage à tous les Ontariens l'an dernier, qu'ils aient des symptômes ou non, était une volonté du gouvernement Ford.

Le Dr Williams et les experts qui le conseillaient n'en voyaient pas la nécessité. C'était un désir du premier ministre et du Conseil des ministres de permettre à quiconque voulait se faire tester de se rendre dans un centre d'évaluation, peut-on lire dans la transcription. Le Dr Williams avait des préoccupations quant à l'incidence qu'aurait ce dépistage universel sur la capacité en laboratoire.

La pratique a finalement été abolie en raison des longues files d'attente aux centres de dépistage.

Lors de son témoignage, le médecin hygiéniste en chef de l'Ontario a aussi indiqué qu'initialement, il ne croyait pas qu'une personne asymptomatique puisse propager la COVID-19. Ce n'est qu'à la fin de l'été 2020 qu'il dit avoir obtenu la preuve nécessaire pour confirmer le phénomène. Il n'y avait pas de preuve scientifique de propagation asymptomatique à ce stade, a indiqué le médecin.

Le Dr David Williams en conférence de presse.

Le gouvernement Ford a renouvelé l'an dernier le mandat du médecin hygiéniste en chef de l'Ontario, le Dr David Williams.

Photo : Evan Mitsui/CBC

Par ailleurs, même s'il a formulé des directives pour empêcher les préposés aux bénéficiaires de travailler dans plus d'un foyer de soins de longue durée à la fois, David Williams a révélé qu'il n'avait jamais trouvé de preuve qu'un employé avait transporté le virus de foyer en foyer.

Nous avons constaté que le personnel arrivait infecté par la communauté, mais quand nous avons commencé à les tester et à leur poser des questions, ils n'avaient pas été contaminés au travail, a-t-il expliqué.

Coupes en santé publique

Le Dr Williams a confirmé que le gouvernement Ford lui avait fait part de sa volonté de sabrer les budgets des bureaux régionaux de santé publique. Le ministère des Finances avait établi des cibles de réduction budgétaire en 2019; le Dr Williams faisait partie des discussions à l'époque.

Il assure qu'il a défendu l'importance du réseau d'unités régionales de santé publique et avait communiqué certaines préoccupations quant à des compressions budgétaires imposées au service de laboratoire.

Doug Ford, Christine Elliott et le Dr David Williams lors d'une conférence de presse.

Le premier ministre Doug Ford, la ministre de la Santé, Christine Elliott, et le Dr David Williams

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Je voulais m'assurer que nous plaidions pour une répartition raisonnable [des laboratoires] dans tout l'Ontario, afin qu'ils ne coupent pas certains des laboratoires ruraux, témoigne-t-il.

Le Dr Williams a même eu peur à un certain moment, dit-il, que Santé publique Ontario soit fusionnée à la nouvelle méga-agence Santé Ontario.

Menace prise à la légère

En 2018-2019, alors que l'Organisation mondiale de la santé prévenait que les pays n'étaient pas prêts à faire face à une pandémie, le Dr Williams avait participé à des discussions pour améliorer l'efficacité des laboratoires.

Il cherchait à mesurer la capacité de la province à offrir un dépistage rapide en réaction à l'apparition d'un virus. Les discussions n'ont finalement abouti à aucun plan concret.

Le Dr David Williams arrive à une conférence de presse.

Le Dr David Williams admet qu'il n'a pas cru avant la fin de l'été dernier qu'une personne asymptomatique pouvait transmettre le coronavirus.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Le Dr Williams a même raconté que certains experts à Santé publique Ontario avaient minimisé les risques d'une pandémie et pensaient que la révision des protocoles représentait une perte de temps.

J'ai été critiqué pour avoir dit que nous devrions nous préparer de cette façon. [...] Certains experts considéraient qu'on passait trop de temps sur quelque chose qui ne se produirait jamais, a-t-il révélé.

Réserve insuffisante

Le témoignage du Dr Williams a aussi permis d'apprendre que son équipe était au courant que des équipements de protection individuelle dans la réserve provinciale n'étaient plus fonctionnels en 2017 et en 2018.

Dès février 2020, le Dr Williams a réalisé l'ampleur de la pénurie, particulièrement dans les foyers de soins de longue durée. J'ai compris qu'il s'agissait d'un énorme problème à la deuxième ou troisième semaine de février, raconte-t-il. La situation s'aggravait.

M. Williams a témoigné qu'il préférait pouvoir compter sur un approvisionnement fiable et continuel, plutôt que de constituer une imposante réserve d'équipements qui expirent avec le temps. Le roulement rapide est la clé, selon lui, avec une réserve qu'on utilise et met à jour continuellement.

Documents caviardés

Depuis le début de ses travaux, la Commission d'enquête a eu de la difficulté à obtenir tous les documents qu'elle a réclamés de la part gouvernement.

Selon l'opposition néo-démocrate, le Dr Williams a essayé de modifier ses propres notes et a retardé la publication de 217 000 documents jusqu'à ce que les commissaires n'aient plus assez de temps pour les lire avant de rédiger leur rapport final, qui doit être terminé d'ici le 30 avril. Le gouvernement Ford a rejeté la demande de délai supplémentaire de la Commission.

À la période de questions jeudi matin, la ministre de la Santé, Christine Elliott, a confirmé que la Commission et le gouvernement ont eu un différend sur les documents soumis par le Dr Williams.

Certains avaient été modifiés en raison de leur caractère confidentiel, a expliqué Mme Elliott. Les deux parties se sont retrouvées en médiation, et tous les documents demandés ont finalement été soumis.

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