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Analyse

Voici l’un des élus les plus puissants de Washington

Les décisions prises par le démocrate Joe Manchin, sénateur centriste de Virginie-Occidentale, s’annoncent décisives pour l'issue des votes au Sénat américain au cours des deux prochaines années.

Le sénateur démocrate de Virginie-Occidentale, Joe Manchin.

Le sénateur démocrate de Virginie-Occidentale, Joe Manchin, dispose d'un poids important, compte tenu de la dynamique politique au Sénat.

Photo : Reuters / Kevin Lamarque

« Le titre de chef de la majorité au Sénat est détenu par Chuck Schumer, mais dans les faits, c’est Joe Manchin qui tient le rôle », disait récemment dans son balado Robert Gibbs, porte-parole de la Maison Blanche sous Barack Obama.

L’explication est simple. Le Sénat américain est en ce moment divisé en deux. D’un côté, on compte 50 républicains, de l’autre 48 démocrates et deux indépendants qui les appuient.

Si les démocrates détiennent la majorité, c’est que la vice-présidente Kamala Harris, qui agit comme présidente du Sénat, peut trancher en cas d’égalité lors d’un vote. Mais encore faut-il que les leaders démocrates s’assurent d’avoir l’appui de l’ensemble de leur caucus.

Dans ce contexte, chaque voix peut s’avérer cruciale.

Les événements de la dernière semaine entourant la nomination de Neera Tanden au poste de responsable de la gestion du budget à la Maison-Blanche en ont été une bonne illustration.

La candidate proposée par Joe Biden semble faire l’unanimité contre elle dans le camp républicain. Pour confirmer sa nomination, les démocrates ont donc besoin de faire front commun. Leur problème? Joe Manchin, le sénateur de Virginie-Occidentale, a annoncé qu’il n’appuierait pas la candidature de Mme Tanden, ce qui pourrait faire d’elle la première membre du Cabinet Biden qui ne sera pas confirmée par le Sénat.

Le Sénat des États-Unis.

Le Sénat américain est divisé de manière égale entre les démocrates et leurs alliés, puis les républicains.

Photo : Télévision du Sénat via Reuters

Joe Manchin, représentant la Virginie-Occidentale au Sénat depuis dix ans, a l’habitude de ne pas voter de la même manière que la majorité de ses collègues démocrates, adoptant par exemple des positions plus proches de celles des républicains sur des enjeux liés au port d’armes ou à l’exploitation d’énergies fossiles. 

En 2018, il a aussi été le seul démocrate à donner son feu vert à la candidature de Brett Kavanaugh, nommé par Donald Trump à la Cour suprême des États-Unis.

Ce rôle de mouton noir au sein du caucus démocrate s’explique facilement. M. Manchin représente un État où son parti n’a pas la cote. Aux dernières élections présidentielles, Donald Trump y a obtenu 68,6 % des voix, contre seulement 29,7% pour Joe Biden.

Joe Manchin, qui a été gouverneur de l’État avant de se rendre à Washington, a réussi à conserver son poste, malgré le déclin de son parti auprès de ses électeurs. En 2018, alors que certains de ses collègues démocrates ont mordu la poussière dans des États républicains, le sénateur a réussi à briguer avec succès un deuxième mandat à la Chambre haute. 

Si ses prises de position, qui ont assuré sa survie politique, ont souvent suscité des critiques de ses collègues plus progressistes, elles avaient jusqu’ici une portée limitée. Jusqu’à maintenant. 

Un vote qui pourrait avoir un impact sur les réalisations de Biden

Joe Manchin assure ne pas vouloir jouer ce rôle de détenteur de la balance du pouvoir, évoquant plutôt le besoin de travailler de manière bipartite.

N’empêche, la Maison-Blanche est bien consciente du poids politique qu’a entre ses mains le sénateur Manchin.

Fin janvier, la vice-présidente Kamala Harris a accordé des entrevues à des réseaux locaux de télévision pour vanter les mérites du plan de relance de près de 2000 milliards de dollars de l’administration Biden.

Les auditoires choisis : la Virginie-Occidentale et l’Arizona, puisque leurs sénateurs, Joe Manchin et Kyrsten Sinema, ont fait part de leurs réserves face à d’aussi grandes dépenses.

Je ne pouvais pas le croire, personne ne m’a appelé, a réagi Joe Manchin, ne cachant pas son mécontentement à propos de cette intervention médiatique visant ses électeurs et pour laquelle il n’avait pas été consulté.

S’il a finalement laissé entendre qu’il appuierait le plan de relance, Joe Manchin souhaite y ajouter un amendement important. Le sénateur s’oppose à l’idée d’augmenter le salaire minimum fédéral à 15 $ l’heure et propose plutôt de le fixer à 11 $ et de l’ajuster selon l’inflation.

Un rappel que sans l’appui de Joe Manchin ou d’un seul élu républicain, certaines propositions chères à la base progressiste du Parti démocrate pourraient ne pas pouvoir se concrétiser avant un changement des rapports de force au Sénat. Une nouvelle dynamique qui n'émergera pas avant les élections de mi-mandat en 2022. 

Le sénateur Joe Manchin en compagnie de la candidate au poste de secrétaire à l'Intérieur, Deb Haaland.

Le sénateur Joe Manchin en compagnie de la candidate au poste de secrétaire à l'Intérieur, Deb Haaland.

Photo : Reuters / POOL

Certains, comme la représentante Alexandria Ocasio-Cortez, ne cachent pas leur exaspération face à l’influence exercée par le sénateur de Virginie-Occidentale.

Sur Twitter, elle l’a critiqué lundi pour avoir dit ne pas savoir s’il allait approuver la candidature de Deb Haaland, une progressiste, à la tête du département de l’Intérieur, ce qui en ferait la première femme autochtone à occuper ce poste. 

La première femme issue des Premières Nations à être nommée au Cabinet, c’est ce qui le met mal à l’aise?, a écrit l’élue new-yorkaise, rappelant que le sénateur avait pourtant donné son feu vert à la candidature de Jeff Sessions, le secrétaire à la Justice de Donald Trump qui a mené la politique de séparation des familles à la frontière. 

Jeudi, Joe Manchin a finalement annoncé qu’il se rangerait derrière la candidature de Deb Haaland.

N’empêche, ces différends étalés sur la place publique rappellent que les républicains, divisés sur le rôle que doit jouer Donald Trump au sein de leur parti, ne sont pas les seuls qui auront des défis à relever au chapitre de l’unité.

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