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Des mamans et des poupons chamboulés par la pandémie

Joannie Villeneuve, son conjoint et les jumelles sont photographiés par un membre de la famille à travers la fenêtre.

Joannie Villeneuve, son conjoint et les jumelles sont photographiés par un membre de la famille à travers la fenêtre. Plusieurs proches de Joannie n'ont toujours pas vu les

Photo : Crédit : Joannie Villeneuve

Un an après l'avènement de la COVID-19, trois mamans qui ont donné la vie au début de la pandémie portent un regard sur la maternité qui a dû s'adapter, sans pour autant se réinventer.

20 mars 2020. Joannie Villeneuve est à quelques minutes de donner naissance à ses deux premiers enfants, des jumelles, Rachel et Jeanne.

L'expérience est déjà particulière. D'une part, il s'agit de son premier accouchement et d'autre part, sa première pandémie qui vient d'arriver au Québec.

J'avais une vision assez romancée de ma grossesse et de ma maternité. Ç’a été beaucoup d'incertitude, beaucoup d'inconnues, confie la jeune maman, qui a passé par toute une gamme d'émotions depuis un an.

Déjà, peu après l'accouchement, l'aide familiale est plus difficile compte tenu des règles sanitaires et des restrictions de rassemblement.

Une mère et son bébé à la fenêtre.

La mère de Joannie prend une photo à travers la vitre lors des jours qui suivent le retour à la maison.

Photo : Radio-Canada / Crédit : Joannie Villeneuve

Ç’a été un confinement total. Un retour à la maison assez abrupte. La pandémie nous aura privés d'une aide qui était plus que bienvenue, explique Jaonnie.

Le regard de ma mère, posé sur moi, qui me dit : "tu fais la bonne chose, ça va bien, ne lâche pas", ça m'a quand même manqué. On a besoin d'être validé, d'être supporté et de chercher conseil. C'est ça qui nous a manqué.

Une citation de :Joannie Villeneuve

Normalement, la maternité, ça devrait se vivre ensemble. Ça devrait être des moments joyeux où il y a des accolades, souligne Joannie, ajoutant que beaucoup de ses proches n'ont toujours pas vu Rachel et Jeanne près d'un an après leur naissance.


Socialisation

24 avril 2020. La petite Charlie est pour sa part sur le point de voir le jour à l'Hôpital Saint-François d'Assise de Québec, où des cas de COVID-19 ont été recensés quelques jours auparavant.

La maman, Karine Menhouk, en est à son deuxième accouchement. La nervosité est différente que lors de la naissance de son fils.

Un accouchement, c'est toujours stressant, mais quand tu es dans un contexte hyper incertain, tu perds un peu tes repères, témoigne Karine.

Quelques jours avant l'accouchement, elle ne sait toujours pas si son conjoint pourra l'accompagner en raison des mesures sanitaires. Après des moments angoissants, l'accouchement se passe bien et en présence du père.

Charlie est née le 24 avril 2020.

Charlie est née le 24 avril 2020. À cette date, près de 1500 personnes sont déjà décédées de la COVID-19 au Québec. Ce nombre a franchi le cap des 10 000, le 7 février 2021.

Photo : Radio-Canada / Crédit : Karine Menhouk

Les premiers mois de parentalité se passent en confinement. Tout a été différent. Charlie peut voir la famille immédiate : son frère, son père et sa mère. Les gardiennes sont presque inexistantes en raison des mesures sanitaires.

Neuf mois plus tard, lors de la rentrée à la garderie, c'est la première fois que Charlie ne se trouve pas en présence de ses parents.

Une intégration normale à la garderie, on conseille souvent que le parent reste avec l'enfant. Sa base de sécurité est là. Là, j'ai laissé Charlie à une étrangère. Ça, c'est sûr que ç'a été étrange, confie Karine.

Heureusement, Charlie s'intègre bien. Le tempérament de l'enfant joue pour tellement beaucoup, estime la maman, qui est aussi psychoéducatrice.


Une plus longue intégration à la garderie

10 mars 2020. Véronique Gagné-Bergeron accouche quant à elle de son deuxième enfant, Gaïa.

Plusieurs mois plus tard, Gaïa doit aussi faire son entrée au CPE, où son adaptation est plus longue que celle de son frère. C'est difficile de comparer parce que chaque enfant est différent, mais nous, ce qu'on a remarqué, c'est que l'intégration était plus longue, confie la maman.

Véronique Gagné-Bergeron et sa fille Gaïa sont à la garderie.

Véronique Gagné-Bergeron et sa fille, Gaïa, à la garderie

Photo : Radio-Canada

Gaïa peut rester moins longtemps à la garderie. Normalement, on commence par une heure, deux heures [d'accompagnement parental]. Pour qu'elle soit à temps plein à la garderie, ça a pris trois mois, indique Véronique.

Des changements observés chez les bébés COVID

Au CPE Les petits murmures, à Québec, on remarque d'ailleurs certains changements chez les enfants de la pandémie.

Les enfants qui sont nés en pandémie, pour certains, on les sentait plus insécures. On voyait qu'ils avaient moins côtoyé des gens autres que les parents. L'adaptation des fois pouvait s'étirer sur quelques semaines de plus, indique Julie Gauthier, directrice adjointe du CPE.

Julie Gauthier est la directrice adjointe du CPE.

Julie Gauthier, directrice adjointe du CPE Les petits murmures

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

Une intégration normale se fait généralement entre trois à quatre semaines. Pour plusieurs bébés COVID, cela prend entre quatre et six semaines, illustre Mme Gauthier.

Les bébés COVID, on sent que les masques, les [équipements de protection individuelle] qu'on porte [...] c'est sûr qu'ils se questionnent et nous observent davantage. On le voit dans leurs yeux.

Une citation de :Julie Gauthier, directrice adjointe du CPE Les petits murmures

Bien que l'intégration est différente, le parent peut toujours entrer quelques heures avec leurs enfants pour faciliter leur arrivée. On trouvait ça important de garder ça. Ce n'est pas le cas pour tous les CPE, ajoute Mme Gauthier.


Et la santé mentale des mamans?

On pourrait croire que tout ce stress et ces inquiétudes contribuent à une diminution de la santé mentale chez les mamans. Or, ce n'est pas si simple que ça, selon la chercheuse Geneviève Roch, qui collabore à une étude sur la santé mentale des parents d'un premier enfant des régions de Québec et de Chaudière-Appalaches.

La première vague de la COVID-19 n’expliquait pas de différences significatives, autant au niveau des indicateurs de détresse, d'anxiété ou de dépression, c'était quand même étonnant, remarque la chercheuse qui a suivi des poupons nés avant la pandémie et d'autres pendant la première vague et qui étaient âgés de moins de six semaines.

La chercheuse Geneviève Roch.

La chercheuse Geneviève Roch collabore à une étude sur la santé mentale des parents d'un premier enfant des régions de Québec et de Chaudière-Appalaches.

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

Cela ne veut pas dire que les parents ne vivent pas d'autres difficultés.

Des mères nous rapportaient des éléments plus ambivalents, par exemple, l'impact négatif d'un réseau de soutien limité. Mais en même temps, elles disaient : "je trouve positif d'avoir pu profiter de moments d'isolement à la maison pour apprendre à mieux connaître mon bébé"

Une citation de :Geneviève Roch, professeure de sciences infirmières de l'Université Laval

Les bienfaits de la pandémie

Avec du recul, le confinement a aussi amené du bon pour des familles, dont celle de Karine Menhouk.

La famille s'est finalement équipée pour profiter des bienfaits de l'hiver. La poussette de Charlie a d'ailleurs été équipée pour se déplacer dans la neige.

Les cours de yoga et les cours de piscine, je n'ai plus ça, mais tu essayes d'être créatif. Au final, ça dépend de ta manière de voir ça. Ç'a été moins pire que ce j'avais anticipé en avril, juge Karine.

Aussi, le conjoint de Karine travaille régulièrement de la maison. Il a donc été plus présent par la force des choses, et a accompagné la maman dans son congé de maternité, une situation impossible sans le confinement.

La petite Charlie est dans sa poussette.

La jeune Charlie, équipée de sa poussette, profite régulièrement de l'extérieur, l'une des rares activités possibles pour les enfants de moins d'un an.

Photo : Radio-Canada

Alors que certains prévoyaient que la pandémie provoquerait un baby-boom en raison du confinement qui l'accompagne, des experts sont plutôt d’avis qu’elle engendrera une baisse des naissances en raison de l'incertitude qui plane toujours.

Sur son site Internet, le gouvernement du Québec indique que les femmes enceintes ne semblent pas être plus à risque de contracter la COVID-19 que le reste de la population.

Avec la collaboration de Nicole Germain

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