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Santé mentale : le gouvernement Legault adopte le « modèle Lac-Mégantic »

Un monument représentant un enfant et un oiseau regardant au loin.

Le drame de Lac-Mégantic, en 2013, n'a pas été sans impact sur la santé mentale de ses habitants.

Photo : Radio-Canada

Près d'un an après le début de la pandémie, il semble plus difficile que jamais de remonter le moral des Québécois.

Pour chasser la grisaille, le gouvernement déploie actuellement un « réseau d'éclaireurs » partout au Québec : 130 travailleurs sociaux et intervenants communautaires qui deviendront les yeux et les oreilles de leur communauté pour tendre la main à ceux qui souffrent en silence.

Ce modèle est inspiré de celui qui a été mis en place après la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic, en 2013.

Les plus récentes données concernant les impacts de la pandémie sur la santé mentale ne laissent planer aucun doute : la déprime s'est installée.

Depuis novembre, on est dans un plateau assez négatif, explique Mélissa Généreux, chercheure à la Faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke, où elle étudie les hauts et les bas des Québécois depuis le début de la pandémie.

Selon ses recherches, un peu moins du quart de la population présente un symptôme compatible avec un trouble anxieux ou une dépression.

La Dre Généreux en entrevue.

Covid-19 : des éclaireurs en santé psychologique sur le terrain

Photo : Radio-Canada

Ce n'est pas la première fois que la Dre Généreux pose ce genre de diagnostic, puisqu'elle était directrice de la santé publique de l'Estrie au moment de la tragédie de Lac-Mégantic.

La communauté y a mis de longues années à se rétablir.

Pour y parvenir, Mélissa Généreux a dû créer de toutes pièces un plan de convalescence pour la population. Le modèle n'existait pas; on a carrément créé le modèle, se targue-t-elle.

Un des souhaits était de mettre sur pied des équipes de proximité qui allaient penser autrement et agir autrement auprès de la population.

Une citation de :Mélissa Généreux, chercheure à la Faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke

Pour ce faire, elle a rassemblé une équipe composée de travailleurs sociaux et d'intervenants communautaires pour mettre en place un réseau où chacun veille sur l'autre afin que personne ne soit oublié.

Ça a pris une année et, après, ça s'est mis à débouler : des projets, des initiatives, des citoyens qu'on a réussi à sortir de l'isolement... Des gens qui ne seraient jamais allés à l'hôpital ou à la clinique, explique la Dre Généreux.

Cindy Stewart fait partie de cette équipe depuis le début. Dans le fond, c'est d'aller vers les gens, aller les voir dans leur zone de confort, les endroits où ils vont, raconte la technicienne en travail social.

Je me promène dans la rue, je vais vers les gens au bar, dans les parcs... De fil en aiguille, on commence à établir des liens. Après ça, ils viennent poser des questions plus pointues, du genre : "Je m'inquiète pour une personne", poursuit-elle.

Petit à petit, les membres de l'équipe ont gagné la confiance des citoyens, qui se sont eux-mêmes mobilisés pour que personne ne soit oublié.

Cinq femmes discutent autour d'une grande table.

L'équipe de proximité créée à Lac-Mégantic après le drame de 2013.

Photo : Radio-Canada

Un réseau d'éclaireurs

Le gouvernement investit 19 millions de dollars pour adapter le programme à la réalité de chaque région du Québec d'ici avril. On ne fait pas de mur-à-mur; chaque région va développer le programme à sa façon, dit le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant.

Pour ce faire, un coordonnateur est désigné dans chaque réseau local de services de santé. Sa mission sera de mettre en place des équipes de proximité comme celle de Lac-Mégantic, qui recruteront à leur tour des bénévoles dans la communauté pour prendre le pouls de la population.

Le ministre Carmant appelle ça son réseau d'éclaireurs.

Des gens qui vont travailler avec des gens qui sont déjà sur le terrain pour les réseauter ensemble et faire lever des projets dans la communauté, pour faire naître ce sentiment de bienveillance, explique-t-il.

Et comme il anticipe que les effets de la pandémie prendront du temps à s'estomper, les équipes ne seront pas près de disparaître.

On a du financement jusqu'en mars 2022, mais mon idée est vraiment de les pérenniser, insiste Lionel Carmant. Ça fait partie du changement de culture qu'on amène au réseau, surtout en santé mentale, où l'on sait que seulement 50 % des gens consultent.

À Lac-Mégantic, l'équipe a évidemment une longueur d'avance et travaille déjà à créer de nouvelles façons pour repérer la détresse qui pourrait passer inaperçue.

Ce n'est pas du beau français, mais je dis souvent : "On peut se prendre soin, comme communauté", lance Cindy Stewart.

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