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Trois rencontres marquantes dans le parcours de Maureen Martineau

La série Artiste sous influence met en lumière les gens et événements qui ont façonné le parcours de créatrices et créateurs de la grande région de la capitale nationale.

Maureen Martineau, souriante.

Maureen Martineau nous présente les personnes ayant su lui communiquer leur passion pour la langue, les planches et l’art engagé.

Photo : Radio-Canada / Photographe : Francis Martineau

Maureen Martineau a fait ses débuts dans le milieu artistique par la voie du théâtre, avant d’aiguiller sa plume vers l’écriture de polars. Retour sur son parcours en trois actes, ou plutôt en deux actrices et un acteur ayant su lui communiquer leur passion pour la langue, les planches et l’art engagé.

Invitée d’honneur du Salon du livre de l’Outaouais, Maureen Martineau voit le jour à Hull en 1953.

Sa carrière de comédienne, metteure en scène et autrice s’avère intrinsèquement liée au Théâtre Parminou et à sa mission sociale. En 2012, elle troque toutefois la création de groupe pour une écriture plus solitaire, avec la publication de son tout premier roman policier, dont l’action se déroule à Tingwick, dans le Centre-du-Québec, où elle habite maintenant.

Jeu de l’ogre marque l’arrivée en scène de la sergente-détective Judith Allison, qui viendra d’ailleurs enquêter dans le Vieux-Hull dans La ville allumette (2018).

Une passionnée de la langue française : sœur Rolande Arvisais

Sœur Rolande Arvisais, souriante.

C'est la sœur Rolande Arvisais qui fait découvrir le théâtre à Maureen Martineau.

Photo : Avec la gracieuseté de Maureen Martineau

Maureen Martineau fait son cours classique au Collège Saint-Joseph, de 1965 à 1970. Mes parents se sont saignés à blanc pour m’envoyer là, se souvient-elle.

Sœur Rolande Arvisais lui fait alors découvrir le théâtre, non seulement parce que la religieuse dirige à l’époque la troupe scolaire, mais aussi parce qu’elle se pointe en classe avec son tourne-disque pour faire entendre à ses étudiantes la poésie des textes chantés par Gilles Vigneault, ou encore pour écouter Gérard Philipe narrant Le Petit Prince, dans ses cours de théâtre et de français.

Grâce à la religieuse, une fenêtre s’ouvre sur le foisonnant monde des livres pour l’adolescente avide de nourrir son imaginaire. Il n’y avait pas un livre à la maison, juste des revues et des encyclopédies, précise la sexagénaire.

Parce qu’elle était passionnée de littérature et de théâtre, sœur Rolande a semé en moi la beauté de la langue et du texte.

Une citation de :Maureen Martineau, femme de théâtre et romancière

Au cours des années passées entre les murs du Collège, Maureen Martineau lit et joue, entre autres dans trois pièces de Molière mises en scène par sœur Rolande Arvisais. L’autrice garde d’ailleurs précieusement en mémoire ce moment d’une rare intimité où, emportée par l’émotion de la création, la religieuse avait enlevé sa coiffe devant sa troupe d’élèves, en coulisses.

Rolande Arvisais, qui avait entre-temps quitté la congrégation des Sœurs de la Charité, est décédée en 2013. Je n’ai jamais pu la revoir, regrette Mme Martineau.

Un orienteur artistique : Guy Mignault

Guy Mignault et Carl Béchard en prestation dans une pièce de théâtre.

Guy Mignault et Carl Béchard dans la pièce Crécelle et Belzébuth de Gaby Déziel Huppé en 1972.

Photo : Collection Guy Mignault

Début des années 1970. Guy Mignault vient de terminer sa formation au Conservatoire de théâtre, à Montréal, et revient dans sa région natale, où il est embauché comme animateur culturel par la Ville de Hull.

Il revient surtout avec un bagage et un réseau dont il n’hésite pas à faire bénéficier les adolescents et adolescentes dont il est entouré.

La région était souvent oubliée, voire carrément abandonnée. C’était l’époque des expropriations [pour la construction des édifices fédéraux de la Place du Portage], évoque Maureen Martineau.

Il a connecté la jeunesse d’ici à tout ce qui se passait dans le monde du théâtre ailleurs. Il nous a donné de l’espoir, alors qu’on faisait face aux boules de démolition.

Une citation de :Maureen Martineau, femme de théâtre et auteure

Guy Mignault tire d’ailleurs pleinement profit de l’arrimage au quai de Hull du bateau-théâtre L’escale (aujourd’hui installé dans le Vieux-Port de Montréal et hébergeant un spa).

Un grand bateau sur le bord d'un quai.

Le bateau théâtre L'Escale que Guy Mignault a dirigé de 1970 à 1973.

Photo : Avec la gracieuseté de Maureen Martineau

Le navire de 51 m de long et de 12 m de large, comprenant une salle de spectacles de 500 places, devait originellement faire de la tournée sur le fleuve et les rivières afin de présenter des pièces aux quatre coins du Québec.

Or, le projet de Jean Duceppe, Georges Carrère et Lionel Villeneuve s’avère trop ambitieux et L’escale vient d’être racheté par le gouvernement provincial, qui le prête à la Ville de Hull, la Municipalité ne disposant pas à l'époque de centre culturel à ce moment-là. Guy Mignault y programme plusieurs spectacles, notamment destinés à la jeunesse.

Mais Guy ne faisait pas juste de la programmation : il a rassemblé des comédiens professionnels et des amateurs comme moi sur ce bateau. Il a été un mentor, un guide qui a dirigé plusieurs d’entre nous vers nos carrières. Il a été mon orienteur artistique! lance Maureen Martineau.

Cette dernière insiste : La région doit beaucoup à Guy Mignault.

Une révélatrice d’engagement : Hélène Beauchamp

Hélène Beauchamp, souriante.

Maureen Martineau croise le chemin d'Hélène Beauchamp en 1975, à l’UQAM.

Photo : Andrew Dobrowolskyj

Alors que Maureen Martineau grandit à Hull, Hélène Beauchamp, de 10 ans son aînée, fait de même à Ottawa.

Pendant que la première fait ses premiers pas sur la scène du Collège Saint-Joseph, la seconde enseigne la littérature et le théâtre, en plus de mettre sur pied avec Jean Herbiet le Département des beaux-arts, puis celui de théâtre, à l’Université d’Ottawa.

Leurs chemins se croisent en 1975, à l’UQAM, où Maureen Martineau devient l’étudiante d’Hélène Beauchamp pour son baccalauréat en art dramatique.

Leur rencontre a été complètement déterminante, soutient Mme Martineau.

Par son cours sur la vague de théâtre américain engagé, elle m’a ouvert la voie vers un théâtre social, militant. C’est ça que je cherchais. Je me suis identifiée à ce mouvement.

Une citation de :Maureen Martineau, femme de théâtre et romancière
Plusiquers personnes qui posent devant un autobus ayant l'inscription : « Le théâtre Parminou ».

La troupe du Théâtre Parminou, en 1980, l'année où Maureen Martineau se joint au groupe.

Photo : Collection Parminou

Par la suite, cette dernière joint naturellement les rangs du Théâtre Parminou, dont le théâtre d’intervention vise à sensibiliser les spectateurs aux grands enjeux contemporains et à faire leur éducation citoyenne, notamment en investissant les lieux publics.

Après de nombreuses années à jouer, à écrire du théâtre et à signer des mises en scène, Maureen Martineau bifurque vers le roman, avec la publication, en 2012, d’une toute première enquête de son personnage de sergente-détective, Judith Allison. Parallèlement à cette série policière, qui compte aujourd’hui quatre titres, l’écrivaine propose aussi des polars noirs.

Or, que ce soit au théâtre ou dans ses romans, la Hulloise d’origine a le souci d’inclure dans ses trames narratives des problématiques sociales qui l’interpellent, de la violence faite aux femmes (Zec La Croche) au recours au terrorisme environnemental pour dénoncer l’industrie de l’amiante (L’activiste), par exemple.

Deux poissons tête-bêche figurent sur la page couverture du livre, debout dans un sentier en forêt.

Le plus récent polar noir de Maureen Martineau, «Zec La Croche», publié en 2020.

Photo : Radio-Canada / Valérie Lessard

C’est aussi le cas dans La ville allumette (2018), qui amène Judith Allison dans les rues du Vieux-Hull, et dans lequel il est question de l’impact du développement urbain sur le tissu social, notamment.

D’ailleurs, question de boucler la boucle, quand mon enquêtrice va interroger deux religieuses à Saint-Joseph, dans ma tête, ces deux religieuses sont sœur Cécile Labrie, qui m’a aussi enseigné le français, et sœur Rolande Arvisais, conclut en riant Maureen Martineau.

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