•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

De longs délais pour accéder à un médecin de famille en Abitibi-Témiscamingue

Un médecin vêtu de son sarrau, avec un stéthoscope lui tombant sur les épaules.

Plus de 11 000 personnes sont toujours inscrites au Guichet d'accès à un médecin de famille dans la région. (archives)

Photo : Getty Images / Joe Raedle

Des milliers de personnes sont toujours à la recherche d’un médecin de famille en Abitibi-Témiscamingue.

En date du 31 décembre dernier, 11 357 personnes de la région étaient en attente au guichet d’accès à médecin de famille (GAMF).



L’histoire de Maya Lachapelle

C’est le cas de Maya Lachapelle, une jeune femme qui est revenue s’établir dans la région après un exil d’un peu plus d’un an.

Mme Lachapelle est établie à Rouyn-Noranda, il y a un peu plus de deux ans, lorsqu’elle prend la décision de quitter la région. Elle est à ce moment suivie par un médecin de famille et un neurologue.

Peu après son départ, on lui diagnostique deux tumeurs au cerveau. Cette situation l’incite à revenir s’installer dans la région, cette fois du côté de Val-d’Or.

Une photo de Maya Lachapelle.

Maya Lachapelle a dû attendre deux ans pour avoir accès à un médecin de famille, malgré qu'elle souffre d'un cancer.

Photo : gracieuseté

Vu sa condition, elle s’empresse de s’inscrire au GAMF. Après plusieurs semaines, elle décide de prendre le téléphone pour vérifier l’avancement du dossier.

J’ai téléphoné à la ligne pour le Guichet d’accès à un médecin de famille. On m’a dit que j’étais en haut de la liste, donc dans les urgences, avec les cancers, les tumeurs et tout ça, mais que ça ne bougeait pas, surtout à Val-d’Or.

Avec ma condition, je ne voulais pas laisser ça mijoter trop longtemps. J’ai appelé partout. On me donnait souvent des phrases toutes faites pour me dire que ça ne fonctionnait pas comme ça, qu’on ne pouvait pas me prendre.

Une citation de :Maya Lachapelle

Mme Lachapelle tente également d’appeler le médecin de famille et le neurologue qu’elle consultait lorsqu’elle vivait à Rouyn-Noranda, sans succès. On lui indique qu’elle doit passer par le GAMF.

Note : Après un an d’attente, Maya Lachapelle s’est vue assigner un médecin de famille au UMF de Val-d’Or, le jour de la publication de ce reportage.

Pénurie de médecins de famille

Selon le Dr Jean-Yves Boutet, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Nord-Ouest du Québec, l’Abitibi-Témiscamingue n’est pas la seule région touchée par cette pénurie de médecins de famille, alors que les GAMF se remplissent également dans les régions urbaines. Toutefois, il note que la répartition des activités des médecins de famille en région éloignée peut contribuer à la pénurie.

Plusieurs médecins partagent leur travail entre la clinique et l’hôpital. Il y a des médecins de famille qui font de l’oncologie, parce qu’il y a juste un oncologue dans la région, alors ils suivent ces patients-là, mais pendant le temps qu’ils suivent ces patients-là, ils ne voient pas de patients du guichet, affirme le Dr Boutet.

Selon lui, les départs à la retraite de plusieurs médecins constituent également un important facteur pour expliquer la pénurie actuelle.

Il y a beaucoup de médecins qui partent et qui avaient de grosses clientèles, des fois 1200 à 1500 patients. Nos jeunes médecins, avec le travail en établissement, ne peuvent pas prendre 1500 patients, ils vont en prendre 500 ou 600, donc ça prend deux à trois médecins pour les remplacer, souligne-t-il.

Portrait de Jean-Yves Boutet.

Le Dr Jean-Yves Boutet (archives)

Photo : Gracieuseté de Jean-Yves Boutet

Selon le Dr Boutet, un changement générationnel, observable dans de nombreuses professions, fait également en sorte d’accentuer la pénurie de médecins. Les jeunes professionnels, que ce soit médecins, avocats, comptables ou autres, ils vont tendre à allier un équilibre entre le travail, les loisirs et la famille, ce que les médecins plus âgés ont peut-être moins fait ou négligé, explique-t-il.

Une grande séduction

Selon Jean-Yves Boutet, de nombreuses solutions existent afin de contribuer à faire descendre les listes d’attente du GAMF en Abitibi-Témiscamingue. La première d’entre elles consiste selon lui à convaincre les ministères de l’Éducation et de la Santé d’augmenter de façon importante le nombre d’admissions dans les programmes universitaires de médecine.

Ensuite, le Dr Boutet souligne qu’il faut réussir à convaincre les finissants de venir travailler dans la région. Comme l’exil permanent n’est pas possible pour tous, il propose que des ententes particulières puissent être signées entre les finissants et le réseau de la santé, et que des primes d’éloignement puissent être offertes.

S’il [le finissant] ne peut pas s’installer dans la région parce que sa conjointe a un poste chez IBM à Montréal, il pourrait signer une entente où 50% de son temps, il le fait en Abitibi. Déjà là, s’il ne fait pas de prise en charge, au moins il fait de l’activité hospitalière et les autres médecins en place vont pouvoir faire plus de prise en charge de patients. C’est un partage du travail, suggère-t-il.

Selon le Dr Boutet, les médecins ont également leur rôle à jouer afin d’attirer certains de leurs collègues en Abitibi-Témiscamingue.

Du côté du recrutement, le mot d’ordre c’est que les médecins vont s’impliquer beaucoup plus avec le DRMG [Département régional de médecine générale], quand un médecin vient visiter, de faire peut-être pas une grande séduction, mais à tout le moins essayer d’être plus attractif pour les attirer.

Recherche de médecins à l’étranger

Selon le Dr Jean-Yves Boutet, l’embauche de médecins venus de l’étranger est également une avenue explorée, mais elle est parfois rendue complexe par des exigences du Collège des médecins.

Il y a des médecins que l’on souhaite recruter, par exemple en France, on se rend compte que beaucoup de ces médecins-là ont une expertise en suivi de patients à domicile, mais pas à l’hôpital. Ces médecins-là, on veut qu’ils travaillent en GMF, mais le Collège des médecins oblige ces médecins-là à travailler en établissement. On tourne un peu en rond, mais je pense que ces médecins-là seraient d’excellents médecins pour faire des soins à domicile, pour travailler en GMF et suivre des patients en collégialité avec leurs autres collègues, estime le Dr Boutet.

Enfin, Jean-Yves Boutet souhaite également une augmentation du nombre d'infirmières praticiennes spécialisées en première ligne pour venir seconder les médecins de famille en cabinet.

C’est une avenue que le CISSS-AT regarde beaucoup pour avoir une bonne répartition selon les besoins dans les cinq RLS de la région, conclut-il.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !