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Analyse

L’administration Biden tire-t-elle le plan environnemental canadien vers le haut?

Le plan environnemental de Justin Trudeau avait l’air vert foncé par rapport à celui de Donald Trump. Mais il risque d’avoir l’air un peu pâle par rapport à celui de Joe Biden.

Justin Trudeau regarde Joe Biden, sur un écran, en souriant.

Le premier ministre candien Justin Trudeau regarde le président américain Joe Biden lors d'un sommet virtuel de mardi entre les deux hommes.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Le sommet virtuel de mardi entre les dirigeants canadien et américain a mis en relief leurs priorités communes, mais aussi leurs désaccords.

Justin Trudeau n’a pas eu à subir une poignée de main virile et agressive comme lors de sa première rencontre avec Donald Trump : COVID-19 oblige, le sommet avec Joe Biden était virtuel.

La conférence a eu lieu par écrans interposés et le ton aussi avait changé : accueillant, chaleureux, professionnel. Normal. Il n’y a pas eu d’insultes, comme ce fut parfois le cas avec Donald Trump.

Mais ce n’est pas exactement de la bromance comme avec Barack Obama. Parfois, normal, c’est une amélioration! souffle-t-on en coulisse.

Les deux pays ont des priorités communes : lutter contre la pandémie et les changements climatiques, relancer l'économie verte, moderniser NORAD, lutter contre l’extrémisme violent.

Sur la Chine, Joe Biden a promis son aide pour faire libérer les deux Canadiens détenus par le régime de Pékin.

Des êtres humains ne doivent pas servir de monnaie d’échange, a dit Joe Biden.

Avoir un allié comme les États-Unis, qui s’implique davantage sur la scène internationale, cela donnera plus de poids à un pays de taille moyenne comme le Canada.

Dossiers épineux

Mais au-delà du climat de bonne entente, les États-Unis demeurent inflexibles sur plusieurs points de frictions, nommément le Buy American Act et les vaccins contre la COVID-19.

Le plan de relance verte de 2000 milliards de dollars promis par Joe Biden doit servir à redonner des emplois aux Américains. Des firmes canadiennes craignent d’être exclues des projets. Les Américains ne sont pas prêts à annoncer des exemptions à la Buy American Act, pour le moment.

Ils savent que ça nous préoccupe, souligne le ministre des Affaires étrangères Marc Garneau.

Côté vaccins : On n’a pas abordé spécifiquement les vaccins, mais c’était sous-entendu qu’on aimerait pouvoir s’entraider, explique le ministre Garneau. Le Canada souhaiterait avoir accès aux vaccins produits en sol américain. Les États-Unis rétorquent qu’ils vont vacciner leur population en premier.

En d’autres termes, le Canada est un ami et un partenaire dans la lutte contre le coronavirus, mais charité bien ordonnée commence par soi-même.

Une meilleure entente entre les deux pays sur des dossiers communs ne se transforme pas automatiquement en résultats dans les dossiers chauds. Justin Trudeau devra prouver qu’il est capable de transformer cette bonne volonté en actions concrètes.

Quand on se compare...

Dans la lutte contre les changements climatiques, le plan environnemental de Justin Trudeau était vert foncé comparé à celui de l’administration Trump. Mais il risque d’avoir l’air un peu pâle face à celui de Joe Biden.

Côté réduction des gaz à effets de serre d’ici 2030, le gouvernement libéral annonçait en décembre qu’il allait être légèrement plus ambitieux que le gouvernement de Stephen Harper. La cible conservatrice était de réduire les émissions de 30 % en 2030 par rapport à 2005. Les libéraux visent maintenant une réduction de 32 % à 40 %.

La cible exacte sera annoncée lors d’un sommet sur la question organisé par le président Biden en avril. Les moyens pour y parvenir viendront plus tard.

Du côté américain, la réduction ciblée pourrait atteindre 50 % pour la même période. Joe Biden a aussi imposé un moratoire sur les forages d'hydrocarbures sur les terres et dans les eaux fédérales, alors que le gouvernement canadien demeure propriétaire du pipeline Trans Mountain.

Il pourrait être avantageux pour l’équipe de Justin Trudeau d’avoir un partenaire américain qui pousse le dossier climatique.

Le Canada en a fait beaucoup pendant que les États-Unis ne faisaient rien du tout pour lutter contre les changements climatiques, souligne le ministre de l’Environnement Jonathan Wilkinson.

Les entreprises qui craignaient d’être désavantagées par des règles environnementales plus strictes au Canada pourraient être rassurées si les politiques sont semblables des deux côtés de la frontière.

Même à l’intérieur du caucus libéral, les députés de l’aile progressiste utilisent cet argument pour convaincre certains de leurs collègues, qui prêchent davantage pour la protection du secteur des ressources énergétiques.

De plus, avoir un partenaire américain qui va dans la même direction va peut-être aider le gouvernement libéral à vendre ses idées environnementales dans l’opinion publique canadienne.

Cependant, aller dans la même direction, c’est une chose. Mais la différence, c’est la vitesse. Si Joe Biden accélère la cadence dans la lutte contre les changements climatiques, le gouvernement Trudeau devra faire de même, faute de quoi il risque de donner l’impression d’être à la traîne.

Chacun des deux pays peut pousser l’autre pour qu’il soit plus ambitieux, rétorque le ministre Wilkinson.

Aux Communes

Le NPD, le Bloc québécois et le Parti vert se servent déjà de la comparaison avec un voisin plus vert pour exiger que le gouvernement Trudeau soit plus ambitieux, justement.

On ne peut pas se permettre de rater cette occasion pour donner un coup d’accélérateur en environnement, disait cette semaine la cheffe des verts, Annamie Paul.

La dynamique est toutefois différente pour le chef conservateur. Erin O’Toole dit partager le même objectif que Justin Trudeau, celui de rendre le Canada carboneutre d’ici 2050. Mais il n’a toujours pas dévoilé son plan pour atteindre cette cible.

Lors de la dernière élection, son prédécesseur Andrew Scheer avait présenté un plan environnemental de demi-mesures. Avec le changement d’équilibre dicté par l’administration Biden, la pression s’accentue sur Erin O’Toole pour qu’il présente un plan plus complet.

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