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Quelle est l’efficacité du vaccin contre la COVID-19 chez les personnes âgées?

Les Québécois de 85 ans et plus peuvent désormais prendre rendez-vous pour leur vaccin contre la COVID-19. Mais à quel type de protection peuvent s'attendre les personnes de cette tranche d'âge? Et comment s'assurer qu'elle soit maximale?

Une employée dans un centre de vaccination

La population du Québec peut maintenant prendre rendez-vous pour recevoir un vaccin contre la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le Dr André Veillette, immunologue et membre de l'Institut de recherches cliniques de Montréal, est heureux de constater que, dans sa campagne de vaccination, Québec a d’abord priorisé les personnes en CHSLD puis celles de 85 ans et plus, contrairement à l'Ontario, qui a retardé à la mi-mars la vaccinations des 80 ans et plus.

Mais il aurait préféré que les aînés reçoivent leur deuxième dose plus rapidement pour s'assurer de leur conférer une protection maximale contre la COVID-19.

Car si de plus en plus de données montrent qu’il est possible d’étirer le délai entre les deux doses chez les plus jeunes, il faut aussi considérer le fait que le système immunitaire décline avec l'âge, ce qu'on appelle l’immunosénescence.

Chez les personnes de 80 ans et plus, leur système immunitaire est moins aguerri que le système immunitaire d'une jeune personne. Alors ils répondent généralement moins bien à la vaccination.

Une citation de :Le Dr André Veillette, immunologue

C'est pour ça que j'ai toujours préconisé de mettre les aînés, et surtout ceux dans les CHSLD, dans un groupe à part [dans la stratégie de vaccination] et de ne pas présumer que ce que l’on observe chez des gens qui ont 40 ou 50 ans s'applique nécessairement à des gens qui en ont 80, explique le Dr Veillette.

Le Dr Quoc Dinh Nguyen, interniste gériatre spécialisé en épidémiologie du vieillissement au CHUM, croit aussi que le taux d’efficacité chez les aînés n’est probablement pas aussi élevé que ce que rapportent les études cliniques.

Il y voit une indication en ce sens dans des études faites sur le vaccin contre l’influenza qui démontrent que la réponse vaccinale n’est pas la même chez les aînés.

Difficile cependant de dire avec certitude si l'exemple de l'influenza se transpose pour la COVID-19, convient-il, puisque les études cliniques des pharmaceutiques n’incluent généralement pas beaucoup d’aînés, et surtout peu d’aînés avec plusieurs maladies.

Mais pour Benoit Barbeau, professeur au Département des sciences biologiques de l'UQAM, même si la réponse immunitaire des personnes âgées est généralement moins élevée que chez les jeunes, de plus en plus de données pointent vers une bonne efficacité du vaccin pour prévenir les symptômes graves de la maladie chez les aînés.

Selon l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), les vaccins de Moderna et de Pfizer-BioNTech auraient une efficacité d'environ 80 %, tant chez les résidents des CHSLD que chez les travailleurs de la santé, et ce, après une seule dose. Chez les aînés, il faut par contre 21 jours pour atteindre ce taux de 80 %, contrairement à 14 jours pour les travailleurs de la santé.

Le Dr Nguyen précise cependant qu’il faut être prudent avec cette analyse de l’INSPQ, puisqu'il s'agit ici des données préliminaires.

Il ne croit pas qu’on peut encore conclure avec certitude que la vaccination a permis de réduire les cas dans les CHSLD.

Le nombre de cas diminue dans la population en général, même sans vaccin, et ça diminue au même rythme chez les aînés dans les CHSLD, dit le Dr Nguyen. Est-ce que la baisse est due aux vaccins, ou ça fait partie de la baisse généralisée dans la population? Comment faire la distinction?

Benoit Barbeau, spécialiste en virologie, croit tout de même que les nouvelles sont encourageantes.

Je crois que la tendance est là. La baisse généralisée des cas ne peut peut-être pas être juste attribuée aux vaccins, mais je crois qu’on peut être assez confiant que ça contribue à réduire les cas.

Une citation de :Benoit Barbeau, spécialiste en virologie
Une infirmière calcule la quantité de vaccin à l'aide d'une seringue. L'aiguille est plantée dans une fiole.

Une infirmière calcule la quantité de vaccin à l'aide d'une seringue. L'aiguille est plantée dans une fiole.

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Donner la deuxième dose plus rapidement aux aînés?

Des chercheurs britanniques (Nouvelle fenêtre) ont récemment montré que le vaccin serait beaucoup moins efficace chez les aînés qui n’ont reçu qu’une première dose.

Ce qu'ils ont démontré, c’est que chez les gens de plus de 80 ans, il y en aurait à peu près la moitié qui, après la première dose, ne développent pratiquement pas d’anticorps neutralisants, explique le Dr Veillette.

On ne sait pas si ce sont ces anticorps qui protègent contre la maladie, prévient-il, mais pour l'instant, c'est le meilleur marqueur.

Mais on observe qu’ils développent ces anticorps après la deuxième dose, fait-il remarquer.

Benoit Barbeau a cependant des réserves quant à ces conclusions, puisque l’étude a un nombre très limité de participants et n’a pas encore été revue par des pairs.

Il croit que le délai de 90 jours est acceptable, même chez les aînés, surtout si on veut maximiser la couverture vaccinale avec un nombre limité de doses.

Il souligne qu’il existe de plus en plus de données provenant de pays [comme Israël et le Royaume-Uni] qui ont déjà vacciné une grande partie de la population. Celles-ci montrent que les vaccins sont efficaces pour prévenir les symptômes les plus graves, même après une seule dose.

Bien sûr il ne faut pas exagérer [avec le délai] parce qu’on ne connaît pas la limite maximale, prévient-il. Je crois quand même que l’approche du gouvernement du Québec est valide.

Le Dr Nguyen estime qu’il serait tout de même plus prudent de donner rapidement la deuxième dose du vaccin aux aînés.

Chez les jeunes, je n'ai pas vraiment d'inquiétude que l'efficacité soit bonne après une première dose. Chez les personnes âgées et en CHSLD, je trouve qu'on manque encore de bonnes données pour se dire qu'on a pris la bonne décision de retarder la deuxième.

Une citation de :Le Dr Quoc Dinh Nguyen, interniste gériatre

Le Dr Veillette abonde dans le même sens et croit que les autorités de santé publique devraient s'en tenir aux recommandations des fabricants.

Règle générale, je pense qu'on devrait s'en tenir au protocole défini par les études cliniques, fait-il valoir. Car on doit réaliser que plus on dévie, moins on a de chances de reproduire les résultats des études cliniques.

Enfin, le Dr Nguyen croit surtout que de gros efforts doivent être déployés pour vacciner une très grande proportion des aînés.

Il ne faut pas s'arrêter trop tôt et crier victoire avant d'avoir un taux très très élevé d’aînés vaccinés, plaide-t-il. Il est extrêmement important d’avoir vacciné une bonne proportion des aînés à domicile avant de lever le confinement.

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