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Des milliers de demandeurs d’asile privés d’un travail légal

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés demande au gouvernement Trudeau de « corriger la situation » rapidement. En réponse, Ottawa promet « la mise en place de systèmes de secours ».

Un homme dans la neige avec une casquette du Canada

Marius Tapé est arrivé au Québec en provenance de la Côte d'Ivoire en juillet 2020.

Photo : Courtoisie / Marius Tapé

Installé à Granby, Marius Tapé ronge son frein. « Je suis à la maison, je ne fais rien, alors que je suis diplômé et que j’ai envie de travailler », clame-t-il au téléphone.

Cet ingénieur a quitté la Côte d’Ivoire en juillet 2020, pour demander l’asile au Canada. On a reçu des coups, j’ai été menacé, laisse-t-il tomber, sans donner davantage de détails. Il évoque des pressions politiques, découlant de ses opinions, dans un pays en proie à de violentes manifestations.

J’avais un bon poste à Abidjan, mais j’ai tout laissé, ma maison et mes biens, relate-t-il, en narrant sa venue en Montérégie, pour y rejoindre une sœur qui y vit depuis plusieurs années.

Sa femme et ses enfants, outre son dernier qui est né au Québec, étaient venus au Canada quelques mois plus tôt. Son épouse a obtenu son permis de travail avant le début de la pandémie.

Pour Marius Tapé, à l’instar de milliers d'autres demandeurs d’asile, la situation est bien différente.

Tel que le prévoit la loi actuelle, un demandeur d’asile a légalement le droit de travailler au Canada en attendant d’avoir une audience devant le tribunal qui statuera sur son dossier. Habituellement, ce permis de travail est délivré en moins de deux mois.

Or, en raison des conséquences liées à la pandémie, avec la fermeture notamment des bureaux fédéraux durant plusieurs mois, il est quasiment impossible pour les demandeurs d’asile arrivés au Canada au cours de cette pandémie, voire quelque temps auparavant, d’obtenir le précieux sésame.

Je vis un paradis dans un enfer. J’ai postulé dans des entreprises, on veut me prendre, mais je n’ai toujours pas mon permis.

Une citation de :Marius Tapé, demandeur d’asile
Denise Otis, du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

Selon Denise Otis, cheffe du bureau de Montréal du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, le gouvernement Trudeau doit « corriger la situation » rapidement.

Photo : Radio-Canada / Brian Lapuz

Près de 11 000 dossiers en attente

Marius Tapé est également privé du papier brun, appelé Document du demandeur d’asile.

Celui-ci est le seul qui lui permettrait de prouver son identité. Il est délivré à tous les demandeurs d’asile à la suite de l’examen de recevabilité de leur demande.

Sans ce document, les demandeurs d’asile sont bloqués dans plusieurs démarches, explique l’avocate Stéphanie Valois.

Ces demandeurs d’asile ne peuvent pas ouvrir un compte en banque ou louer un logement. Ils sont désespérés.

Une citation de :Stéphanie Valois, avocate en immigration

Au cours des derniers mois, plusieurs organismes et experts ont alerté le gouvernement de Justin Trudeau, l'exhortant à se pencher sur le sort de ces demandeurs d’asile.

Selon des informations fournies par le ministère de l'Immigration, près de 11 000 demandeurs d'asile sont en attente d'une décision concernant la recevabilité de leur demande.

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) se dit préoccupé par ce problème qui rend leur situation encore plus précaire.

À court terme, Ottawa doit trouver des solutions pour corriger la situation, réclame Denise Otis, la cheffe du bureau de Montréal de cette agence de l'ONU.

La pandémie a affecté la situation économique de bien des gens et en particulier celle de personnes plus vulnérables, comme les demandeurs d’asile, qui ont besoin de travailler mais ne peuvent le faire faute d’accès aux permis de travail habituellement délivrés peu de temps après leur arrivée.

Une citation de :Denise Otis, cheffe du bureau du HCR à Montréal

On comprend la pandémie, mais là, ça fait beaucoup. Ce ne sont pas que des exceptions, souligne quant à lui Frantz André, qui dirige le Comité d’action pour les personnes sans statut.

Frantz André devant des micros

Frantz André dirige le Comité d'action des personnes sans statut. Il déplore la lenteur du gouvernement fédéral.

Photo : Courtoisie / Frantz André

Ce dernier aide en ce moment de multiples demandeurs d’asile qui cherchent à obtenir leur permis de travail.

Il évoque l’histoire d’un Haïtien arrivé au Québec en octobre 2019 et qui n’a toujours pas accès à ce document. Ce sont des gens qui perdent des mois pour travailler, ajoute-t-il.

Ils vivent sur l’aide sociale alors qu’ils ont envie de travailler.

Une citation de :Frantz André, président du Comité d'action pour les personnes sans statut

Cette aide sociale de quelques centaines de dollars, Marius Tapé la touche à contrecœur.

Je n’ai pas besoin de l’argent du gouvernement, je veux payer mes impôts, insiste-t-il, en faisant part de son envie d'œuvrer durant cette pandémie. Je suis disponible, je veux aider, mais je ne peux rien faire.

Porte ouverte au travail au noir

L’ironie, c’est que ces demandeurs d’asile veulent travailler, ils ne veulent pas de l’aide sociale. Mais après, il y aura encore des stéréotypes et des gens qui diront qu’ils profitent du système, juge Rivka Augenfeld, qui représente la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI).

Ce n’est pas une population qui chiale beaucoup, alors ça tombe dans les craques.

Une citation de :Rivka Augenfeld, représentante de la TCRI

On voit des employeurs corrects qui ne veulent pas embaucher des demandeurs d’asile sans permis, poursuit-elle. Malheureusement, cette situation pousserait des demandeurs d’asile à travailler au noir, clame-t-elle.

Il y a des gens, des entreprises et des agences de placement qui profitent de cette misère pour les faire travailler contre des salaires de misère, soutient Frantz André.

Rivka Augenfeld soupire. Ce sont des situations extrêmement pénibles, signale-t-elle. Les choses sont paralysées, c’est ridicule. Ces gens souffrent alors qu’on peut faire quelque chose.

Marco Mendicino parle au micro à côté d'un drapeau canadien.

Selon le ministère de l'Immigration, dirigé par Marco Mendicino, le traitement de ces dossiers devrait reprendre prochainement.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Ottawa promet des progrès significatifs

Interpellé par Radio-Canada, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) s'explique en invoquant des perturbations liées à la pandémie, mais promet des progrès significatifs dans la réduction de l'arriéré dans l’avenir proche.

Nous avons agi promptement et fait du chemin depuis le début de la pandémie en fournissant des ressources supplémentaires là où elles sont les plus nécessaires, en rationalisant nos processus et en accélérant la mise en place de systèmes de secours, mentionne Peter Liang, un porte-parole d'IRCC, par courriel.

Nous devrions venir à bout de cet arriéré de travail au cours des prochains mois.

Une citation de :Peter Liang, porte-parole d'IRCC

Bien que les entrevues en personne aient été temporairement interrompues, elles reprendront bientôt et l'IRCC prend maintenant contact avec les demandeurs pour fixer des rendez-vous, précise-t-il, en évoquant la mise en place d'un projet pilote d'entretiens virtuels pour permettre aux demandeurs d'asile d'effectuer des entretiens à distance.

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