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Never Was Average : l’art pour faire jaillir la parole et encourager l’inclusion

Une femme avec des lunettes rondes, et un homme, habillé de rouge, regardent vers la caméra, l'air sérieux.

Hanna Che et Harry Julmice, les cofondateurs du collectif Never Was Average.

Photo : Abel H

Angie Landry

En voyant toujours plus grand, Hanna Che et Harry Julmice, le duo derrière l’initiative Never Was Average, ont marqué les sols – et les esprits – d'une empreinte qui leur est propre. En utilisant l'art, il et elle favorisent la conversation, célèbrent les identités et portent des messages bourrés de compassion.

On les connaît notamment pour avoir orchestré la réalisation de la grande fresque La vie des Noir.e.s compte, sur la rue Sainte-Catherine, avec l’apport important de l’artiste Niti Marcelle Mueth et de la cofondatrice et directrice générale du Gala Dynastie, Carla Beauvais, main dans la main avec des dizaines d’artistes et une centaine de bénévoles. C’est aussi Never Was Average, un groupe se consacrant à la création d’activités artistiques et culturelles, qui a entièrement tapissé le terrain de basketball du parc Don-Bosco d’une autre œuvre d’envergure, à Rivière-des-Prairies, afin de faire valoir la vie des jeunes des communautés noires du quartier.

Peu importe la nature des initiatives portées par le duo – ateliers de conversation, activités de création, campagnes de sensibilisation –, Hanna Che (de son vrai nom Joanna Chevalier) et Harry Julmice misent sur l’écoute avant toute chose.

L’art, locomotive de la parole

Avec Never Was Average, ces deux entrepreneurs culturels, devenus de véritables modèles d’inclusion, offrent (entre autres) des espaces ouverts à la discussion depuis 2017, parfois des moments appelés « Sisterhood », d’autres fois « Brotherhood », ou encore des conversations dans leur sens le plus simple, destinées à rassembler des personnes vivant des situations similaires – ou pas –, et à leur donner une voix. Dans une majeure partie des cas, ces conversations ont lieu autour d’un événement culturel.

En fait, le principe de ces événements est simple, selon Hanna : il s’agit de combiner l’art (une œuvre précise ou une exposition) à la conversation. Des thèmes, sans qu’ils n’aient été ciblés a priori, émergent parfois au fur et à mesure que les témoignages s’accumulent.

Le meilleur exemple, croient Hanna et Harry, est survenu lors d’une discussion réalisée en collaboration avec le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), à l’occasion de l’exposition D’Afrique aux Amériques : Picasso en face-à-face en 2018. La tangente d’ouverture et de respect prise lors d’un échange entre certaines femmes est aujourd’hui considérée par le duo comme l’un de ses moments forts depuis sa mise sur pied.

En partant d’une simple peinture, on a fini par parler de la chevelure des personnes noires. Des jeunes femmes noires de 20 ou 25 ans avaient enfin un espace pour expliquer aux femmes blanches pourquoi c’est important de ne jamais toucher leurs cheveux.

Une citation de :Harry Julmice
Plusieurs personnes sont assises et regarder vers une scène. Quelques unes d'entre elles lèvent la main.

Autour d'un événement culturel, les conversations qui sont mises de l'avant par Never Was Average sont destinées à donner une place à ceux et celles qui désirent parler de leur réalité, ou à ceux et celles qui souhaitent, tout simplement, entendre et être sensibilisés.

Photo : Abel H

Sauf que ce n’est pas aussi simple, tu ne peux pas arriver à une conversation et parler de tout et de rien. C’est tout de même structuré, et on cible les buts de la discussion, les outils et les stratégies qui viennent avec. Tout ça a été mis en place par Harry, explique Hanna.

Entre de multiples vernissages et causeries, Harry et Hanna sont aussi derrière différentes campagnes de sensibilisation sur les réseaux sociaux. Rejoignant un public plus élargi sur le web, le duo met notamment des mots sur des réalités vécues par des personnes racisées et engage un dialogue positif où ces dernières peuvent être entendues, être présentes, et être soutenues.

S’unir pour voir plus grand

À la fin de ses études secondaires, Hanna n’avait qu’une idée en tête : travailler dans le domaine de la mode. Aller étudier dans le programme de commercialisation comme celui proposé au Cégep Marie-Victorin semblait ainsi tout naturel pour la jeune femme, parce que l’établissement collégial est situé en plein cœur de l’arrondissement Montréal-Nord, où elle a vécu jusqu’au début de sa vingtaine.

Et quand je veux quelque chose, Harry le sait, je suis dans ma tête, je suis focus, soutient Hanna. Sauf que du milieu multiethnique dans lequel elle baignait alors jusqu’à l’École de mode, elle a dû faire face à ce qu’elle appelle « un premier test de réalité » en matière de représentation culturelle.

J’ai grandi à Montréal-Nord, alors je ne voyais pas de problème de représentation. Je sortais dehors, je voyais des gens comme moi. Puis quand j’étudiais à Marie-Victorin, dans la section mode, on était deux ou trois personnes noires, dans un quartier pourtant si diversifié.

Une citation de :Hanna Che

Elle dit avoir aussi été confrontée à la réalité une fois sortie de l’école, en arrivant sur le marché du travail : 

Tu regardes l’industrie [de la mode], surtout celle du Québec, et tu te rends compte que tu es une des seules personnes noires. Tu te dis que ce n’est pas normal, mais tu veux travailler en mode. Alors tu te dis que tu vas trouver une façon de faire ta place.

Deux femmes sont assises devant un public (hors-champ) et tiennent un micro.

Hanna prenant la parole lors d'une conversation organisée par Never Was Average.

Photo : Abel H

Hanna a rencontré Harry à la fin des années 2000, par l’entremise d’un ami mutuel. Si elle avait finement tracé le chemin de sa carrière, lui savait qu’il tenait à éviter un emploi typique. Ce qu’il voulait, à tout prix, c’était d’aller loin, peu importe la destination professionnelle.

Sauf que les possibilités, pour les personnes de couleur, sont faibles, soutient Harry, qui se dit avant tout réaliste, pas pessimiste. Avant, je n’avais pas le vocabulaire pour l’exprimer comme ça. Je le savais juste en regardant autour de moi. Parce que quand tu ouvres la télévision et que tu vois les personnes qui ont accompli de grandes choses, tu ne vois pas de Noirs.

Je savais que je n’étais pas quelqu’un qui était fait pour travailler dans un système. À cause de ma personnalité, de mes ambitions, de ma motivation, je me suis dit que la seule façon d’avoir le contrôle de ma vie, c’était de contrôler comment je la gagnais.

Une citation de :Harry Julmice

Leur rencontre a agi comme une étincelle. Ensemble, les deux allaient tout mettre en œuvre pour étancher cette soif de créer des choses plus grandes que soi

Tous les deux, on est des personnes d’action. Quand on dit quelque chose, on le fait. On n’attend pas. Je pense que c’est pour ça que ça a cliqué dès le début, entre nous deux, et que c’est toujours le cas.

Une citation de :Hanna Che

Harry raconte que c’est sa rencontre avec Hanna qui lui a donné envie de devenir entrepreneur : C’est là qu’est venue l’idée de bâtir une compagnie.

C’est en saupoudrant l’amour de la mode d’Hanna et en injectant le sens des affaires d’Harry qu’un premier projet entrepreneurial, la boutique de vêtements pour hommes 363, s’est réalisé, en 2013.

Avant le commerce, Hanna avait d’abord eu l’idée de créer des pop-up shops [boutiques éphémères] pour des marques locales, mentionne Harry. À ce moment-là, ça n’avait aucun rapport avec la couleur de peau. On voyait, d’abord, que pour de jeunes entrepreneurs en mode, c’était difficile d’entrer dans les commerces pour vendre leurs produits.

La boutique est devenue l’un des premiers endroits qui offraient, à Montréal, un espace de vente pour une communauté de designers d’ici tout en promettant une expérience – séances avec un barbier et café-cognac inclus – aux personnes qui passaient le pas de la porte. 363 innovait avec son style de détaillant en mode urbaine, surtout dans un quartier comme Rosemont–La Petite-Patrie. Du streetwear au menswear classique, Hanna et Harry proposaient ce qui existait moins, ou pas du tout dans ce secteur, et qui parlait à davantage de communautés culturelles, disent-ils.

À travers tous nos projets, on partage notre expérience personnelle. Quand on commence à parler de représentation, c’est parce qu’on évolue, à ce moment, dans un espace où il manque de représentation. C’était un peu ça, la boutique, explique Harry.

Un homme, tout habillé de noir, sourit et tape dans ses mains.

Harry, lors d'une conversation « Brotherhood ».

Photo : Abel H

Des gens voyaient la boutique, ils aimaient ce qu’ils voyaient, ajoute-t-il. Mais quand ils se rendaient compte que c’était deux personnes noires derrière, il y avait quelque chose qui changeait. Comme si notre boutique reflétait des conceptions esthétiques tellement différentes, associées aux personnes noires, alors qu’elle s’adressait à n’importe qui.

C’est vraiment quand on est entrés dans le domaine de la mode qu’on a vu que la couleur de notre peau jouait un rôle.

Une citation de :Harry Julmice

C’est donc un peu grâce à 363 que l’idée de Never Was Average a tranquillement germé. « Never Was Average  », comme dans jamais dans la moyenne, ou jamais dans la norme, positivement parlant. Comme dans vouloir se démarquer, en fait, disent les deux complices.

C’est là qu’on a réalisé qu’il y avait un réel besoin. On s’est dit : il faut qu’on bâtisse quelque chose autour de cette idée, dit Harry. Le duo a ainsi saisi l’occasion de passer du pignon sur rue à une plateforme numérique, où les frontières terrestres s’effacent et où la communauté peut s'agrandir. 

Déjà en contact avec différentes sphères artistiques de la métropole, Hanna et Harry ont tranquillement délaissé leur commerce et construit un espace qui manquait alors, un endroit sans cases et sans boîtes, pour créer des expériences hors normes, cette fois-ci culturelles et sociales, visant à cimenter ou à créer des liens entre différents groupes.

De la mode à l’art, savoir saisir les occasions

En regardant leur parcours avec un peu de recul, les deux se félicitent d’avoir continuellement misé sur leur capacité d’écoute. En demeurant alertes aux besoins d’autrui, surtout ceux des communautés marginalisées de la métropole, Hanna et Harry ont compris à quel point la culture peut être un vecteur d’inclusivité, de parité et de représentation des personnes racisées.

Des gens, agenouillés, s'affairent à peinturer un terrain de basketball de toutes sortes de couleurs.

Hanna et Harry, avec des bénévoles, lors de cette fin de semaine où ils ont tapissé le terrain de basketball principal de l'arrondissement Rivière-des-Prairies d'une grande fresque en hommage au mouvement Black Lives Matter.

Photo : Never Was Average

Hanna Che et Harry Julmice prennent part à de plus en plus de conférences et tables rondes de grands musées montréalais ou de centres d’exposition, et visitent aussi divers organismes ou entreprises pour sensibiliser le personnel ou des populations. Malgré la pandémie, le duo continue à défaire le nœud de l’exclusion pour ceux et celles qui la vivent, en créant un espace positif à la fois.

C’est vraiment cool de voir qu’en gardant notre essence, on se fait de plus en plus approcher. Mais avant tout, c’est vraiment cool que les gens voient l’importance de converser et d’écouter, conclut Hanna.

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