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4 agents noirs dénoncent le racisme systémique vécu au sein de la Police régionale de York

Police régionale de York

La Police régionale de York compte plus de 2300 employés.

Photo : La Presse canadienne / Aaron Vincent Elkaim

Dépression, anxiété et idées suicidaires. Quatre policiers noirs de la Police régionale de York ont pris la parole devant la Commission des services policiers régionaux de York, mercredi, pour témoigner des horreurs qu’ils ont vécues en tant qu'employés noirs.

Les quatre policiers, ayant tous plus de dix ans d'expérience, dressent une longue liste d'insultes envers les Noirs, de commentaires dégradants et humiliants ainsi que d'interactions traumatisantes au sein du corps policier, au fil des années.

Mon humeur, mon rythme de sommeil, tout va mal. Je prends des médicaments juste pour passer à travers la journée.

Une citation de :Dameian Muirhead, policier depuis 18 ans

Dans la région de York, en banlieue de Toronto, Dameian Muirhead a enfilé son uniforme pour témoigner devant la Commission. Il ne l'avait pas porté depuis plus d'un an.

L'anxiété s'empare de lui. Les insultes et les violences lui reviennent à l'esprit. Celui qui souhaitait être policier dès son jeune âge afin d'être un modèle pour la communauté noire se dit maintenant détruit par son métier.

Ressentir de l’angoisse en mettant l'uniforme que j’ai admiré avec tant de fierté et un tel amour et maintenant le regarder avec tellement de dégoût, c’est difficile pour moi de le dire, mais c’est ce que je ressens, avoue Dameian Muirhead.

Le public ne saura jamais à quel point c'est difficile d'être un policier noir.

Une citation de :Dameian Muirhead, policier depuis 18 ans

M. Muirhead se bat depuis 10 ans, contre les commentaires sur son accent jamaïcain, la couleur de sa peau et les préjugés qui viennent avec. Selon lui, l'utilisation du mot en n est normalisée au sein de l'organisation.

Maintenant, j'évite d'aller aux postes de police, si je les remarque, je les évite. Même une voiture de police me rend anxieux.

Une citation de :Dameian Muirhead, policier depuis 18 ans

Comme les trois autres agents, il ne travaille plus en raison de son stress post-traumatique.

Un homme.

Dameian Muirhead est agent au sein de la Police régionale de York depuis 18 ans.

Photo : Radio-Canada / Fournie par Dameian Muirhead

En 2011, son rêve devenu réalité tourne au cauchemar. Lors d'une intervention policière à un domicile d'Aurora, un résident de la région suggère que le policier soit lynché.

La vraie blessure est survenue lorsque la police régionale a décidé de se ranger du côté des agresseurs qui se sont moqués de ma couleur de peau et ont suggéré que je devrais être lynché, dit-il.

Personne ne m’a demandé comment cette insulte de lynchage m’a touché précise l'homme de 40 ans. Dameian et sa femme, également policière, disent aussi avoir été victimes de harcèlement de la part de superviseurs. Selon M. Muirhead, ce comportement se traduisait par des contrôles et vérifications fréquents en plus de constantes remises en question.

Des idées suicidaires

L'agent-détective Neil Dixon est en congé d'invalidité de longue durée. Il souffre de trouble de stress post-traumatique en raison d'une affaire de profilage racial en 2018 impliquant deux agents blancs de la Police régionale de York et un sergent.

J'ai senti que j'allais être tué par mon propre corps policier.

Une citation de :Neil Dixon, policier pendant 19 ans

Il raconte avoir été approché, alors qu'il n'était pas en service, par trois agents du même corps policier. Il dit s'être identifié comme policier verbalement et en montrant son insigne, mais il affirme que les agents ne l'ont pas cru.

Il qualifie cette expérience de presque mortelle.

Je revis encore ce traumatisme pendant que j'en parle. Je souffre de dépression, d'anxiété, de tristesse, de "flashback", de cauchemars et de désespoir.

Une citation de :Neil Dixon, policier pendant 19 ans

J'ai peur de vivre et parfois je sens que je ferais mieux de mourir, avoue-t-il devant les membres de la Commission, dont le chef actuel de la Police régionale de York et le maire de Vaughan.

Au cours de mes 19 ans au sein du corps policier, j’ai subi du racisme systémique dès ma formation parce que je suis Noir, affirme M. Dixon.

Et il n'est pas le seul.

Après avoir signalé des problèmes de discrimination raciale et de racisme anti-Noirs dans son lieu de travail en 2015, l'agent canadien originaire des Caraïbes, Vernley France, raconte qu'il est devenu la victime d'une série de représailles de la part de son employeur.

La Police régionale de York a un grand problème [...] elle ne veut pas des Noirs.

Une citation de :Vernley France, policier pendant 19 ans

Les quatre policiers citent les nombreuses occasions professionnelles manquées, comme les promotions qu'ils n'ont pas eues malgré leurs qualifications, ainsi que le harcèlement psychologique et physique dont ils disent avoir été victimes.

Je n’ai aucune confiance et aucun espoir quant à la capacité [de ce corps policier] de bien faire.

Une citation de :Vernley France, policier pendant 19 ans

L'un des moments les plus dégradants et les plus humiliants s'est produit lorsqu'un superviseur a proféré, en ma présence, une insulte dégradant les Noirs, partage-t-il aux membres de la Commission des services policiers régionaux de York.

Son rôle et son autorité étaient constamment remis en question par des collègues. En plus des commentaires comme ''tous les Noirs sont des criminels'', on me disait : ''tu es juste ici parce que tu es Noir'', raconte M. France.

S'il m'arrive quelque chose, la Police régionale de York est responsable.

Une citation de :Vernley France, policier pendant 19 ans

M. France a été hospitalisé et prend actuellement des médicaments pour sa dépression et sa pression artérielle en lien avec ce qu'il a vécu.

Réformes demandées

Ces policiers suggèrent la mise en place immédiate d'une série de mesures pour mieux venir en aide aux policiers noirs de York.

Cinq recommandations pour la Police régionale de York

  1. Créer un soutien approprié pour les membres noirs du corps policier
  2. Reconnaître l'histoire du racisme systémique au sein du corps policier et son impact sur la communauté et les employés
  3. Rétablir le programme de formation sur les outils d'intelligence émotionnelle et les préjugés inconscients
  4. Soutien de la direction aux agents qui ont témoigné
  5. Formation contre le racisme envers les Noirs par des membres de la communauté noire pour tous les employés en commençant par la direction du Service de police

Partager son témoignage, même si c'était déchirant, a permis à Dameian Muirhead de tourner la page. J'ai enfin pu raconter mon histoire, lance-t-il.

Ces agents ont perdu espoir en la bonne volonté du corps policier, mais M. Muirhead dit rester optimiste et espère que ce nouveau groupe à la tête de la Commission sera capable d'y apporter un changement de fond.

Le chef de la Police régionale de York, Jim MacSween, qui est entré en fonction en mai, a remercié les quatre policiers d'avoir témoigné si ouvertement, mercredi.

Il ajoute que des changements sont en cours au sein du corps policier et espère pouvoir travailler avec ces agents prochainement.

Nous n'arrêterons pas nos efforts pour garantir que notre lieu de travail est exempt de racisme systémique et de discrimination.

Une citation de :Jim MacSween, chef de la Police régionale de York

La région de York compte 1,2 million de résidents, dont 25 000 qui s'identifient comme étant Noirs.

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