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De 26 à 77 milliards, les navires militaires coûteront trois fois plus cher

Le navire de combat de type 26.

Le navire de combat de type 26.

Photo : Image: BAE Systems

Le cœur de la stratégie de construction navale du Canada est-il en train de devenir un puits sans fond pour les finances publiques? Cette question devient inévitable.

Des navires évalués initialement à 26 milliards de dollars devraient maintenant coûter plus de 77 milliards, alors que le travail de construction n’est même pas amorcé. C’est le constat troublant qu’expose un nouveau rapport du directeur parlementaire du budget (DPB), dévoilé mercredi.

Dans cet examen qui vient d’être livré aux parlementaires, Yves Giroux rapporte une autre explosion des coûts du plus important contrat d’approvisionnement militaire de l’histoire du pays.

Le DPB estime que la facture pour les 15 futures frégates de la Marine royale pourra difficilement être inférieure à 77,3 milliards en raison des retards importants de construction et du poids des navires maintenant plus élevé que prévu.

On est confiant que notre estimation est très très réaliste. On croit que c’est un scénario qui est plausible à la condition qu’il n’y ait pas de changements additionnels dans le design des navires par la Défense nationale, indique Yves Giroux.

Pourtant, la Défense nationale maintient depuis 2017 que le coût global du projet est estimé à environ 60  milliards de dollars.

Cette révision des coûts par le bureau du DPB a été faite à la demande du Comité permanent des opérations gouvernementales de la Chambre des communes.

Un rappel s’impose. La stratégie de construction navale, dévoilée en 2010 par le gouvernement conservateur de Stephen Harper, prévoyait la livraison de la première des 15 frégates en 2017.

On sait maintenant qu’il faudra attendre 2031, au plus tôt, pour que la marine reçoive le premier navire. Des retards d’autant plus inquiétants que cette flotte constituait pourtant la colonne vertébrale de la stratégie fédérale au moment de son annonce.

Le DPB prévient aussi qu'à partir de maintenant, un an de retard supplémentaire coûterait 2,3 milliards de dollars de plus aux contribuables.

Le bureau du ministre de la Défense Harjit Sajjan et son ministère n'ont pas répondu aux questions mercredi en lien avec ce rapport.

Et la réaction de la Défense nationale s'est limitée à une déclaration écrite : Nous constatons que les grandes différences entre notre estimation des coûts et celle du DPB sont principalement attribuables au fait que le DPB inclut la taxe de vente provinciale et met un plus grand accent sur les coûts liés au poids.

Le ministère maintient qu'il n'y a pas lieu de revoir les coûts du programme, soit entre 56 et 60 milliards de dollars (avant les taxes).

Il soutient que cette somme correspond bien à la valeur de ce projet, et s’appuie sur notre modèle détaillé d’établissement des coûts et nos travaux continus avec l’industrie.

Mais des experts ont déjà déploré l’absence de surveillance adéquate du programme au sein du ministère qui est toujours incapable de dire quand il a réalisé que la construction avait pris des années de retards.

D’autres options?

Voilà plus de deux ans que le Canada a sélectionné le modèle de frégate qu’il compte faire construire par le chantier Irving, à Halifax.

Les bâtiments de guerre seront basés sur une conception de Type 26 du consortium formé de Lockheed Martin et de BAE Systems. Un contrat final n'a toutefois pas encore été signé.

Le gouvernement fédéral a été critiqué pour le choix de ce modèle, puisqu’aucun navire de ce genre n’a encore été mis à l’eau.

L’Australie et la Grande-Bretagne veulent aussi en construire, mais la marine américaine, préoccupée par le risque de dépassement des coûts, a rejeté cette option, jugeant que les conceptions non éprouvées étaient tout simplement trop risquées.

Une photo de trois casquettes d'officiers de la Marine royale canadienne

La stratégie de construction navale, dévoilée en 2010, prévoyait la livraison de la première des 15 frégates en 2017.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Dans son analyse, le bureau du directeur parlementaire du budget s’est demandé combien il en coûterait à la Défense nationale si elle se tournait vers d’autres options, tout en maintenant la construction des navires au Canada.

Par exemple, si Ottawa décidait d’équiper sa marine de 15 navires FREMM, un modèle italo-français, il pourrait réduire la facture de plus de 6 milliards de dollars. S’il choisissait des frégates plus petites de Type 31e, le DPB soutient que le gouvernement fédéral économiserait près de 50 milliards. Ainsi, sa future flotte coûterait plutôt 27,5 milliards.

Les estimations de coûts ne sont qu’un élément qui doit guider Ottawa dans sa prise de décision, insiste Yves Giroux.

Il n'y a pas de réponse simple. C’est une chose d’avoir des navires qui ne coûtent pas cher, mais si les navires ne remplissent pas les besoins de la Marine royale canadienne, on n’est pas plus avancé.

Une citation de :Yves Giroux, directeur parlementaire du budget

Le rapport évalue également le coût d'une flotte mixte de navires. Si elle était composée de trois frégates de Type 26 et de 12 FREMM, la flotte coûterait près de 72 milliards. Par contre, une construction hybride de trois navires de Type 26 et de 12 bâtiments de Type 31e ferait passer le coût à environ 38 milliards.

Mais la Défense nationale n’a pas l’intention de changer de cap.

À ce stade, le fait de choisir un nouveau modèle causerait d’importantes pertes économiques à l’industrie navale du Canada et à ceux et celles qui y œuvrent. En outre, le lancement d’un nouveau processus concurrentiel ne garantirait pas qu’un nouveau modèle serait retenu et que celui-ci serait d’un moindre coût.

Une citation de :Ministère de la Défense nationale

Les résultats de cet examen sont dévoilés la veille du dépôt d’un autre rapport attendu, celui de la nouvelle vérificatrice générale du Canada.

Karen Hogan a examiné l’ensemble de la Stratégie nationale de construction navale qui vise à renouveler la flotte de la Marine royale canadienne et de la Garde côtière canadienne.

C’est la première fois que le Bureau du vérificateur général se penche sur le programme depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement libéral en 2015.

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