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57 visites en 4 jours : la course folle au bien-être chez soi

Marie-Hélène Tremblay, propriétaire d'un jumelé avec ses deux filles.

La pandémie a mis de la pression sur l'immobilier. Le peu de propriétés sur le marché transfère la pression sur les épaules des acheteurs qui sont de plus en plus confrontés aux surenchères.

Photo : Radio-Canada / Bruno Giguère

Jamais il n’a été aussi important d’être bien chez soi qu'à l'ère du télétravail. Si 65 % des propriétaires ont fait des travaux de rénovation à leur domicile, d’autres ont déménagé pour avoir plus d'espace. La course au bien-être chez soi cause une immense pression sur le marché immobilier.

L'histoire de Marie-Hélène Tremblay et son conjoint était inimaginable il y a quelques mois à peine. Ils vivaient depuis 9 ans dans un petit jumelé de Neufchâtel qu'ils ont rénové au fil des ans. Maintenant trop à l'étroit en raison des aléas de la pandémie, le couple et leurs deux enfants ont fait le choix de déménager.

Ils ont mis leur jumelé en vente le 10 janvier dernier. Quatre jours, 57 visites et 21 offres d’achat plus tard, leur résidence se vendait près de 30 % au-dessus du prix demandé. Ç’a été très intense, se souvient Marie-Hélène Tremblay.

Marie-Hélène Tremblay.

Marie-Hélène Tremblay

Photo : Radio-Canada

Pendant ces quatre jours, de 9 h 30 à 18 h, des rendez-vous toutes les demi-heures se sont enchaînés.

On aurait pu en avoir le double!, affirme leur courtier, Pierre-Olivier Vear. À un moment donné, la famille nous a dit : c’est assez.

On devait partir pour les visites. Avec les commerces non essentiels fermés et l’interdiction de se rassembler, c’était impossible d’aller amuser les enfants aux Galeries de la Capitale ou d’aller chez ma mère, raconte Marie-Hélène Tremblay.

Courtiser les acheteurs

C'est qu'il y a présentement très peu de maisons sur le marché, explique leur courtier.

Chaque fois qu’il y a une nouvelle propriété affichée, il y a un engouement super rapide.

Une citation de :Pierre-Olivier Vear, courtier immobilier

Des histoires comme celle de Marie-Hélène Tremblay, il y en a de plus en plus.

Depuis le début de l’année, juste notre équipe [de huit courtiers], on a 20-25 propriétés qui se sont vendues en haut du prix affiché. [...] Avant la pandémie, on ne voyait jamais ça, souligne M. Vear.

Pendant quatre jours, des visites se sont enchaînées toutes les demi-heures dans ce jumelé de Neufchâtel.

Pendant quatre jours, des visites se sont enchaînées toutes les demi-heures dans ce jumelé de Neufchâtel.

Photo : Radio-Canada / Bruno Giguère

Invitations à souper et un crédit voyage

Les acheteurs n’ont donc plus le luxe de visiter plusieurs maisons avant de faire une offre sur l’une d’entre elles. La pression, maintenant, est sur leurs épaules, constate le courtier.

Non seulement les acheteurs doivent faire une offre alléchante (presque la totalité des offres reçues pour le jumelé étaient au-dessus du prix demandé), mais ils doivent aussi user de créativité pour être choisis.

Ce n’est pas rare qu’on reçoive de petites vidéos ou des lettres de présentation des acheteurs.

Une citation de :Pierre-Olivier Vear, courtier immobilier

Dans leur cas, Marie-Hélène Tremblay et son conjoint ont reçu des incitatifs comme des invitations à souper, un crédit voyage de 2000 $ et une visite des voisins les suppliant de choisir leur couple d’amis comme acheteur.

C’est déstabilisant, affirme la mère de famille qui s'est installée dans une résidence plus grande du même quartier.


La ruelle pour la forêt

Sébastien Daigneault , sa conjointe Sophie et leurs trois enfants.

Sébastien Daigneault et sa famille ont décidé de quitter la ville pour la banlieue pendant la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Bruno Giguère

La famille de Sébastien Daigneault n’a quant à elle pas vécu le stress de la course à l'immobilier. Nous avons été chanceux : on était au bon endroit, au bon moment, avoue M. Daigneault.

Comme Marie-Hélène Tremblay, la pandémie lui a fait réaliser à quel point il est important d’être bien chez soi. Cet été, sa famille et lui sont tombés en amour avec une maison de Lac-Beauport.

On a changé de vie complètement!

Une citation de :Sébastien Daigneault

Le programmeur informatique ne se voyait pourtant pas vivre ailleurs qu'en ville. Il habitait le quartier Montcalm depuis 15 ans avec sa conjointe, Sophie. C’est là qu’ils ont élevé leurs trois enfants.

Je me voyais mal perdre ma marche de 30 minutes le matin pour aller au travail et la proximité de tout en ville, lance-t-il.

Mais la pandémie lui a fait faire un pas de recul. On sentait qu’on avait besoin d’espace.

La vue avant tout

Aujourd'hui, il ne regrette rien. Avant, mon bureau était dans la chambre de ma conjointe et moi, se souvient-il en riant. Dans la nouvelle maison, il a choisi la véranda. Je travaille tous les jours avec une vue sur la forêt.

Un homme debout travaille sur un ordinateur dans une grande pièce vitrée avec vue sur la forêt enneigée.

Sébastien Daigneault travaille maintenant de la maison et profite de la vue tous les jours.

Photo : Radio-Canada

Ses trois enfants jubilent aussi devant le choix familial. Le benjamin, Jasmin, s'amuse à faire des 360 en ski devant la maison au retour de l’école. Le cadet, Matis, aime regarder les traces d’animaux dans la neige et Flavie, la plus vieille, se réjouit d’avoir une plus grande chambre.

Préfèrent-ils la ville ou la nature? En choeur, ils répondent : Lac-Beauport!

Les embouteillages, un jour?

Sébastien Daignault ne le cache pas : il appréhende le retour à la normale et devoir se rendre au travail en voiture dans le trafic. La ville, croit-il, va retrouver ses attraits.

Il se rassure en disant que la pandémie aura changé les habitudes. Le télétravail va perdurer, selon lui.

Selon la Fédération des chambres de commerce du Québec, qui représente 50 000 entreprises, 75 % des gens sont présentement en télétravail. Ce nombre est le même dans la fonction publique.

Pas étonnant, selon la psychologue et consultante organisationnelle, Julie Pion, qu’il y ait présentement une course au bien-être chez soi. Au niveau psychologique, ça s'explique, dit-elle. Elle croit que l’humain cherche présentement à créer des sentiments positifs et de satisfaction.

Ça redonne la possibilité d'avoir le contrôle sur sa vie parce que, présentement, tout est assez restrictif.

Une citation de :Julie Pion, psychologue et consultante organisationnelle

Confinés à la maison, on voit plus ce qui nous agace

Gabriel Parent-Nadon a, pendant la pandémie, rénové sa salle de bain du sous-sol. Le meuble-lavabo a notamment été changé.

Gabriel Parent-Nadon a, pendant la pandémie, rénové sa salle de bain du sous-sol. La vanité a notamment été changée.

Photo : Radio-Canada / Bruno Giguère

Pour être mieux à la maison, certains ont décidé de rénover.

Gabriel Parent-Nadon et son conjoint ont, pendant le confinement, refait leurs deux salles de bain et leur salle de séjour au sous-sol.

Le fait d’être littéralement tout le temps à la maison, ç’a accéléré certaines décisions, dit-il. Confinés à la maison, on voit plus ce qui nous agace.

Le couple a donc dépensé entre 3000 $ et 4000 $ en rénovations.

On a relocalisé notre budget voyage!

Une citation de :Gabriel Parent-Nadon

Les rénos à la mode

En moyenne, de mars à décembre 2020, les propriétaires québécois ont dépensé 8700 $ pour l’ensemble des travaux effectués à leur résidence principale, selon l’Association professionnelle de construction et d’habitation du Québec (APCHQ).

Un homme peinture un mur avec un rouleau.

Le conjoint de Gabriel Parent-Nadon a repeint le sous-sol pendant le confinement.

Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Mercier

Les rénovations les plus populaires ont été les travaux de peinture (38 %), les travaux relatifs au patio, à la terrasse ou au balcon (24 %) ainsi que les travaux d’aménagement paysager (23 %). Ce sont 7 % des propriétaires qui ont rénové pour améliorer leur espace de télétravail.

Ça nous a permis de nous changer les idées, d’avoir un projet commun et de parler d’autres choses que de la pandémie, affirme Gabriel Parent-Nadon.

Au-delà d’avoir un espace plus fonctionnel, plus confortable et que ce soit plus beau, je crois qu'il y a une dimension aussi réconfortante et qui fait du bien dans les rénos, analyse Julie Pion.

Mme Pion croit toutefois que la course au bien-être chez soi s’estompera après la COVID-19.

Il pourrait y avoir une baisse dans le but d’investir nos énergies, nos efforts et nos sous dans d'autres projets [comme les voyages et les sorties], conclut-elle.

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