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Assaut du Capitole : « Ces criminels sont venus préparés pour la guerre »

Des manifestants tentent de faire intrusion dans le Capitole, usant de violence pour pénétrer dans l'édifice, que tentent de défendre des policiers. À l'avant-plan, un émeutier portant un masque à gaz et armé d'un bâton de baseball et d'un bouclier.

Le 6 janvier, après un discours de Donald Trump, des partisans de celui qui était alors président ont fait intrusion dans le Capitole et ont usé de violence pour pénétrer dans l'édifice.

Photo : Getty Images / Brent Stirton

D'ex-responsables de la sécurité au Capitole invités à comparaître devant deux comités sénatoriaux, mardi, ont parfois offert des témoignages divergents, mais ont unanimement montré du doigt les ratés des services de renseignement et la lenteur du Pentagone à déployer des renforts lors de l'assaut du Capitole du 6 janvier.

Ce sont quelques-uns des faits saillants qui ont émergé des premières audiences conjointes du Comité des règles et de l'administration du Sénat ainsi que de celui de la sécurité intérieure et des affaires gouvernementales, qui se penchent sur les défaillances sécuritaires ayant permis l'invasion meurtrière du Capitole, le jour où le Congrès formalisait le vote du Collège électoral.

Les comités ont amorcé leurs travaux en entendant notamment les anciens sergents d'armes du Sénat et de la Chambre des représentants, respectivement Michael Stenger et Paul Irving, l'ex-chef de la police du Capitole Steven Sund ainsi que le chef de police du département métropolitain de la capitale fédérale par intérim, Robert Contee.

Les trois premiers ont présenté leur démission dans la foulée de l'assaut.

À leurs yeux, les services de renseignement ont sous-estimé les risques qui pesaient sur le Capitole le 6 janvier, si bien que le dispositif de sécurité n'était pas adapté.

Sans les informations pour se préparer de manière adéquate, la police du Capitole avait des effectifs insuffisants pour faire face à une foule extrêmement violente, a affirmé Steven Sund.

Sur la base des renseignements dont nous disposions, je pensais à tort que nous étions prêts, a pour sa part reconnu son ancien collègue, Paul Irving, qui a avoué avoir été profondément secoué par les événements.

Cinq personnes, dont un policier, frappé à coups d'extincteur, ont perdu la vie. Deux autres policiers se sont également suicidés dans les jours qui ont suivi.

« On sait maintenant que nous avions un mauvais plan. »

— Une citation de  Paul Irving, ex-sergent d'armes de la Chambre des représentants

Les deux anciens responsables ont rappelé qu'un rapport du 3 janvier évaluait faible ou improbable le risque d'actes de désobéissance civile.

Les services fédéraux de renseignement avaient mentionné un risque de violence dont le Congrès serait la cible sans jamais, toutefois, évoquer un assaut coordonné, a souligné M. Irving.

Une attaque coordonnée

Steven Sund, devant un micro et deux bouteilles d'eau, regardant vers le bas

Steven Sund a témoigné mardi devant deux comités du Sénat.

Photo : Getty Images / Erin Scott

Aucun des renseignements que nous avons reçus ne prédisait ce qui s'est réellement passé, a soutenu Steven Sund, qui a décrit le déroulement de l'assaut.

« J'ai vu des insurgés battre des policiers à coups de poing, de tuyaux, de bâtons, de bâtons de baseball, de barricades en métal et de hampes de drapeau. Ces criminels sont venus préparés pour la guerre. Ils sont venus avec des armes, des munitions chimiques et des explosifs. »

— Une citation de  Steven Sund, ex-chef de police du Capitole

Ils sont venus avec des boucliers, des protections balistiques et du matériel tactique, a poursuivi Steven Sund. Ils sont venus avec leur propre système radio pour coordonner l'attaque, ainsi qu'avec du matériel d'escalade et d'autres équipements pour venir à bout des dispositifs de sécurité du Capitole.

Il a aussi indiqué qu'un rapport du FBI indiquant que des extrémistes prévoyaient se rendre à Washington pour faire la guerre était bien parvenu au quartier général, le 5 janvier, mais ajouté que le document n'avait pas circulé à l'interne ou été transmis à la haute hiérarchie.

Il a affirmé n'en avoir lui-même entendu parler que la veille de son audition.

Le chef de police du département métropolitain de la capitale fédérale a lui aussi affirmé ne pas avoir vu le document en question et a précisé que l'alerte avait été envoyée par courriel.

Quelque chose d'aussi violent qu'une insurrection au Capitole justifierait un appel téléphonique ou quelque chose comme ça, a déploré Robert Contee.

Les anciens sergents d'armes du Sénat et de la Chambre des représentants ont aussi dit ne pas avoir vu le document.

Robert Contee et Steven Sund ont tous les deux laissé entendre que la communauté du renseignement n'avait pas suffisamment identifié les groupes suprémacistes blancs comme une menace sérieuse.

Le département de la Défense montré du doigt

Des partisans de Donald Trump crient à l'extérieur du Capitole, où se trouve un immense drapeau américain

Des partisans de Donald Trump, lors de l'assaut du Capitole du 6 janvier

Photo : Getty Images / Brent Stirton

Défendant leur propre gestion de l'assaut, les responsables, anciens ou encore en poste, ont en outre blâmé le département de la Défense, qui a attendu plusieurs heures avant de mobiliser la Garde nationale.

Devant la violence des intrus, Steven Sund a soutenu avoir réclamé très tôt des renforts, mais s'être fait répondre par un haut gradé, Walter Piatt : Je n'aime pas l'image que projetterait l'alignement de la Garde nationale devant le Capitole.

Témoin de l'échange, le chef de la police métropolitaine de Washington a aussi rejeté la responsabilité de la lenteur de la mobilisation de la Garde nationale sur le Pentagone. J'ai été stupéfait de la réponse du département de l'Armée, qui était réticent à envoyer la Garde nationale au Capitole, même si la violence s'intensifiait, a-t-il dit.

« On aurait dit qu'il fallait cocher des cases alors que des agents étaient en train de se battre pour leur vie. »

— Une citation de  Robert Contee, chef de la police métropolitaine de Washington par intérim

M. Sund a cependant accusé le sergent d'armes de la Chambre d'avoir lui-même exprimé, avant l'attaque, son scepticisme face à la mobilisation de militaires. Il était inquiet pour l'image projetée, a-t-il assuré, ce qu'a nié M. Irving.

Autre divergence dans les témoignages, M. Sund a affirmé avoir contacté M. Irving dès 13 h 09 le jour de l'assaut pour obtenir son feu vert pour des renforts. Ce dernier a cependant rétorqué ne pas s'en souvenir et dit n'avoir aucune trace de cet appel dans son téléphone.

Les sénateurs leur ont d'ailleurs demandé de remettre les relevés de leurs appels et de leurs messages.

D'autres témoins seront convoqués

Les élus des deux partis, qui reprendront leurs travaux la semaine prochaine, ont affiché leur volonté de travailler de manière constructive.

Cela n'a pas empêché le sénateur républicain Ron Johnson, qui faisait partie des élus de son parti s'étant opposés à la validation des résultats électoraux, de promouvoir une théorie du complot selon laquelle des faux partisans de l'ex-président Donald Trump étaient derrière l'attaque du 6 janvier.

La sénatrice démocrate Amy Klobuchar, qui préside le Comité des règles et de l'administration du Sénat, a annoncé la tenue d'audiences supplémentaires.

La semaine prochaine, les élus veulent entendre des représentants du FBI, mais aussi des responsables des départements de la Sécurité intérieure et de la Défense.

Lundi dernier, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a annoncé son intention de créer une commission indépendante qui se penchera sur les événements du 6 janvier, à l'image de la Commission du 11 Septembre, mise en œuvre pour enquêter sur les causes des attentats de 2001.

Ces enquêtes, commencées ou annoncées, font suite au procès de l'ex-président Trump, dont l'issue était écrite d'avance.

Accusé d'« incitation à l'insurrection », il a obtenu un deuxième acquittement en à peine plus d'un an. Le Sénat a jugé l'ancien président américain coupable à 57 voix (dont celles de 7 républicains) contre 43, un seuil insuffisant pour un verdict de culpabilité.

Avec les informations de Washington Post, New York Times, et Agence France-Presse

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