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Frustration chez les aînés et les aides-soignants qui attendent le vaccin en Ontario

Un homme âgé assis sur une chaise et portant un masque.

Sam Meister, 98 ans, se dit enfermé dans sa propre maison parce qu'il n'a pas pu se faire vacciner contre le COVID-19, bien qu'il fasse partie d'un groupe d'âge à très haut risque.

Photo :  CBC / Perlita Stroh

Radio-Canada

Des personnes âgées vivant à la maison ainsi que des aides-soignants et des spécialistes en gériatrie déplorent que l'Ontario ait choisi, au début de la campagne de vaccination, d’écarter de la première étape d'immunisation les aînés qui résident hors des foyers de soins de longue durée.

Sam Meister a 98 ans. Il est furieux contre le plan de vaccination COVID-19 du gouvernement de l'Ontario qui oblige les personnes âgées comme lui à rester à l'écart.

J'aimerais être un homme libre, déclare M. Meister. Je ne vois que ma maison, je ne vois que l'intérieur de ma maison.

M. Meister vit dans sa maison à Toronto avec son aide-soignante, Marizel Evangelista. Aucun d'eux n’a reçu le vaccin contre la COVID-19.

Pour protéger la santé de M. Meister, Mme Evangelista a choisi de ne pas retourner chez elle auprès des membres de sa famille depuis le début de la pandémie. Elle leur parle sur Zoom tous les soirs et a même fêté Noël sur Zoom avec eux.

Elle ne sort que lorsque les courses ne peuvent pas être livrées à domicile. Elle fait tout pour éviter de contracter le virus qui menacerait certainement la vie de M. Meister s'il y était exposé sans être vacciné.

M. Meister, lui, n'a quitté la maison qu'une seule fois depuis mars 2020 pour un rendez-vous chez le dentiste.

J'ai 98 ans, combien de temps dois-je encore attendre?

Une citation de :Sam Meister, 98 ans, vit dans sa maison

Aînés dans les foyers seulement

Si M. Meister vivait dans une autre province, il aurait déjà pu être vacciné.

La première phase du plan d'inoculation de l'Ontario s’adressait aux personnes âgées résidant dans les foyers de soins de longue durée, et non celles qui vivent dans la communauté en général, qui ont été jugées moins prioritaires que les travailleurs essentiels.

L'Ontario a annoncé récemment que les personnes âgées de 80 ans et plus seront les prochaines à se faire vacciner, avant les travailleurs essentiels. Mais cette nouvelle étape de la campagne de vaccination ne débutera pas avant la première voire la deuxième semaine de mars, selon le bureau de santé publique.

Le Comité consultatif national sur l'immunisation, qui définit les meilleures pratiques, affirme que les personnes âgées de plus de 70 ans – et non de 80 ans comme en Ontario – devraient être le prochain groupe à recevoir le vaccin.

Au Québec, certaines personnes âgées vivant dans la communauté ont déjà commencé à se faire vacciner; les aînés de 85 ans et plus doivent devenir un groupe prioritaire à partir de la semaine prochaine. En Colombie-Britannique, les aînés devraient tous avoir reçu leurs deux vaccins d'ici la fin d'avril.

Un homme se tient debout, portant un sarrau blanc.

Selon le Dr Samir Sinha, les personnes âgées vivant chez elles auraient dû être priorisées dès le début de la campagne de vaccination en Ontario.

Photo :  CBC / Ousama Farag

Le médecin de M. Meister est le Dr Samir Sinha, qui est aussi directeur des départements de gériatrie à l'Hôpital Mont Sinaï de Toronto et au Réseau universitaire de santé (UHN). S'il se réjouit du changement annoncé par l'Ontario, il estime que les personnes âgées vivant chez elles auraient dû être priorisées dès le début de la vaccination, et ce, avant même les professionnels de la santé comme lui, qui courent beaucoup moins de risques de mourir du virus.

Mes risques de mourir de la COVID-19 sont inférieurs à 1 %, celles de Sam [Meister] sont de 25 %.

Une citation de :Dr Samir Sinha, directeur des départements de gériatrie à l'Hôpital Mont Sinaï de Toronto et au Réseau universitaire de santé (UHN)

En Ontario, 96 % des décès associés à la COVID-19 sont survenus chez des personnes de plus de 60 ans, et 93 % des aînés de la province vivent à domicile. Selon le Dr Sinha, si l'Ontario avait décidé de donner la priorité à toutes les personnes âgées, cela aurait pu sauver des vies.

Rendez-vous en ligne

Rick Hillier, le président du groupe de travail de l'Ontario pour la distribution du vaccin contre la COVID-19, prévoit qu'un site web et une ligne d'assistance téléphonique seront disponibles le mois prochain. Les personnes âgées pourront y prendre rendez-vous pour se faire vacciner près de chez elles. Environ 500 000 personnes âgées de plus de 80 ans vivent dans leur maison en Ontario, et la province espère vacciner au moins 100 000 d'entre elles en mars.

Le Dr Sinha s'inquiète, car une partie du plan repose sur des contacts informatiques. De nombreux aînés ne savent pas se servir d'Internet, n'ont pas d'ordinateur ou n'ont pas l'anglais comme langue maternelle, et beaucoup sont confinés chez eux. Quel sera donc le plan pour s'assurer qu'ils ne sont pas oubliés?

Le Dr Sinha espère que la province fera appel aux ambulanciers pour atteindre les personnes âgées qui ne peuvent pas quitter leur domicile, comme c’est le cas lors des campagnes annuelles de vaccination contre la grippe.

Un groupe de gens masqués prennent la pose pour la photo. Un homme et son aide-soignante sont visibles par la fenêtre.

Sam Meister et son aide-soignante Marizel Evangelista. Elle vit séparée de sa famille depuis près d'un an afin de minimiser les risques de contracter la COVID-19 et d'infecter M. Meister.

Photo : fournie par Marizel Evangelista

Malgré la longue attente pour le vaccin, M. Meister fait partie des chanceux, en raison du sacrifice qu’a choisi de faire Mme Evangelista. Pour elle cependant, les conséquences sont pénibles, puisque sa famille lui rend visite à l'extérieur.

S'il pouvait se faire vacciner, ce serait bien pour moi aussi, parce que je pourrais revoir ma famille.

Une citation de :Marizel Evangelista, aide-soignante

Je ne peux pas les serrer dans mes bras, on ne parle qu’à travers une fenêtre. C'est très difficile, avoue Mme Evangelista.

Avez les informations de Perlita Stroh, CBC News

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