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Le dilemme du vaccin pour les travailleuses de la santé enceintes

Une femme enceinte tient son ventre.

La compagnie Pfizer a annoncé qu'elle a commencé un essai clinique pour tester le vaccin contre la COVID-19 pour les femmes enceintes.

Photo : iStock

Radio-Canada

Stephanie Pizzey, qui est infirmière, sait mieux que la plupart des gens comment fonctionnent les vaccins et encourage le public à se faire vacciner. Pourtant, enceinte de 26 semaines, elle a suivi les conseils de son médecin et ne s’est pas fait vacciner.

Au début, j'étais assez favorable à l'idée de me faire vacciner, car je travaille beaucoup avec les vaccins, dit Stephanie Pizzey. Avec celui-ci, c'est un peu délicat, car il n'a pas fait l'objet de recherches approfondies chez les femmes enceintes ou allaitantes.

Les essais cliniques pour les vaccins de Pfizer-BioNTech et de Moderna, les deux types de vaccins disponibles pour les Canadiens, n'ont pas porté sur les femmes enceintes ou allaitantes. Il n'y a donc pas encore de recherches concluantes sur la sécurité et l'efficacité des vaccins pour la femme ou le fœtus.

Les données recueillies au Canada et à l'étranger montrent que les femmes enceintes qui attrapent la COVID-19 courent un risque plus élevé de voir leur maladie s'aggraver. La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada recommande que les femmes enceintes et allaitantes se voient offrir le vaccin, tant qu'il n'y a pas de contre-indications.

La compagnie Pfizer a annoncé ce mois-ci qu'elle avait commencé un essai clinique international pour tester le vaccin chez les femmes enceintes. De plus, une douzaine de femmes qui ont reçu le vaccin au cours d’un autre essai et qui sont tombées enceintes par la suite sont suivies médicalement. Aucun effet indésirable n'a été signalé jusqu'à présent.

Le fait de choisir d'attendre les conclusions des recherches crée un dilemme pour les professionnels de la santé comme Stephanie Pizzey.

En plus de son travail dans le domaine de la santé publique, elle travaille parfois dans l'unité de soins intensifs néonatals du centre hospitalier régional de Red Deer. Elle explique qu'elle se ferait probablement vacciner si elle passait plus de temps à l'hôpital ou si elle travaillait dans un environnement où la probabilité d’exposition à des personnes ayant contracté le coronavirus était plus élevée.

Elle avoue que cela lui pèse et qu'elle est prête à changer d'avis si les conseils de son médecin changent ou si l'obstétricien qu'elle doit rencontrer prochainement pense qu'elle devait se faire vacciner maintenant.

Prendre en main sa propre sécurité

Emily Chell, récréologue de Calgary, est au début du troisième trimestre de sa grossesse et prévoit de se faire vacciner.

Elle travaille dans une unité de neuro-réadaptation d'un hôpital de Calgary. Elle pensait ne pas être autorisée à se faire vacciner avant d’y être invitée.

Elle avoue avoir été ravie d’apprendre par son médecin qu’elle pouvait se faire vacciner quand elle voulait.

Elle a fait des recherches sur les vaccins à ARN messager qui l’ont mise en confiance Plus je m'y intéressais, plus je lisais sur le sujet, moins j'étais anxieuse, c'est sûr, dit-elle.

Dans le cadre de son travail, Emily Chell a eu quelques contacts proches avec des personnes infectées par le coronavirus. Même si les mesures sanitaires ont été respectées, elle sent que le vaccin lui permettrait d'avoir la maîtrise de sa vie et de se sentir protégée.

Savoir que je peux me faire vacciner et me protéger, et que je n'ai pas à compter sur d'autres personnes, c'est énorme.

Emily Chell, récréologue

Une décision partagée

Les personnes enceintes devraient évaluer la probabilité d'être exposées au SRAS-CoV-2 et en parler à leur médecin, dit la Dre Sue Chandra, spécialiste de la santé maternelle et fœtale et professeure agrégée à la faculté de médecine de l'Université de l'Alberta.

En fin de compte, tout se résume toujours à l'autonomie de la patiente, explique-t-elle.

Notre travail en tant que médecin est de donner [aux femmes enceintes] les meilleures informations afin qu'elles puissent les utiliser pour guider leur prise de décision.

Dre Sue Chandra, spécialiste de la santé maternelle et fœtale, Université de l'Alberta

Elle avoue que l'exclusion initiale des femmes enceintes et allaitantes des essais cliniques, une préoccupation de longue date dans la recherche en santé, met les praticiens dans une position difficile.

Nous ne pouvons pas nécessairement soutenir le fait que l'administration de ce vaccin est sans danger pour les femmes enceintes.

Dre Sue Chandra, spécialiste de la santé maternelle et fœtale, Université de l'Alberta

La Dre Chandra ajoute que, même si la plupart des femmes enceintes ne souffriront pas de conséquences graves si elles attrapent le coronavirus, elles courent un risque plus élevé de se retrouver à l'hôpital ou en soins intensifs que les autres personnes du même âge.

Quant au risque pour le fœtus, elle explique que les informations actuelles indiquent que le risque qu'une mère infectée par le virus le transmette au bébé est très faible. Il n'existe jusqu'à présent aucune preuve de corrélation avec des malformations congénitales, ajoute-t-elle.

Toutefois, la Dre Chandra dit que la COVID-19 pourrait causer des complications obstétricales, notamment un risque accru de naissances prématurées et un retard de croissance du fœtus.

Elle explique que les facteurs qu'une femme enceinte devrait prendre en compte lorsqu'elle évalue sa décision de se faire vacciner sont les suivants :

  • les taux d'infection par la COVID-19 dans sa communauté ;
  • la probabilité d'exposition personnelle (Travaille-t-elle à domicile? Avec le public? Dans le secteur de la santé?) ;
  • et d'autres facteurs de risque pour les femmes enceintes, comme l'âge, le poids et l'état de santé sous-jacent.

Au 17 février, l'Alberta a signalé 898 cas d'infection par le SRAS-CoV-2 chez les femmes enceintes, selon un programme canadien pour suivre les effets de la COVID-19 pendant la grossesse (CANCOVID-Preg), une initiative en cours dirigée par la Dre Deborah Money, chercheuse à l'Université de la Colombie-Britannique.

Avec les informations de Paige Parsons.

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