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Élargir ou pas l'aide à mourir aux cas de maladie mentale?

Simon Courtemanche

Le reportage de Laurence Martin

Photo : Radio-Canada

Faut-il élargir la loi sur l'aide médicale à mourir pour inclure les personnes qui souffrent de maladie mentale? Une majorité de sénateurs à Ottawa croient que « oui », et ils ont amendé le projet de loi du gouvernement Trudeau pour inclure, notamment, cet élargissement.

Les députés à la Chambre des communes devront décider cette semaine s'ils acceptent ou non les modifications du Sénat. Le débat est suivi de près par la communauté médicale au pays, mais aussi par des gens qui souffrent de maladie mentale.

Simon Courtemanche a 28 ans, la vie devant lui, mais, plusieurs fois déjà, il a eu envie de mourir. Il souffre d'anxiété généralisée et d'un trouble de la personnalité limite.

Aujourd'hui, il se porte beaucoup mieux. Il poursuit ses études et travaille également. Mais il croit qu'à n'importe quel moment, la grande souffrance pourrait revenir. Et il veut avoir une porte de sortie : l'aide médicale à mourir.

C'est une souffrance qui est indescriptible. C'est comme un vide intérieur, un mal-être qui m'envahit depuis des années, puis c'est vraiment souffrant. Même qu'à certains moments, j'ai fait de l'automutilation parce que la douleur physique était beaucoup plus supportable que la douleur interne que j'avais.

Une citation de :Simon Courtemanche

M. Courtemanche pense qu’avoir la possibilité d’accéder à l’aide médicale à mourir pourrait calmer certaines de ses anxiétés.

Dans le long terme, si ça ne va pas bien, oui, je ferais la demande. J'espérerais que ce soit une possibilité, mais ça ne veut pas dire que je fais la demande que je vais l'avoir ou, même si elle est accordée, qu'au final, je vais décider de la prendre. Mais, juste la possibilité de l'avoir, ça peut calmer certaines anxiétés, explique-t-il.

Simon Courtemanche s'est engagé auprès des jeunes pour faciliter l'accès aux soins en santé mentale. Il sait à quel point la question de l'aide médicale à mourir est délicate.

C'est vrai qu'avec la santé physique, c'est beaucoup plus facile. Les critères sont beaucoup noirs et blancs. La santé mentale est beaucoup plus complexe. Mais c'est pas parce que c'est complexe qu'on doit d'emblée la refuser, plaide-t-il.

Débat au sein de la communauté médicale

C'est aussi ce que pense le neurochirurgien Georges L‘Espérance, qui préside l'Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité.

La raison principale, c'est que les patients qui souffrent de problématiques de santé mentale, ce sont des citoyens comme tous. Ils ont les mêmes droits que tous. La raison sous-jacente, c'est que les problématiques de santé mentale sont des problématiques de souffrance réelle, comme toute autre problématique de santé. Et il n'y a aucune raison de discriminer ces patients-là [...] Ce sont des patients qui ont des maladies réelles qui sont plus difficilement objectivables que des maladies physiques, mais qui sont tout aussi souffrantes, voire parfois même très souffrantes, parce que ça va chercher l'individu dans son intérieur, explique le neurochirurgien.

Si l'Association des psychiatres du Québec est également d'avis qu'il est discriminatoire d'exclure d'office les personnes souffrant de maladie mentale, la communauté médicale n'est pas unanime sur la question.

Le désir de mourir chez nos patients ce n'est pas un choix rationnel. C'est un symptôme de leur maladie, de leur syndrome.

Une citation de :Bertrand Major, psychiatre

Dans ses 30 années de pratique, le psychiatre Bertrand Major assure qu'il a toujours trouvé un traitement à offrir à ses patients.

Nous avons des instruments, nous avons des thérapeutiques pour les aider à évacuer cette envie de mourir, assure-t-il.

Comme plusieurs psychiatres, Simon Courtemanche croit qu'il y a parfois des limites à ce que la médecine peut accomplir.

Il y a toujours quelque chose à faire, mais à partir de quel moment on tombe dans l'acharnement thérapeutique puis qu'on accepte que la personne, elle souffre de façon continue? demande-t-il.

Même pour des patients qui souffrent grandement, Simon est convaincu qu'il faut des balises claires et un encadrement strict, pour ce qui devrait être l'ultime recours.

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