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Envoyée spéciale

Deux Amériques dans un même avion

Notre envoyée spéciale en Floride, Fannie Bussières McNicoll, devait rentrer au Canada lundi et témoigner du déroulement de la nouvelle quarantaine à l’hôtel obligatoire. Toutefois, les conditions météorologiques ont retardé son retour. Elle en profite donc pour relater ses impressions de son premier séjour hors du pays depuis plus d’un an.

Passagers assis dans un vol, portant tous un masque.

L'Airbus A321 qui assure le vol entre Philadelphie et Miami était rempli ce jour-là. Le port du masque est obligatoire, mais certains passagers ne l'ajustent pas adéquatement.

Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll

Jeudi, 18 février, 11 h. Comme bien des Canadiens, je n’ai pas pris l’avion depuis plus d’un an. C’est avec un peu d’appréhension et surtout beaucoup de curiosité que je quitte Montréal par la voie des airs, après avoir expérimenté le service de dépistage antigénique rapide offert à l’aéroport au prix de 149 $.

Un passage à peine chatouilleux d’un coton-tige dans les narines (et non jusqu’aux abysses des sinus) et 21 petites minutes d’attente ont suffi pour me déclarer non infectée par la COVID-19 et me donner le passeport santé exigé pour voyager aux États-Unis. L’aéroport essentiellement désert et un premier vol au tiers plein me confortent dans mon sentiment de sécurité.

Quelques voyageurs éparses dans un terminal d'aéroport

Le terminal d'embarquement à l'aéroport international de Montréal est silencieux et toujours anormalement désert. Des collants sur les sièges incitent les voyageurs à maintenir une distance entre eux.

Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll

Un choc culturel nouveau genre

C’est à l’embarquement du deuxième vol, celui-là à destination de Miami, qu’une sorte d’étrange choc culturel frappe. L’avion de taille moyenne est plein. Complètement plein. Ma bulle de deux mètres de rayon, protégée depuis des mois, éclate soudainement et est envahie par des dizaines de voyageurs qui jouent du coude pour se rendre à leur siège. Comme dans le monde d’avant-pandémie!

Des gens qui se précipitent pour récupérer leurs bagages après l'atterrissage d'un avion.

À l'entrée comme à la sortie de l'avion, les passagers se serrent les uns contre les autres et se précipitent vers leurs bagages.

Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll

Je suis installée, pour ne pas dire coincée, entre deux jeunes Américaines qui désirent s’éloigner quelques jours du temps froid et orageux de Philadelphie. Elles ont l’habitude de ces petits voyages, me disent-elles. L’une porte son masque sous le nez et l’autre arbore un douteux maillage de faux diamants qui ne mérite certainement pas le nom de couvre-visage. Joli, mais clairement peu repoussant pour un virus. Pas besoin d’un épidémiologiste pour me confirmer que les conditions ne sont pas optimales pour éviter la propagation de la COVID-19. Ne reste qu’à croiser les doigts pour que mon très sérieux N95 fasse son travail.

Quand même un peu inquiète, je négocie habilement un changement de siège avant le décollage. Je traverse l’allée centrale et me retrouve aux côtés d’un couple portant des masques qui m’inspirent plus confiance. J’ignore que je m’apprête à découvrir une tout autre réalité, une autre Amérique, qui va me rendre soudainement moins mal à l'aise dans cet avion.

Le Service de l’information de Radio-Canada a décidé d’envoyer une journaliste en Floride pour qu’elle constate à son retour au pays comment sont appliquées les nouvelles mesures aux voyageurs et partager son expérience ainsi que celle d’autres voyageurs sur nos différentes plateformes.

Libérés par le vaccin

Tom et sa femme Lisa sont vaccinés. Lui parce qu’il travaille dans le secteur de l’alimentation. Elle parce qu’elle a une condition médicale qui la rend vulnérable à la COVID-19. C’est la première fois que le couple voyage depuis le début de la pandémie. Ils prennent le respect des mesures sanitaires très au sérieux. Tom me raconte avec fierté n’avoir eu que 2 employés sur 84 qui ont contracté le nouveau coronavirus dans son entreprise.

Deux personnes portant un masque dans un avion.

Tom et Lisa se sentent plus à l'aise de voyager depuis qu'ils sont tous les deux vaccinés.

Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll

Jamais nous n’aurions pris l’avion si nous n’avions pas été vaccinés. On veut être responsable, rester en sécurité et protéger les autres.

Tom, résident du Delaware

Ça a été une longue année. On se sent enfin à l'aise de voyager à nouveau. C’est génial, poursuit-il, en précisant qu’ils demeurent malgré tout prudents et conscients que le vaccin n’offre pas une protection absolue.

Il ajoute que c’est dommage toutefois que d’autres ne semblent pas se préoccuper outre mesure du respect des règles sanitaires. Il me dit cela en me faisant signe de regarder vers l’avant. Quatre femmes s'entassent en effet sur trois sièges juste devant nous.

Le jugement avait été trop hâtif. Les amies sont des infirmières qui ont décidé d’aller faire un court voyage pour célébrer… leur vaccination récente! Avant de voyager, elles ont attendu quelques semaines après avoir reçu leur deuxième dose du vaccin, pour s’assurer de sa pleine efficacité.

C’est ce que m’explique l’une d’entre elles, Katie, avec un grand sourire que je devine derrière son masque : On se sent à nouveau libres! On peut voyager, enfin! Ça fait vraiment beaucoup de bien! Elle et ses collègues ont travaillé d’arrache-pied dans la dernière année et se sentent privilégiées d’avoir pu recevoir le vaccin Pfizer-BioNTech aussi rapidement.

Déjà, aux États-Unis, 12 % de la population a reçu une première dose du vaccin et 5 %, leurs deux doses. Au Canada, 1,75 % de la population a reçu une première dose du vaccin contre la COVID-19, tandis que 1,17 % de la population a reçu les deux doses.

Quatre femme dans un avion portant un masque et regardant la caméra.

Katie, à gauche, et ses amies infirmières, célèbrent leur vaccination récente en s'offrant un premier voyage depuis le début de la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll

La vie qui a repris son cours normal… ou presque

Cela saute aux yeux rapidement, l’activité économique a visiblement repris ses droits en Floride. L’hôtel où je séjourne est rempli, me dit-on. À la plage de Hollywood, près de Miami, touristes et résidents sont nombreux à profiter du soleil et de la chaleur. Le chemin qui longe la mer est très fréquenté. Les terrasses sont bondées. Car oui, les restaurants sont ouverts là-bas.

Attention, est-ce qu’on a l’impression que les gens ont oublié le fait qu’on soit toujours en pleine pandémie? Non, la réalité est plus nuancée.

La Floride est encore l’un des États américains où la COVID-19 a fait le plus de ravages. Il est devenu tout récemment le quatrième à dépasser le cap des 30 000 décès depuis le début de la crise. Toutefois, comme au Québec, le sunshine state est en phase de descente de vague. L’État a connu une baisse, dans les 14 derniers jours, de 27 % de nouveaux cas, de 24 % des hospitalisations et de 7 % des décès liés à la maladie.

Comme au Québec, il faut porter un masque dans les endroits publics intérieurs. Et cette mesure est largement respectée, me dit un policier local croisé sur la plage. Et c’est aussi l’opinion de Michel Galipeau, un snowbird : Les gens en général portent le masque. Ils le portent moins sur la plage peut-être, mais on est dehors! Mais partout ailleurs, honnêtement, c’est aussi respectueux des règles qu’au Québec.

Une femme à bicyclette sur le bord de la plage près de Miami

Eve McBride, une résidente locale, est heureuse de voir sa ville reprendre vie.

Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll

Eve McBride, une agente immobilière locale, est enchantée par ce retour relatif à la normale. C'est génial de voir les touristes revenir, les activités reprendre, les gens travailler. Je crois que Hollywood est de retour à la normale, ou presque, et heureusement! Regardez autour de vous, les gens maintiennent leurs distances.

Le respect des règles demeure fragile. Certaines personnes suivent peu ou mal les règles. Çà et là, il est possible de voir des petits rassemblements. Et il suffit d’une averse soudaine pour que les passants oublient les mesures sanitaires de base et se précipitent sous un auvent ou un parasol, négligeant pour plusieurs de remettre leur masque ou de respecter la distance adéquate.

Plusieurs personnes installées autour d'un bar extérieur, sur le bord de la plage

Ce n'est pas tout le monde qui respecte la distanciation physique recommandée, comme le montre cette photo d'un bar sur la plage de Hollywood, en Floride.

Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll

Linda et Jim Humphrey, assis à une table avec vue sur la mer, seraient normalement inquiets de voir ce genre de comportement. Mais comme Tom et Lisa ainsi que Katie et ses amies infirmières, depuis quelques jours, ils ont leur petit secret : ils sont vaccinés. Ils en sont ravis, puisque Jim a une maladie auto-immune qui a obligé le couple à s’isoler beaucoup dans les derniers mois.

Ils osent à nouveau sortir dans des endroits publics, comme à la plage, et se sentent plus protégés. Une autre preuve que la vaccination commence, petit à petit, à changer les habitudes et, peut-être, à espérer un retour vers la normalité du temps d’avant-pandémie.

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