•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Analyse | Le bitcoin, plus énergivore qu’un pays

Des techniciens de Bitfarms s'affairent dans son centre de cryptominage à Magog.

Des techniciens de Bitfarms s'affairent dans son centre de cryptominage à Magog. Contrairement à d'autres centres semblables dans le monde, celui-ci repose sur de l'hydroélectricité pour fonctionner.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Si vous êtes en quête d’investissements écoresponsables, écartez le bitcoin de votre portefeuille! Pour reprendre les mots de la secrétaire américaine au Trésor, Janet Yellen, la consommation d’énergie des cryptomonnaies est « stupéfiante ».

Chaque transaction nécessite de puissants ordinateurs pour réaliser des calculs complexes. La flambée du bitcoin dans les derniers mois a donc nécessité une quantité extraordinaire d'électricité dans le monde.

Seulement pour le bitcoin, les centres de cryptominage nécessiteraient une consommation annuelle de 121,56 térawattheures dans le monde, selon un outil développé par le Cambridge Centre for Alternative Finance (CCAF). C’est davantage que la consommation de l’Argentine ou de la Norvège. À titre de comparaison, les ventes d’électricité d’Hydro-Québec atteignaient seulement 50 TWh de plus en 2020.

Plusieurs s'interrogent d'ailleurs en observant le dévouement du multimilliardaire Elon Musk envers les cryptomonnaies. L’image résolument proenvironnementale associée à ses voitures électriques Tesla a été ternie quand l’entreprise a annoncé un investissement de 1,5 milliard de dollars américains dans le bitcoin et son intention de l’accepter comme mode de paiement.

N’empêche, le cours de la première cryptomonnaie décentralisée s’est ensuite envolé de nouveau, conduisant même M. Musk à reconnaître samedi qu’il semblait élevé. Sa capitalisation s’élevait alors à plus de 1000 milliards de dollars américains. Une forte correction a suivi. Mardi, l’unité s’échangeait à plus de 54 000 $ US.

C’est aussi ce qui a fait dire à Mme Yellen, lundi, que le bitcoin est un actif hautement spéculatif.

De l’énergie renouvelable, mais pas partout

Au Québec, la torontoise Bitfarms domine le secteur des cryptomonnaies avec cinq centres de serveurs qui utilisent la technologie de la chaîne de blocs – à la base de la création des bitcoins. Elle siphonne 69 mégawatts d’électricité d’Hydro-Québec. C’est sans parler de la pollution sonore générée par le bruit des ventilateurs, qui a fait l’objet d’une amende de 10 000 $ en décembre à Sherbrooke.

Ceux qui s’en préoccupent trouveront consolation dans la source de l’énergie consommée, qui est renouvelable, et les revenus de 60 millions de dollars que le secteur a rapporté à la société d’État en 2020.

Mais sur la planète, le CCAF constatait en 2018 que seulement 28 % de la consommation des usines de cryptomonnaies qu’il a pu répertorier ont recours à de l’énergie renouvelable – de l’hydroélectricité principalement.

Pour le reste, la science est loin d’être exacte : il pouvait s’agir d’un mélange d’énergie renouvelable ou non renouvelable. Dans certaines régions, comme la province du Xinjiang en Chine, le charbon, très polluant, devient la principale source d’énergie. Le CCAF calcule que plus de 65 % du minage de bitcoins se déroule dans ce pays. Les États-Unis et la Russie suivent loin derrière à environ 7 % chacun; le Canada, à 0,82 %.

D’après Digiconomist, l’empreinte carbone du bitcoin atteindrait maintenant 37 millions de tonnes de dioxyde de carbone, soit l’équivalent de celle de la Nouvelle-Zélande.

Autre illustration de ce revers méconnu des cryptomonnaies : l’Iran a admis que d’importantes pannes de courant survenues cette année ont été provoquées par des usines de bitcoins. Hydro-Québec semble d'ailleurs craindre le caractère énergivore et volatil de cette industrie, et vouloir utiliser ses surplus à d'autres fins à long terme. Elle se dit « incitée à prudence » avec cette clientèle.

Et pendant ce temps, que fait le bitcoin à part consommer de l’énergie? Des rendements pour certains, des pertes pour d’autres. Pour chaque nouveau millionnaire, de nombreux petits investisseurs finissent par se retrouver les mains vides.

S’il constitue une monnaie, tous s’entendent pour dire, à commencer par Janet Yellen, qu’il est extrêmement inefficace pour faire des achats, en raison de sa forte volatilité.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !