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Le plan vert de Joe Biden, un coup à jouer pour le Québec

Une voiture branchée sur une borne de recharge.

Plusieurs entreprises québécoises souhaitent conclure des contrats aux États-Unis pour profiter du futur plan vert de l'administration Biden.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Plusieurs entreprises québécoises souhaitent jouer un rôle de premier plan dans le cadre du plan pour le climat de l'administration Biden, aux États-Unis, dont le coût atteint 2000 milliards de dollars américains, et dont les énergies vertes formeront le coeur.

Le gouvernement du Québec répète qu'il rêve de voir la province devenir la pile du Nord-Est américain. Pour Hydro-Québec et pour les quelque 200 entreprises qui œuvrent dans le secteur du transport électrique, le contexte pour y parvenir est bon.

Dans le parc industriel de Shawinigan, en Mauricie, employés et dirigeants de l'entreprise AddÉnergie sont parfaitement au courant de l'occasion qui se présente. C'est ici que sont fabriquées 95 % des bornes de recharge électriques du réseau public québécois. AddÉnergie, qui produit aussi des bornes résidentielles, a vendu 12 000 appareils l'an dernier, et l'avenir est très prometteur.

Au Québec, la vente de véhicules à essence sera interdite à partir de 2035 et, d'ici 10 ans, on prévoit que les ventes de véhicules électriques seront multipliées par 15.

Toutefois, c'est peu par rapport à l'immense potentiel aux États-Unis. Le directeur des affaires publiques d'AddÉnergie, Sylvain Bouffard, se réjouit de l'élection de Joe Biden, qui souhaite électrifier la flotte de véhicules du gouvernement américain.

Ce n'est plus seulement l'affaire de quelques villes, quelques États, mais, vraiment, il y a tout le poids de l'administration fédérale qui donne un signal très, très fort, dit-il.

Après un premier contrat à Los Angeles, AddÉnergie s'apprête à installer 120 bornes à New York, dont le prototype a été présenté à la presse.

L'entreprise espère obtenir 20 % de ses revenus aux États-Unis dès l'an prochain. Elle vient d'ailleurs de convaincre un investisseur américain de participer au financement de son expansion vers les États-Unis.

Les États-Unis offrent des perspectives vraiment très, très emballantes. C'est certain qu'on est conscients qu'il va probablement falloir s'adapter pour réussir à accéder au marché américain, surtout aux contrats qui vont être donnés par le gouvernement fédéral.

Une citation de :Sylvain Bouffard, directeur des affaires publiques d'AddÉnergie

S'installer aux États-Unis?

AddÉnergie songe à ouvrir une usine aux États-Unis pour faciliter sa progression et répondre aux exigences du gouvernement américain. L'envers de la médaille, avec l'élection de Joe Biden, c'est que le nouveau président a promis de favoriser davantage les fournisseurs américains par le renforcement de la clause Buy America, qui concerne le transport public aux États-Unis.

Le Buy America existe déjà pour le matériel roulant, notamment dans l'autobus, où 70 % doivent être assemblés aux États-Unis, précise Sarah Houde, PDG de Propulsion Québec, la grappe industrielle des transports électriques et intelligents. Par contre, c'est clair que toute menace d'augmenter le pourcentage, de raffiner la provenance des composants, est une source d'inquiétude pour nos membres.

Nova Bus, constructeur d'autobus urbains basé à Saint-Eustache, dans les Laurentides, a commencé son virage électrique. Vancouver vient d'ailleurs d'acheter 15 véhicules de son nouveau modèle, et l'entreprise voit grand pour l'Amérique du Nord.

On parle de plusieurs centaines d'unités par année. Le marché se prépare et nous, nous serons prêts.

Une citation de :Emmanuelle Toussaint, vice-présidente aux affaires juridiques, réglementaires et publiques, Prévost/Nova Bus

Nova Bus, qui appartient au groupe suédois Volvo, est une entreprise bien établie. Elle a aussi une usine d'assemblage à Plattsburgh, dans l'État de New York, depuis 2009, ce qui pourrait lui faciliter la tâche.

Son voisin à Saint-Eustache, le fabricant de harnais électriques AQ B3CG, a lui aussi une usine à Plattsburgh, et il espère doubler sa production destinée aux véhicules écologiques d'ici trois ans.

On offre toujours à notre clientèle les deux usines; donc, si pour le décideur américain c'est important que ce soit fait aux États-Unis, eh bien, on a une usine qui est identique à celle qui se trouve ici. Donc, on peut le faire à Plattsburgh, affirme Michel Robert, directeur du développement des affaires de l'entreprise.

L'industrie fait déjà du lobbying aux États-Unis pour inclure le Canada dans la Buy American Act de Joe Biden, explique Emmanuelle Toussaint, de Prévost/Nova Bus. L'une des clés pourrait être l'idée d'un Buy North American. C'est une idée qui fait son chemin. Évidemment, peut-être plus de ce côté-ci de la frontière que du côté des États-Unis, pour l'instant.

Assis sur une mine d'or

Quoi qu'il en soit, Sarah Houde est optimiste. Il y a déjà un grand niveau d'intérêt pour nos produits qui ont été testés dans plein de villes aux États-Unis... Il y a déjà une belle expérience en cours, donc on pense qu'ils vont continuer de souhaiter utiliser nos véhicules et nos produits s'ils veulent atteindre leurs objectifs, dit la PDG de Propulsion Québec.

Le Québec est engagé dans une course mondiale et possède une longueur d'avance : il produit de l'électricité à faible coût, dispose de plusieurs minerais importants pour la fabrication des batteries électriques (lithium, graphite, nickel et cobalt) et a développé au fil des ans une expertise importante dans le secteur des transports électriques.

On est vraiment dans un secteur porteur d'avenir, on est assis sur une véritable mine d'or, soutient Sarah Houde.

Toutefois, cette longueur d'avance est fragile. Pour la conserver et pour profiter de la manne qu'offrira le marché américain, la Buy American Act de Joe Biden ne sera pas le seul défi à surmonter : il faudra combler les immenses besoins en main-d'œuvre spécialisée.

Quelque 70 % des entreprises du secteur ont affirmé que cela pourrait représenter un frein à leur croissance. Il faudra aussi que les entreprises prometteuses réussissent à passer d'une production plus artisanale à une production de masse.

Les gouvernements provincial et fédéral, qui subventionnent déjà beaucoup le secteur du transport électrique, continueront d'être sollicités.

La transition coûte cher en fonds publics, dit Sarah Houde, mais elle en vaut la peine.

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