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Surdité : des travailleurs exclus de la réforme en santé et sécurité au Québec

Un médecin insère une prothèse auditive dans l'oreille d'un homme.

En vertu des nouveaux critères proposés, une demande sur six d'ouverture de dossier à la CNESST serait refusée (16,5 %), selon un groupe de cliniques en santé auditive rattaché au réseau public.

Photo : iStock / AlexRaths

La Presse canadienne

Des milliers de travailleurs atteints de problèmes d'ouïe ne pourront plus obtenir de l'aide en vertu de la réforme de la santé et de la sécurité du travail du gouvernement Legault.

Le ministre du Travail, Jean Boulet, fait valoir que les coûts en matière de surdité professionnelle ont explosé, qu'ils sont passés de 40 millions à 160 millions de dollars, et qu'il faut donc mettre fin au statu quo intolérable.

Le projet de loi 59 impose ainsi des barrières à l'assistance par rapport aux règles d'admissibilité actuelles, mais cela pourrait accentuer la détresse et l'isolement des travailleurs touchés, s'inquiète un groupe de cliniques rattaché au réseau public.

Le groupe Lobe fait du lobbying pour que le projet de loi 59 qui est actuellement à l'étude soit modifié. Car personne ne réclame un appareil auditif par coquetterie, soutient-il.

On doit être un porte-voix pour ces milliers de travailleurs, a commenté le président du groupe Lobe, Martin Cousineau, dans une entrevue avec La Presse canadienne diffusée lundi. Ce sont des impacts humains importants.

En vertu des nouveaux critères proposés, une demande sur six d'ouverture de dossier à la CNESST serait refusée (16,5 %), selon l'estimation de M. Cousineau. Cela représenterait 21 millions de dollars en indemnités refusées.

Un ouvrier du bâtiment utilise un marteau-piqueur.

On estime qu'entre 287 000 et 350 000 travailleurs sont exposés à des niveaux de bruit suffisamment élevés pour être sujets à développer une surdité professionnelle.

Photo : Getty Images / zodebala

Actuellement, un travailleur peut avoir droit à une assistance médicale sur recommandation d'un médecin, un handicap en fonction de la difficulté ressentie, même si sa surdité est en deçà des barèmes, parce que la difficulté est relative à chaque individu, a expliqué le patron de Lobe.

Or, le projet de loi introduit des seuils qui ne reposent aucunement sur des données scientifiques, a-t-il déploré.

C'est unanime dans le monde de la santé auditive. On se questionne tous sur la provenance de ces chiffres. [...] Ça va à l'encontre des données scientifiques probantes récentes.

Le président du groupe Lobe propose donc une solution. Les nouveaux critères doivent être évalués et établis par le comité scientifique dont le projet de loi prévoit la mise en place.

Vieillissement et exception

En outre, le projet de loi prévoit aussi d'empêcher un travailleur retraité de solliciter une indemnisation pour une perte d'audition qui serait causée par le vieillissement.

Toutefois, il est démontré qu'il s'écoule en moyenne sept ans entre le moment où quelqu'un détecte une perte d'audition et une consultation.

Le groupe Lobe réclame une exception : si un travailleur a documenté pendant sa carrière une perte d'audition grâce à des examens auditifs, plus tard au cours de sa vie, il pourrait se prévaloir du régime d'indemnisation.

M. Cousineau a rencontré le cabinet du ministre du Travail, Jean Boulet, qui pilote cette réforme.

Il demande que la réforme tienne compte de la surdité causée par des produits toxiques, des traumatismes sonores ou des acouphènes.

On estime qu'entre 287 000 et 350 000 travailleurs sont exposés à des niveaux de bruit suffisamment élevés pour être sujets à développer une surdité professionnelle.

Les conséquences de troubles d'audition non reconnus sont lourdes, a expliqué M. Cousineau.

Cela se traduit par des fatigues cognitives, de l'isolement social, une diminution de la qualité de vie, de la détresse psychologique. C'est loin d'être négligeable, car on vit dans un monde de communication.

Le gouvernement soutient que son projet de loi ne fait qu'assurer une équité en s'alignant sur ce que d'autres gouvernements font.

L'État ne peut plus indemniser la surdité personnelle, par exemple un retraité qui n'est plus employé depuis plus de cinq ans et qui est âgé de plus de 60 ans, a justifié Jean Boulet, en entrevue téléphonique.

Ce sont des avancées considérables, c'est sûr qu'il y en a que ça peut heurter, a-t-il reconnu.

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