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Les activités communautaires au cœur de la survie du français, selon un historien

Laurier Gareau.

Selon Laurier Gareau, c’est le lien communautaire autour de la langue qui est primordial pour assurer la survie du français dans les provinces à majorité anglophone.

Photo : Radio-Canada

Jean-Baptiste Demouy

L'historien fransaskois Laurier Gareau soutient que la langue française ne pourra pas se consolider uniquement avec des lois sur le bilinguisme ou des écoles d'immersion, mais aussi et surtout avec plus d'activités communautaires et d'échanges socioculturels.

Inscrire son enfant dans une école fransaskoise ou une école d’immersion, ça ne veut pas dire qu’on souscrit à la notion de communauté, déclare Laurier Gareau au micro de Point du jour lundi.

M. Gareau affirme que la langue française continuera de se perdre, car cette logique n’aide pas les communautés francophones à s’agrandir.

La langue française est utilisée comme un outil et de plus en plus de personnes souhaitent inscrire leurs enfants dans des écoles d’immersion. Nous allons continuer à perdre ces gens-là, estime cependant l’historien.

Pour que la communauté s’agrandisse, il faut des activités en français qui rassemblent la communauté francophone et les communautés dont la langue maternelle est autre, soutient-il.

C’est un des gros problèmes en Saskatchewan, alors que le nombre d’activités socioculturelles et communautaires diminue constamment.

Langue, communauté et culture font partie d’un ensemble, et je pense qu’on va perdre beaucoup de ces gens qui reçoivent une éducation en français.

Laurier Gareau, historien fransaskois

La survivance de la langue

Un document de travail a été déposé, la semaine dernière, par la ministre du Développement économique et des Langues officielles, Mélanie Joly, qui estime que la Loi sur les langues officielles n’a pas été révisée depuis trop longtemps.

La ministre espère un projet de loi d’ici la fin de l’année.

Selon Laurier Gareau, c’est le lien communautaire autour de la langue qui est primordial pour assurer la survie du français dans les provinces à majorité anglophone.

Protéger le français en forçant, par exemple, les juges nommés à la Cour suprême à être bilingues ne changera pas grand-chose à la problématique, selon M. Gareau : Car qu’est-ce que ces améliorations vont changer pour le commun des mortels qui vit à Bellevue ou à Regina?

Le problème de survivance de la langue va se poursuivre.

Laurier Gareau, historien fransaskois

L’historien fait un parallèle avec les années 50 et 60, lorsque des personnes quittaient leurs petites communautés pour aller trouver du travail dans les grandes villes.

De nombreux francophones ont été perdus dans ces années-là à cause du manque d’implication socioculturelle et communautaire au sein de la communauté, déplore-t-il.

Le français, un combat de longue date

L'Église catholique a eu un rôle important dans la survie du français au Canada dans l’histoire à la fin du 19e siècle et début du 20e siècle.

Laurier Gareau souligne que l'Église catholique était très impliquée dans le projet de colonisation dans l’Ouest canadien et avait pour but de maintenir la langue.

Un homme est assis devant une bibliothèque pleine de livres et s'adresse à un micro de Radio-Canada.

Les curés ont organisé de nombreux mouvements de regroupement au sein des communautés, selon Laurier Gareau.

Photo : Radio-Canada

Une des raisons de cette perte du français, selon l’historien, serait l’exode de nombreux Canadiens français à cette époque vers les villes industrialisées de la Nouvelle-Angleterre.

Ce travail a été important dans la province durant cette époque, et le clergé a encouragé de nombreux regroupements de francophones, selon l'historien.

C'était une époque à laquelle la foi et la langue étaient très liées, souligne-t-il.

Laurier Gareau note à cet égard la création du premier journal francophone dans la province, Le Patriote de l’Ouest, ou encore la création de l’Association catholique franco-canadienne de la Saskatchewan (ACFC), l’ancêtre de l’Assemblée communautaire fransaskoise (ACF).

Qui perd sa langue perd sa foi. Donc, l’Église était très impliquée dans l’éducation, dans les couvents.

Laurier Gareau, historien fransaskois

Laurier Gareau souligne que le premier congrès de l’ACFC a d'ailleurs été organisé par les curés de paroisse, notamment avec le travail du père Auclair, le rédacteur en chef du journal à cette époque.

Les premiers regroupements se font avec la paroisse. Donc, ce sont des cercles locaux qui sont organisés pour organiser des activités en français dans les communautés.

Laurier Gareau, historien fransaskois

C’est justement cet appui du clergé, selon l’historien, qui a permis aux groupes francophones en Saskatchewan de rester à peu près stables.

Ils étaient environ 50 000 des années 30 aux années 50, selon lui, avant de commencer à diminuer jusque dans les années 70, époque à laquelle on ne comptait plus qu’environ 20 000 francophones dans la province.

Vatican II

Avec le projet Vatican II, dont le chantier a démarré en 1962, le pape d’alors, Jean XXIII, souhaitait une modernisation de l’Église catholique. Selon lui, elle devait s’adapter à l’entrée des femmes dans la vie publique, et différents peuples devaient avoir accès à l’indépendance et aux développements technologiques.

Laurier Gareau mentionne que c’est avec Vatican II que l’Église catholique a commencé à se désintéresser de la notion de langue, ce qui a été à l'origine d'un grand mouvement d'assimilation dans les années 60.

Au Canada, la langue sera mieux protégée au moment de la Loi scolaire de 1968, mais si une communauté n’accepte pas de créer une école désignée, la langue sera perdue au sein de celle-ci, explique l'historien.

M. Gareau souligne que cela a été le cas en Saskatchewan comme à Montmartre, à Radville ou encore à Saint-Brieux, qui a refusé une école désignée au début des années 70 et qui ne peut plus être considéré aujourd’hui comme une communauté francophone.

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