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Québec pressé d'empêcher l'intrusion des variants dans les écoles

À Québec, le ministre de la Santé Christian Dubé admet que la situation est « inquiétante », mais juge prématuré de dire que les variants connaissent une croissance exponentielle.

Des enfants dans une cour d'école en hiver.

Plusieurs écoles du Québec ont fermé leurs portes cette semaine, puisque la santé publique craint que des variants n'y circulent.

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana

Des spécialistes de la santé publique et des syndicats de l’enseignement pressent le gouvernement Legault de rendre disponibles des tests de dépistage rapide de la COVID-19 pour contrer la propagation de nouveaux variants du coronavirus dans des écoles.

Plusieurs centaines d'écoliers du Québec ne peuvent se rendre en classe cette semaine parce que des directions régionales de santé publique craignent que ces variants, plus transmissibles que la souche plus commune du coronavirus, ne circulent dans leur établissement.

C’est le cas de l’École primaire des Grands-Êtres, dans l’arrondissement de Saint-Laurent, à Montréal, et de l'École primaire Eurêka, à Laval, fermées pour deux semaines. Les écoles primaires de Fontainebleau, à Blainville, et Marguerite-D’Youville, à Québec, sont également fermées jusqu’à nouvel ordre.

Pour la même raison, des dizaines de classes des écoles primaires de l'Équinoxe et Père-Vimont (fermée depuis le 18 février) et l'École secondaire Saint-Maxime sont aussi fermées, à Laval.

Ces établissements continuent cependant d’accueillir des élèves. Selon le Centre de services scolaire de Laval, la Direction régionale de santé publique recommande d'isoler les groupes et non de fermer l'école au complet pour le moment.

À l'École secondaire Saint-Maxime, par exemple, les 63 groupes de 3e, 4e et 5e années du secondaire ont été isolés au moins jusqu'au retour de la relâche, le lundi 8 mars, mais cette décision ne touche pas leurs camarades de 1re et de 2e années du secondaire, qui étudient dans un autre bâtiment.

S'inspirer de la Californie

Pour sa part, Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, est d'accord avec la décision des directions de santé publique de fermer les écoles.

Ces variants sont plus contagieux, même chez les enfants. Donc, dans ce contexte, en fermant une école, on peut s’assurer tout de suite d’arrêter la transmission communautaire, a-t-elle expliqué dans une entrevue accordée lundi à RDI matin.

Selon elle, Québec devrait prendre exemple sur la Californie, qui fait passer des tests de dépistage rapide antigéniques tous les deux jours aux enfants avant de les faire entrer dans une école.

En fait, les tests rapides antigéniques permettent de détecter les superpropagateurs, qui sont dans la phase hypercontagieuse de la maladie. On pourrait utiliser ce type de test là au Québec pour maintenir les écoles ouvertes et s’assurer de ne pas avoir d’éclosion.

Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Ce sont souvent les asymptomatiques ou les présymptomatiques, donc des gens qui ont très peu de symptômes, qui sont à la source des éclosions. Selon certaines études, 50 % des éclosions partiraient de ces personnes-là, poursuit-elle.

Dans ce contexte, les tests rapides antigéniques peuvent les détecter, et éviter qu’ils rentrent dans des milieux clos […] et contaminent énormément de monde.

La Dre Caroline Quach, microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine, affirme pour sa part qu’il est important de prendre des mesures de santé publique plus draconiennes lorsque des cas de variants sont suspectés, quitte à fermer des écoles.

Elle met toutefois en doute le bien-fondé de recourir à des tests de dépistage rapide avant que de premiers cas ne soient soupçonnés, sinon confirmés, en évoquant les premières données d'un projet pilote qu'elle dirige et qui vise à tester l'efficacité de cette stratégie dans deux écoles.

On le fait systématiquement dans deux écoles depuis le 25 janvier. […] Et nos tests rapides, quand on les fait pour une population d’élèves et de professeurs qui ne sont pas symptomatiques et qui n’ont pas de contact, qu’on le fait aléatoirement, jusqu’à maintenant, on n'a trouvé personne [qui avait la COVID-19] par hasard, a-t-elle indiqué à ICI RDI.

L'utilité de ces tests se manifeste plutôt dans une classe ou des cas ont été trouvés, explique-t-elle. Quand on fait un dépistage dans cette classe, on retrouve un à deux [cas] positifs avec des tests rapides, confirmés par la suite par PCR. Donc, ça nous permet de les retirer plus rapidement.

Ça va plus vite chez les adultes, la propagation du variant, et ça semble aussi aller plus vite chez les enfants. Ils propagent plus. Donc, si on veut limiter la propagation, il faut que tous les temps soient raccourcis par rapport à ce qu’on faisait jusqu’à maintenant.

Nathalie Grandvaux, directrice du Laboratoire de recherche sur la réponse de l'hôte aux infections virales au Centre de recherche du CHUM

Des syndiqués de l'enseignement déplorent l'attentisme de Québec

Le président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), Sylvain Mallette, voudrait lui aussi que Québec utilise ces tests de dépistage rapide pour mieux protéger les enseignants, le personnel des écoles et les élèves.

Le fait que des cliniques de dépistage massif soient mises en place après la fermeture de classes, voire d’écoles, est un non-sens, a-t-il déclaré lundi en entrevue à l’émission Tout un matin.

Quand une classe ferme – et là on voit apparaître des fermetures d’écoles –, ça provoque ce que j’ai appelé un traumatisme dans le réseau scolaire, affirme le leader syndical.

Si on avait eu accès rapidement à un mécanisme de dépistage rapide, on aurait pu éviter des fermetures de classe, parce qu’on aurait pu très rapidement identifier les cas qui ont malheureusement conduit à des fermetures.

Sylvain Mallette, président de la FAE

Faut comprendre qu’une école, c’est un mini-univers en soi. Les élèves se connaissent, il y a des comportements de groupe. Donc, quand une classe ferme, ça provoque un traumatisme, ça nourrit les inquiétudes et il faut redoubler de vigilance à la fois pour rassurer les gens, mais aussi pour poser les gestes qui vont permettre de travailler positivement pour le sentiment de sécurité.

Alors que d’autres juridictions utilisent les tests rapides dans le réseau scolaire, le gouvernement du Québec – et on ne comprend pas pourquoi – [ne le fait pas]. […] Il nous dit que les tests sont peut-être moins fiables, mais il y a des projets pilotes qui ont été menés qui ont conclu le contraire.

Donc encore une fois, le gouvernement prend des décisions, mais ne les explique pas, et ça, ça ne contribue pas à rassurer les gens du réseau, déplore M. Mallette.

Il y a des tests rapides qui dorment dans des entrepôts du ministère de la Santé. Le ministère nous dit : "Ce sont des bons tests, parce que les projets pilotes qu’on a menés sont concluants, mais on ne les utilisera pas pour le réseau".

Sylvain Mallette, président de la FAE

Sylvain Mallette répète en outre que le gouvernement Legault doit accélérer son échéancier pour effectuer des tests d’aération et de ventilation dans les établissements scolaires afin de lutter contre la transmission de la maladie par aérosol.

La présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement, Josée Scalabrini, demande aussi à Québec de commencer à utiliser des tests de dépistage rapide dans les écoles.

Il y a longtemps qu’on demande du dépistage massif et du dépistage rapide. Je pense qu’il est temps de rappeler que, si nos écoles sont des services essentiels, arrangeons-nous pour que, dans nos écoles, on ait l’heure juste, a-t-elle déclaré à Radio-Canada en fin de semaine.

Québec prêt à fermer des classes plus rapidement

À Québec, le ministre de la Santé, Christian Dubé, admet que la situation est inquiétante, mais estime jusqu’à nouvel ordre que le nombre de cas attribuables aux variants connaît une croissance raisonnable et non exponentielle.

Après une semaine, dix jours où on suit ça de très près, moi je pense qu’il est encore trop tôt pour dire qu’on a une croissance exponentielle, comme on a vu dans d’autres pays, comme l’Angleterre et l’Irlande, a-t-il déclaré à Radio-Canada. Mais avec l’INSPQ [Institut national de la santé publique du Québec] et avec la santé publique, c’est sûr qu’on suit ça de très proche.

Ce qui est important pour les parents de savoir, c’est qu’en ce moment, c’est pour ça qu’on est beaucoup plus agressif dans la fermeture des classes, a ajouté le ministre.

On a décidé que quand il y avait le moindre doute que ça pouvait être un variant, parce que le nombre de cas dans les éclosions est beaucoup plus fort – un peu comme on a vu à Stanislas il y a un peu plus d’une semaine ou comme on a vu à Marguerite-D’Youville dans les derniers jours – […] on agit encore plus vite pour fermer les classes.

Christian Dubé, ministre de la Santé

Christian Dubé dit penser que la stratégie de dépistage de Québec est efficace à l'heure actuelle, sans se prononcer directement sur le bien-fondé de recourir à des tests de dépistage rapide.

On a toujours débattu le fameux test rapide avec le fameux test de l'écouvillon dans le nez. Il y a beaucoup de parents qui n’étaient pas à l’aise avec ça. On a demandé à la Dre Quach de faire un travail spécifique là-dessus, s'est-il contenté de dire à ce sujet.

On a fait des corridors de services très efficaces pour que les enfants, lorsqu’il y a une éclosion, puissent se faire tester, souvent par une unité mobile ou [...] dans les centres de dépistage. Les résultats [sont obtenus] en moins de 24 heures. Donc, il n’y a plus de problème au niveau du dépistage, a-t-il aussitôt enchaîné.

Là, ce qu'il faut, c’est d’avoir le criblage le plus rapidement possible. C’est de prendre ces tests positifs, de le[s] faire cribler pour voir si c'est un des variants qui est en cause.

Jusqu'ici, le criblage a permis d'identifier 415 cas présumés de variants du coronavirus au Québec, selon l'INSPQ. Seuls 23 cas de variants ont pu être confirmés par séquençage, dont 20 cas du variant britannique et deux du variant sud-africain.

C’est une grande source d’inquiétude de voir qu’en ce qui concerne les écoles, on semble encore une fois deux coups, trois coups en arrière, a pour sa part commenté la porte-parole péquiste en matière d’Éducation, Véronique Hivon.

On ne s’explique toujours pas pourquoi le gouvernement dit d’un côté que le maintien des écoles ouvertes est sa grande priorité, mais qu’il continue à ne pas déployer toutes les mesures pour assurer la sécurité et la limitation de la propagation des virus. Et c’est encore plus inquiétant bien sûr avec les variants qui apparaissent et ces écoles qui sont fermées au complet.

Comment se fait-il qu’on ne déploie toujours pas du dépistage massif et du dépistage aléatoire pour dépister les asymptomatiques? Je pense que la situation est assez sérieuse pour qu’on ait des réponses à ces questions.

Véronique Hivon, porte-parole du Parti québécois en matière d'éducation

Le Parti libéral du Québec demande aussi depuis plusieurs semaines que le gouvernement utilise des tests de dépistage rapide dans les écoles et dans des milieux de travail.

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