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Une récolteuse conçue au Bas-Saint-Laurent pour relancer la culture de l’asclépiade

Un tracteur tire une machine.

Selon son concepteur, cette machine va accélérer la récolte tout en préservant la qualité de la fibre.

Photo : gracieuseté de Martin Bélanger

Après avoir débuté en lion pour ensuite traverser une période difficile, la culture de l’asclépiade québécoise pourrait se renouveler grâce à la récolteuse inventée à Rivière-Bleue par le producteur agricole Martin Bélanger.

Longtemps considérée comme une mauvaise herbe, l’asclépiade produit une fibre écologique qui a des propriétés isolantes thermiques et acoustiques. C’est une sorte de duvet végétal.

Comme elle constitue la seule nourriture de la chenille du papillon monarque, elle contribuerait à limiter le déclin de cette espèce. Cette matière n'absorbe pas l'eau, mais le pétrole. Elle pourrait donc être très efficace dans le cas de déversements d’hydrocarbures.

Un papillon monarque butine le nectar de fleurs d'asclépiades.

Un papillon monarque butine le nectar de fleurs d'asclépiades.

Photo : iStock

Je pense que le monde a besoin d'un produit comme celui-là, qui peut remplacer le duvet d’oie dans un manteau, tout en permettant la survie du papillon monarque.

Martin Bélanger, producteur agricole et machiniste

Martin Bélanger la cultive depuis environ sept ans. Au début, nous étions une centaine de producteurs, raconte-t-il. La demande pour cette fibre était assez incroyable alors on nous mettait de la pression pour semer de grandes surfaces. 

Selon le producteur, la récolte n’était pas assez rapide et des transformateurs ont fait faillite par manque de matière première. 

Les plants d'asclépiade sont feuillis d'un côté du champ et dépourvus de feuilles dans l'autre côté.

Dans une moitié du champ, la récolte a été effectuée. Dans l'autre, elle reste à faire.

Photo : gracieuseté de Martin Bélanger

Plusieurs agriculteurs ont déchanté, ajoute-t-il, mais nous, on a décidé de construire cette machine pour combler ce manque.

Actuellement, la récolte se fait à la main, ou avec une sorte de peigne, mais la machine que développe Martin Bélanger pourrait récolter à une grande vitesse. Selon lui, elle a aussi l'avantage de préserver la qualité de la fibre qui, dit-il, doit être impeccable.

Il dit avoir assumé une grande partie des frais pour développer son prototype. Toutefois, il a eu de l’aide de la Société d’aide au développement de la collectivité (SADC) et de la MRC du Témiscouata ainsi que du Fonds Innovexport pour une partie des frais d’ingénierie. Il a travaillé en collaboration avec l’ingénieur mécanique Mathieu Gauthier.

Les trois dernières années, ç’a été une suite d’essais et d’erreurs, parfois de découragement, un sentiment de solitude aussi, confie l’inventeur.

Martin Bélanger avec les instruments qu'il utilise pour fabriquer toutes sortes d'équipements.

Martin Bélanger, agriculteur et machiniste, dans son atelier.

Photo : gracieuseté de Martin Bélanger

L’inventivité est dans la famille puisque, dit-il, son père avait fabriqué un prototype de semoirs.

On fabrique pas mal toutes nos machines nous-mêmes. On aime ça résoudre des problèmes! 

Martin Bélanger, producteur agricole et machiniste

À ses yeux, le démarrage de cette industrie ne s'est pas fait dans les règles de l’art.

Le marché était incroyable et il l’est encore d'ailleurs. Ça a commencé par la fin de la chaîne en espérant régler les divers problèmes en cours de route, mais ça n'a pas fonctionné, rappelle-t-il. Nous, on veut repartir de la base. Il reste quelques détails à régler. On s'attend à prendre des commandes en hiver 2022. 

On espère vendre des machines et récolter l’asclépiade. C’est une sorte de modèle d’affaires qu’on voudrait démarrer, prévoit-il.

Martin Bélanger réfléchit aussi au problème du séchage qui se posera quand des quantités plus importantes seront  récoltées.

Un follicule d'asclépiade à maturite

Les follicules sont à maturité et prêts à être récoltés. La récolte doit se faire avant que la « perruche » ne craque et que les fibres apparaissent.

Photo : Radio-Canada/Jean-Michel Leprince

Il fait partie de la coopérative Monark, qui a été créée pour réunir les agriculteurs qui ont accepté de cultiver l’asclépiade. Ils étaient une centaine au début, ils ne sont plus qu’une quarantaine.

J’ai bon espoir que la récolte s’accélère considérablement avec la machine créée par M. Bélanger, quand sa machine va fonctionner à son goût, indique le président de la coopérative Monark, Martin Dufour. On est en discussion avec lui.

Un plan rapproché de quelqu'un portant un manteau d'hiver féminin.

Un manteau d'hiver doublé en fibre d'asclépiade

Photo : Radio-Canada

Il y a trois ans, on récoltait seulement à la main et cette année, on a gagné cinq fois en vitesse avec un peigne de récolte. Ça s’améliore tout le temps. Avec la machine de M. Bélanger ça devrait s’accélérer encore.

M. Dufour ne perd pas espoir. Actuellement, on en vend régulièrement en petite quantité, mais on a décroché un contrat pour un gros volume avec un marchand, précise-t-il. On se prépare pour une autre bonne récolte à l’automne.

Une usine de préparation de la fibre est installée à Trois-Pistoles.

On est capables de faire un bon produit fini. On sait comment faire maintenant.

Martin Dufour, président de la coopérative Monark

Selon Martin Dufour, lui-même basé dans Charlevoix, la quarantaine de producteurs sont répartis au Québec.

Il y en a au Bas-Saint-Laurent, mais pas encore sur la Côte-Nord, ni en Gaspésie. Toutefois, des agriculteurs se sont montrés intéressés dans la Baie-des-Chaleurs.

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