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Des séances publiques sans public depuis un an pour les conseils municipaux

Les élus assis dans la salle du conseil municipal.

Séance du conseil municipal de la Ville de Nicolet, le 9 mars 2020

Photo : Radio-Canada / Marilyn Marceau

Pascale Langlois

Depuis un an, plus de la moitié des séances publiques des conseils municipaux se sont déroulées à huis clos à cause de la pandémie. Plusieurs municipalités mettent en ligne des enregistrements vidéo ou audio des séances, mais de nombreux maires et mairesses commencent à sentir une distance se creuser avec leurs citoyens.

Même dans les petites municipalités où un certain contact entre les élus et la population semble maintenu, leur absence lors des séances se fait sentir. La mairesse de Fortierville, qui compte moins de 700 habitants, affirme n’avoir reçu aucune question du public depuis le début des séances à huis clos alors qu’ils en recevaient deux ou trois lors des séances en présentiel.

Souvent, c’était des commentaires positifs, ou juste un petit questionnement, mais oui, je trouve ça plate à la limite parce que c’est comme s’il y avait une forme de désintérêt. Les gens aimaient ça participer à la démocratie. Là je sens qu’il y a comme un petit éloignement, exprime la mairesse Julie Pressé. Des conseillers lui ont d’ailleurs confié ne pas souhaiter se présenter aux prochaines élections cet automne si la formule persiste.

Julie Pressé devant la pancarte de la Municipalité

Julie Pressé est la mairesse de Fortierville, au Centre-du-Québec

Photo : Radio-Canada / Elyse Allard

L’option de tenir des séances en direct n’a pas été évaluée par le conseil, mais Julie Pressé croit que les conseillers n’auraient pas été à l’aise avec cette idée. C’est pas tout le monde qui a une grande confiance en Facebook. Je pense qu’il y a beaucoup de monde pour qui Facebook c’est un lieu plus de commentaires disgracieux qu’un outil de communication positif, explique la mairesse.

Des séances virtuelles plus accessibles

Nicolet est une des rares municipalités de moins de 15 000 habitants à offrir des séances en direct. On a un désir réel de transparence donc c’est sûr que pour nous, puisque les gens ne peuvent plus assister aux séances publiques, c’était clair qu’on voulait les rendre publiques quand même et pas seulement les procès-verbaux, explique la mairesse Geneviève Dubois.

L’opération ne nécessite aucun investissement, seulement quelques connaissances technologiques de la part du responsable des communications.

C’est très, très simple. Nous on fait nos séances sur Zoom donc chacun chez soi et Sébastien [Turgeon] aux communications, lui, transfert tout ça sur Facebook Live

Une citation de :La mairesse de Nicolet, Geneviève Dubois

Les travaux sont d’ailleurs plus suivis en ligne qu’en personne. Entre 10 et 20 citoyens et journalistes se présentent normalement aux séances alors que les vidéos sur Facebook sont consultés plus d’une centaine de fois. Je pense que premièrement, ça démocratise les séances publiques. Ça donne accès plus facilement aux gens qui peuvent se bancher, soit pour un sujet en particulier, parce que les gens ont l’ordre du jour en avance, soit pour la séance dans son intégralité, explique la mairesse qui songe même à poursuivre cette pratique après la levée des mesures sanitaires.

Des élus sur la plateforme Zoom.

Le conseil municipal de Nicolet est diffusé sur la page Facebook de la Ville.

Photo :  Capture d’écran - Facebook

Geneviève Dubois avoue cependant que la rapidité de la connexion Internet sur le territoire peut être un enjeu. À la table des élus de la MRC Nicolet-Yamaska, certains maires doivent éteindre leur caméra afin de pouvoir suivre la réunion, raconte celle qui est aussi préfète de la MRC.

Un impact sur l’apparence de transparence

Le professeur de sociologie au Collège Laflèche Daniel Landry craint que les séances en huis clos n’entachent la confiance de la population envers ses élus. Les citoyens peuvent avoir une perception, une impression, même si c’est pas toujours la réalité, que les décisions se prennent sans qu’on les consulte, sans qu’on les informe des décisions qui sont prises, affirme-t-il.

Il croit que le contexte de la pandémie justifie que les séances se déroulent à huis clos, mais ajoute qu’on doit demeurer prudents avec cette pratique. S’il y a une apparence de non-transparence, ça peut avoir des impacts lourds quant à l’engagement des citoyens, quant à la confiance, quant à la légitimité que les élus ont face à leurs citoyens, précise Daniel Landry.

Alors que les élections municipales se dessinent dans les prochains mois, le professeur ne croit pas que le taux de participation soit affecté. Les mairesses Geneviève Dubois et Julie Pressé sont surtout inquiètes du traitement parfois réservé aux élus, en ligne et lors des séances du conseil, sur l’envie de futurs candidats de se lancer dans la course.

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