•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Fièvre du jardinage : les semenciers peinent à répondre à la demande

Une main tient un mélange de semences de haricots.

Le reportage de Marie-Maude Pontbriand.

Photo : Courtoisie : Potager ornemental de Catherine

Alors que la fièvre du jardinage se répand aussi vite qu’un virus, les semenciers doivent redoubler d’efforts pour répondre à la demande croissante. Plusieurs doivent même jardiner chez leurs voisins pour arriver à produire suffisamment de semences.

Derrière chaque fruit ou légume récolté dans le potager, il y a une graine. Or, cette graine, sauf si vous l’avez prélevée vous-même, est produite par un semencier. Le Québec en compte près d’une cinquantaine.

Parmi eux, Catherine Sylvain et Isaac Veilleux, du Potager ornemental de Catherine, à Saint-Apollinaire. Catherine est dans le domaine depuis une quinzaine d'années. Isaac l’a pour sa part rejoint à temps plein dans l’entreprise il y a quelques mois. De soudeur, il est devenu semencier. C’était son plan, mais la COVID a précipité son changement de carrière.

Catherine Sylvain et Isaac Veilleux, du Potager ornemental de Catherine.

Catherine Sylvain et Isaac Veilleux, du Potager ornemental de Catherine

Photo : Courtoisie : Potager ornemental de Catherine

Ils ne sont assurément pas trop de deux pour répondre à la demande. Depuis décembre, ils travaillent une douzaine d’heures par jour, sept jours sur sept. Ils reçoivent les commandes, remplissent des petits sachets et expédient le tout par la poste aux quatre coins du Québec, parfois même plus loin.

L’an passé, ils ont plus que doublé leur chiffre d’affaires et l'année 2021 s’annonce encore meilleure. En mai, ils ont dû carrément fermer leur site transactionnel pour aller travailler au jardin.

Jardiner chez les voisins

Leur jardin commence d’ailleurs à être un peu à l’étroit. En fait, ce n’est pas tant un manque d'espace, mais plutôt que les règles à respecter pour produire des semences sont assez strictes. Les cultures doivent respecter des distances d’isolement pour éviter les croisements.

Des haricots qui sèchent suspendus à l'extérieur.

Les haricots doivent être séchés avant d'en prélever les graines.

Photo : Courtoisie : Potager ornemental de Catherine

Ils ont déjà commencé à agrandir leur potager chez les voisins l’an passé et sont encore à la recherche d’espace cette année.

Au Jardin des vie-la-joie, à Sainte-Agathe-de-Lotbinière, Ariane Louis-Seize et Roby Gobeil sont dans le même bateau. Ils ont fondé leur entreprise il y a cinq ans et, depuis, elle n’a cessé de grandir, particulièrement depuis le début de la pandémie.

Eux aussi ont dû fermer leur site transactionnel, mais pas pour aller au jardin. C'est plutôt pour reprendre le dessus sur les commandes. À deux reprises au printemps, ils ont cessé de vendre pour faire leur inventaire et s’assurer de ne pas vendre ce qu’ils n’avaient pas en stock.

Avec un acre de terrain, ils manquent eux aussi d’espace.

Le potager du Jardin des vie-la-joie.

Le Jardin des vie-la-joie possède un acre de terrain.

Photo : Courtoisie : Jardin des vie-la-joie

En tant que semenciers, on est limités dans le nombre de variétés de laitues qu’on peut cultiver, explique Ariane.

Leur terrain ne leur permet pas de cultiver plus d’une variété de concombres par année.

Il faut respecter les distances d’isolement, c’est-à-dire que si on a deux variétés qui sont dans le même périmètre, elles s’hybrident, donc quand on va vendre la variété on ne pourra pas dire que c’est le concombre Robichaud parce qu’il a été mixé avec d’autres, ajoute Roby.

Comme leur catalogue propose quelque 300 variétés, ils doivent faire appel à des partenaires pour les aider à produire toutes ces semences. La mère de Roby, passionnée de jardinage, en fait notamment partie.

Ariane Louis-Seize et Roby Gobeil, du Jardin des vie-la-joie.

Ariane Louis-Seize et Roby Gobeil, du Jardin des vie-la-joie

Photo : Courtoisie : Jardin des vie-la-joie

Au-delà de la COVID

Si la COVID a propulsé leur entreprise, ils espèrent que la popularité du jardinage continuera au-delà de la pandémie. La quantité de courriels qu’ils reçoivent leur démontre que bon nombre de leurs clients sont des néophytes.

Olivier Légaré reçoit lui aussi beaucoup de courriels. Sauf que celui qui a fondé Les semences du batteux, à Beaumont, il y a sept ans, n’a pas l’intention de prendre de l’expansion. Il travaille seul et est aussi professeur de musique. Il va tout simplement fermer son site quand il aura écoulé ce qu’il souhaitait vendre.

Olivier Légaré devant des sachets de semences.

Olivier Légaré produit environ 120 variétés.

Photo : Facebook : Les semences du batteux

« Pour nous, c'est super important de répondre aux questions, ça fait partie de notre mission d'aider les gens pas seulement leur vendre des semences. »

— Une citation de  Ariane Louis-Seize

Il donne beaucoup de conseils cette année, plus que dans le passé, parce que les nouveaux jardiniers sont nombreux.

Moi, je pense qu’il y a beaucoup de semences qui vont se perdre, dit-il Olivier Légaré, qui donne d'ailleurs une formation en ligne sur les notions de base de la production de semences.

5 questions pour un semencier

Où sont les graines dans la carotte?

La carotte est une plante bisannuelle, ça concerne d'ailleurs l'ensemble des légumes racines, betteraves, panais, navets, oignons, etc. Ces plantes produisent leur graine la deuxième année, donc on sème les carottes qui font une réserve d'énergie (les sucres que l'ont mangent) durant toute leur première saison, il faut les hiverner, les protéger du gel pendant l'hiver et les replanter au printemps d'après. La deuxième année, elles vont utiliser l'énergie de leur racine, pour faire une tige florale et des graines à la fin de l'été. (Les semences du batteux)

Est-ce que je peux récolter mes semences?

Toutes les graines que je vends sont ouvertement pollinisées, peuvent être récoltées et devraient donner la même chose que leurs parents. Pour ce faire, il faut éviter les croisements, donc garder des distances d'isolation. Un croisement se produit quand on cultive deux espèces similaires, par exemple deux variétés de piments, à moins d'être à plus de 20-60 m, la descendance pourrait différer de leur parent, une façon de créer des nouvelles variétés d'ailleurs. (Les semences du batteux)

Est-ce que si les semences restent trop longtemps dans la boîte aux lettres le froid va les endommager?

Au contraire les semences se conservent au froid plus longtemps, ça ne les endommage pas. (Jardin des vie-la-joie)

Est-ce que je peux garder les semences des légumes que j'achète à l'épicerie ou chez mon fermier de famille?

Oui et non.

D'abord il faut comprendre que pour germer, les semences doivent être prises dans des légumes qui sont mangés à maturité. C'est le cas des courges et des melons, des tomates et des poivrons de couleur (pas les verts), mais pas des pois, haricots, aubergines, concombres. Donc oui, vous pouvez conserver les semences de ces légumes, elles vont germer et produire des légumes.

Par contre, ces semences risquent de ne pas donner le résultat souhaité parce que 1) les variétés cultivées par les producteurs sont généralement des hybrides F1 et 2) quand ce sont des variétés à pollinisation libre elles ne sont pas cultivées pour empêcher les croisements par les pollinisateurs dans leurs champs. Un autre point, c'est qu'à l'épicerie on retrouve des légumes qui sont produits dans des climats différents du nôtre où souvent la saison est beaucoup plus longue. Je pense aux melons particulièrement qui risquent de ne pas avoir le temps de venir à maturité dans notre courte saison (et il n'y a rien de plus plate que de récolter des melons pas mûrs!). (Potager ornemental de Catherine)

Qu'est-ce qu'une semence à pollinisation libre?

Ces semences peuvent être ressemées d’année en année et les plants obtenus sont fidèles au plant mère. Les semences anciennes, traditionnelles, ancestrales, les semences du patrimoine, paysannes, héritage et les cultivars fixés sont à pollinisation libre. Ce sont des cultivars qui s’adaptent à notre climat et à notre sol et que l’on peut continuer à améliorer en faisant une sélection, c’est-à-dire, conserver seulement les semences des individus dont on veut garder certaines des caractéristiques. C’est le type de semences que vous allez retrouver chez les petites entreprises semencières. (Potager ornemental de Catherine)

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !