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Aide aux restaurateurs : le gouvernement accusé de changer « les règles du jeu »

Depuis le 10 février, les restaurateurs ne peuvent plus demander de l'aide rétroactive pour octobre, novembre et décembre.

Des chaises vides autour de tables d'une salle à manger de restaurant.

Restaurant Royal Oak vide à Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul

De nombreux restaurateurs étaient sur le point de réclamer une aide au gouvernement pour les frais encourus entre octobre et décembre. Mais sans avertissement, une date limite a été imposée. Québec change « les règles du jeu », dénoncent des propriétaires.

Le 3 février dernier, le ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon a annoncé la prolongation de l'Aide aux entreprises en régions en alerte maximale (AERAM). Toutefois, les entreprises qui n'avaient pas déjà réclamé les frais encourus pour les trois derniers mois de 2020 se sont fait couper l'herbe sous le pied.

Les règles du jeu changent en cours de route et moi, c’est ça qui me dérange, lance Nicolas Lavigne, propriétaire du restaurant Côtes-à-Côtes Resto Grill, à Québec. Pour son entreprise, cela représente 25 000 dollars de moins.

Depuis le 10 février, les entreprises ne peuvent donc plus demander d'aide rétroactive pour le paiement de certains frais, notamment, leur loyer, l'électricité, l'hypothèque et les taxes.

Les restaurateurs dénoncent une décision prise en catimini. Certains ont d'ailleurs appris la nouvelle dans les médias. Personne n’était au courant de ça, affirme François Meunier, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales pour l'Association Restauration Québec.

Des restaurateurs dénoncent les changements à un programme d’aide financière

On savait qu’il y avait des changements annoncés le 3 février au programme, mais jamais on ne pensait que finalement il n’y avait plus d’accessibilité pour les mois d’octobre, novembre et décembre, ajoute-t-il.

C’est comme sorti de même de nulle part. [...] Ils changent les règles et ils n’en parlent pas à personne.

Une citation de :Julien Hamel, copropriétaire des restaurants Sapristi et Les trois garçons

Une demande complexe

Plusieurs entreprises ont attendu l'aide fédérale avant d'envoyer une demande au provincial. Ils affirment que leur comptable leur conseillait d'attendre et de faire une seule demande plutôt que de multiplier la paperasse.

Selon la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, les restaurants, les entreprises saisonnières et celles qui comptent sur la présence de touristes sont les plus touchés par la pandémie.

Durant la pandémie, environ 2800 établissements n'ont pas renouvelé leur permis auprès du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, souligne l'Association Restauration Québec.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Ce sont des démarches qui sont quand même assez compliquées, tout le monde en parle depuis le début que la mesure a été mise en place. [...] Ce n’était pas une urgence à tout prix de le faire tout d’un coup, explique Nicolas Lavigne.

Julien Hamel, copropriétaire de quatre restaurants, venait tout juste de terminer sa demande le 10 février, la date butoir.

Je suis en constante discussion avec mon directeur de compte chez Desjardins, depuis le mois d’octobre, on avait convenu qu’on allait attendre le plus loin possible vers la fin de la crise, dit-il, précisant que l'aide était évaluée à environ 75 000 dollars pour ces trois mois.

Un manque de liquidité

Cette semaine à l'Assemblée nationale, les partis de l'opposition ont posé des questions au ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon.

Il a souligné mercredi que le programme était en place pour les entreprises en manque de liquidité.

Dans les cas exceptionnels où les gens auraient pu oublier, les gens auraient pu ne pas savoir que le programme existait, on fera des exceptions. Mais, en règle générale, le programme de l'AERAM est pour les gens qui ont un besoin de liquidités, et on fait très bien le programme, a fait savoir le ministre.

Ce n'est pas parce que les restaurateurs ne savent pas que le programme existe, c'est parce qu'il est trop contraignant, avait répliqué la députée péquiste de Gaspé Méganne Perry Mélançon.

L’objectif de l’AERAM est de couvrir les besoins futurs de liquidités des entreprises sous forme de prêt. [...] Ces demandes représentent une aide directe de plus de 50 millions de dollars.

Une citation de :Cabinet du ministre de l'Économie

Par courriel, le cabinet du ministre se défend d'avoir fait ce changement en douce. Nous resterons flexibles pour les cas particuliers, écrit-on.

Selon les données du gouvernement, plus de 2200 restaurants ont obtenu l’aide, ce qui représente près de 65 % des demandes.

Même si le gouvernement semble ne pas vouloir changer d'idée, les restaurateurs n'ont pas dit leur dernier mot. Le gouvernement nous dit qu’il ne reviendra pas sur sa décision, alors on va encore devoir insister, devoir mobiliser les forces vives de notre industrie, soulève François Meunier de l'Association Restauration Québec.

Je ne me bats pas contre les mesures sanitaires, je suis conscient de la responsabilité qu’on a et de l’importance de tout ce qui est mis en place présentement, mais laissez-nous l'aide qu'on nous avait promise, renchérit le propriétaire Nicolas Lavigne.

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