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Guerre de chiffres entre Tracadie et le gouvernement provincial au sujet des routes

Tracadie

Une partie du centre-ville de Tracadie

Photo : Radio-Canada / René Landry

La guerre de chiffres entre le gouvernement du Nouveau-Brunswick et la Municipalité régionale de Tracadie s'intensifie à l'approche du premier mai prochain.

La Ville deviendra alors responsable de la gestion d'environ 200 kilomètres de routes, mais elle assure qu'elle n'a pas les reins assez solides pour s'en occuper.

Réunion du conseil municipal de Tracadie

Les réunions publiques de la Municipalité régionale de Tracadie sont diffusées sur la chaîne YouTube.

Photo : Youtube

Ces changements font suite au regroupement municipal, réalisé il y a sept ans.

En 2014, Tracadie-Sheila et les districts de services locaux (DSL) des environs se sont regroupés pour former la Municipalité régionale de Tracadie. On laissait alors planer des lendemains qui chantent et un poids politique provincial plus considérable.

Le slogan des partisans du regroupement était alors : « Ensemble vers l'avenir ». Aux yeux du maire de Tracadie, Denis Losier, l'avenir c'est maintenant. Et il ne voit pas poindre à l'horizon des jours meilleurs tant que le gouvernement provincial ne se montre pas plus généreux financièrement

Denis Losier debout dans la salle du conseil municipal.

Denis Losier, maire de Tracadie

Photo : Radio-Canada / René Landry

Aujourd'hui, Tracadie est aux prises avec un sérieux dilemme. En réunion publique, le maire Denis a répété un constat qu'il a déjà fait : même en grattant les fonds de tiroirs, Tracadie n'aura pas les fonds nécessaires pour bien s'occuper des routes tout en évitant d'augmenter les taxes.

Ce qu'on dit à la province depuis quelques années, c'est qu'on n'a pas le moyen de gérer les routes, explique Denis Losier. On a les preuves aujourd'hui que ça coûte plus cher que ce qu'il [le gouvernement] nous donne.

Il affirme que des choix déchirants s'annoncent sans une aide financière bonifiée de la province.

On peut dire qu'on ne montera pas les taxes, suggère-t-il. On va recevoir les routes. Êtes-vous près à fermer l'aréna, fermer la piscine? Est-ce qu'on va fermer nos casernes et les centres communautaires? Il faut que le gouvernement réalise qu'une municipalité ce n'est pas juste des routes, des trottoirs, des eaux et égouts.

L'économiste et le sous-ministre

Le député libéral de Tracadie-Sheila, Keith Chiasson, se dit prêt à tenter de dénouer l'impasse entre Tracadie et le gouvernement provincial.

Il s'agit, selon lui, d'attaquer le dossier de front tout en s'assurant que les informations soient exactes.

Dans un rapport préparé pour l'Association francophone des municipalités, daté du 26 janvier dernier, l'économiste André Leclerc résume la situation. Sans la signature d'une entente de partage du coût de la réfection des routes des anciens DSL avec le gouvernement provincial et le gouvernement fédéral, la Municipalité régionale de Tracadie aura de la difficulté à financer cette dépense, écrit-il.

Portrait du professeur émérite les bras croisés sur fond fantasmagorique bleu.

André Leclerc, professeur émérite en économie.

Photo : Université de Moncton / www.umoncton.ca

Six jours à peine après la conclusion du rapport d'André Leclerc, le premier février, le sous-ministre des Gouvernements locaux et de la Réforme de la gouvernance locale, Ryan Donaghy, fait écho aux propos de l'économiste dans un rapport présenté à son patron, le ministre Daniel Allain.

Nous avons pris connaissance d'une étude préparée par M. Leclerc qui démontre le besoin pour des investissements en immobilisation sur les routes des anciens DSL. Le rapport n'a cependant pas pris compte des fonds de taxes sur l'essence dont Tracadie bénéficie pour la population entière de son territoire.

Le député Keith Chiasson est perplexe.

Keith Chiasson interviewé dans son bureau

Keith Chiasson, député libéral de Tracadie-Sheila

Photo : Radio-Canada

Il y a de l'information qui vient des consultants et de l'information qui vient de la province, note-t-il. Souvent, ce n'est pas la même information. Ce n'est pas évident d'avoir une idée claire de la situation. Les routes, c'est un dossier énorme.

Donc, qui dit vrai dans toute cette histoire?

Une citation de :Keith Chiasson, député libéral de Tracadie-Sheila

Le député Chiasson affirme qu'il a discuté avec le sous-ministre Donaghy au cours des derniers jours. Il assure que le haut fonctionnaire est prêt à rencontrer les membres du conseil municipal pour répondre à leurs interrogations.

Une mésentente d'envergure provinciale

Les réunions du conseil municipal de Tracadie étaient, jusqu'au début de la pandémie, un des événements les plus courus à Tracadie. À plusieurs reprises, le greffier Joey Thibodeau a dû rajouter des chaises, parfois dans l'entrée de l'édifice. Les réunions publiques sont maintenant diffusées sur la chaîne YouTube.

Réunion du conseil municipal de Tracadie

Les réunions publiques de la Municipalité régionale de Tracadie sont diffusées sur la chaîne Youtube.

Photo : Youtube

Les sources de disputes publiques au sein du conseil municipal ont été nombreuses au cours des cinq dernières années : les pompiers, la vente d'un chapiteau, une tour de communication… En décembre 2016, tous les membres du conseil, divisés en deux clans, n'ont même pas pu s'entendre pour préparer ensemble un char allégorique de la municipalité au défilé de Noël. On saura bientôt si les élus municipaux vont se montrer solidaires dans un débat d'un autre ordre.

Il ne s'agit pas, cette fois-ci, d'une dispute locale. Ce bras de fer avec le gouvernement provincial a une envergure qui dépasse largement les limites géographiques de Tracadie. En fait, le monde municipal a les yeux rivés sur les déboires de Tracadie puisque le ministre Daniel Allain prépare sa réforme. Ils sont plusieurs, particulièrement dans les anciens districts de services locaux, à avancer que Tracadie, avec son regroupement, est devenue « l'exemple à ne pas suivre ».

Daniel Allain devant un drapeau du Nouveau-Brunswick.

Daniel Allain, ministre des Gouvernements locaux et de la Réforme de la gouvernance locale.

Photo : Radio-Canada

Keith Chiasson reconnaît d'ailleurs que la situation pourrait refroidir les ardeurs de certaines régions de la province au sujet d'un regroupement municipal.

Après le mariage… l'héritage

Pendant ce temps, la tension est palpable chez les élus autour de la table du conseil. Près de sept ans après le « mariage municipal » de 2014, le premier mai, ils pourraient devoir s'occuper d'un héritage qui en résulte: la gestion des routes.

Quelques jours plus tard, le 10 mai, ils vont en principe tenter de se montrer sous leurs meilleurs jours aux élections municipales.

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