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Le cinéma et la télévision à la rescousse de la taxidermie

Angelo Gagnon debout près des faux quartiers de viande suspendus à des cordes.

Angelo Gagnon a fabriqué des pièces de viande en silicone qui serviront dans une scène de chasse d'une télésérie américaine.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

Dans le village de Normandin, au Lac-Saint-Jean, l’entreprise Bilodeau Canada, bien connue pour ses vêtements et accessoires en fourrure, a perdu de nombreux clients internationaux pour ses produits de taxidermie, sa spécialité première. Afin de compenser ses pertes, la compagnie s’est concentrée sur la fabrication d’animaux naturalisés destinés au cinéma et à la télévision.

Dans l’atelier qui porte son nom chez Bilodeau Canada, le chef taxidermiste Angelo Gagnon finalise un projet inusité.

Je travaille pour une télésérie américaine. Dans l’histoire, ils sont en temps de pandémie. C’est le retour aux sources et il faut qu’ils chassent un chevreuil pour survivre. Donc, on a naturalisé un chevreuil en entier qui est flexible, comme s’il venait d’être chassé, raconte ce passionné de taxidermie depuis 30 ans. Ensuite dans les scènes, il va y avoir la viande du chevreuil qui va être accrochée, donc on a reproduit les quatre quartiers de viande et les filets du dos.

L’animal et les quartiers de viande se retrouveront dans une télésérie diffusée sur la chaîne HBO en 2022. Station 11, tirée du livre à succès d’Emily Mandel, fait partie des tournages qui continuent malgré la pandémie. Un nouveau contrat bienvenu pour Bilodeau Canada.

Deux morceaux de viande en silicone posés sur une table.

Des équipes de tournage se serviront de fausses pièces de viande lors d'une scène de chasse au chevreuil.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

Pour ce genre de contrat, on en a probablement le double de la même période l’an dernier. Ça ne ramènera jamais ce qu’on faisait [comme chiffre d’affaires] l’année dernière, mais ça tient nos gens occupés, ça fait des beaux contrats, ça fait des beaux défis et ça nous permet de développer des habiletés. C’est sûr que c’est un baume sur la plaie, confie le responsable des ventes internationales, Samuel Bilodeau.

Une structure de chevreuil sans le pelage animal montrant l'ouverture où seront camouflés les moteurs et les fils.

Des animaux naturalisés peuvent être mécanisés grâce à des moteurs téléguidés insérés dans la structure de la pièce.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

L’aventure cinématographique de l’entreprise de Normandin a commencé en 2006, avec la fabrication de castors téléguidés pour la coproduction Québec-France, La rivière aux castors

On retrouve aussi des costumes signés Bilodeau dans le film américain Une nuit au musée. La compagnie a également collaboré avec des productions québécoises comme Horloge biologique et Le vendeur

Moins de clients internationaux

En temps normal, Bilodeau Canada exporte par contre la plupart de ses animaux naturalisés dans 27 pays, à des collectionneurs, des musées ou des gouvernements notamment. Comme partout, la pandémie a mis un frein soudain aux affaires.

Ça a été une année compliquée. L’international a été ralenti, les voyages ont été arrêtés, donc il y a moins d’avions dans le ciel et les coûts de transport ont explosé, ce qui est normal, parce que l’offre est moins là. Il y a plein de clients qui ont retardé leur commande, a constaté M. Bilodeau.

Tout dépendant des endroits du monde, on peut parler de 40 % d’augmentation sur le transport aérien. Une boîte envoyée en Chine qui me coûtait 6000 $ l’an dernier m’a coûté 11 000 $ cette année.

Samuel Bilodeau, responsable de ventes internationales chez Bilodeau Canada
Angelo Gagnon fixe la fourrure de la patte sur une structure de loup blanc.

Angelo Gagnon et son équipe de taxidermistes préparent une meute de loups naturalisés destinée à un musée chinois.

Photo : Radio-Canada / Annie-Claude Brisson

Nouvelle salle d’exposition

Cette année, le créneau cinématographique a heureusement permis au propriétaire Mario Bilodeau de maintenir le cap sur le développement, malgré la pandémie. Il investit donc 700 000 $ dans une nouvelle salle d’exposition multifonctionnelle.

Dans le domaine du cinéma, on fait beaucoup de choses. Donc là, on va montrer des bêtes mécanisées, des bêtes robotisées et des bêtes qui parlent. Toutes sortes de petites affaires de même qu'on va mettre dans l'exposition qui vont sortir de l'ordinaire, raconte-t-il.

Mario Bilodeau à l'entrée du nouveau musée dans l'enceinte de Bilodeau à Normandin.

Le propriétaire de Bilodeau Canada, Mario Bilodeau, vit de la taxidermie depuis 35 ans.

Photo : Radio-Canada

Ce sera aussi l’occasion d’ancrer l’histoire de la taxidermie à Normandin, un village qui compte 3000 habitants.

J’ai commencé à faire de la taxidermie à huit ans. C’est un rêve pour un petit gars de vivre de sa passion. Et j’ai transmis ma passion, puisqu’on est quand même 90 employés maintenant, se félicite Mario Bilodeau.

Ça vaut la peine, quand tu fabriques des choses qui sont hors de l’ordinaire, de faire connaître le métier et de quelle façon on s’aperçoit que de travailler avec les animaux, il n’y a rien de plus écologique que ça, quand c’est fait dans les règles de l’art, dans la bonne façon de faire, soutient-il.

L’entreprise Bilodeau Canada se donne la mission de travailler la fourrure de A à Z et d’utiliser toutes les parties des animaux qu’elle reçoit en grande partie des trappeurs de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

La façade du bâtiment sur la rue principale.

L'entreprise Bilodeau Canada a pignon sur rue dans le village de Normandin, au Lac-Saint-Jean, depuis 35 ans.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

Les quatre étages du bâtiment abritent d’ailleurs des ateliers de tannage, de conception, de couture, de taxidermie et d’expédition.

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