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Une pancarte sur laquelle est écrit fermé accrochée à la vitre d'un restaurant.

Malgré l'injection de tout cet argent dans l'économie, beaucoup de gens souffrent encore de la crise et sont au chômage.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Des milliers de milliards de dollars ont été injectés dans l’économie mondiale, et le seront encore au cours des prochains mois. Bien qu’il y ait encore un nombre très important de gens qui souffrent de la crise économique et sanitaire, se peut-il qu’il y ait trop d’argent dans les marchés, dans l’économie et prévu pour la reprise?

Le gouvernement du Canada a augmenté de 663 milliards de dollars son pouvoir d’emprunt cette année, y compris 250 milliards prévus en aide directe et une promesse d’injecter de 70 à 100 milliards de dollars dans la relance de l’économie.

Avec tout l’argent qui a été transféré aux ménages au cours de la dernière année, le taux d’épargne est passé de 2 % au 4e trimestre de 2019 à 27,5 % au 2e trimestre de 2020, puis à 14,6 % au 3e trimestre de 2020. Le revenu disponible total a augmenté l'an dernier.

Aux États-Unis, le taux d’épargne était de 13,7 % en décembre 2020. Le niveau d’épargne total des ménages américains est de 1500 milliards de dollars américains et devrait encore augmenter jusqu’à 2400 milliards d’ici l’été prochain, selon les estimations.

Ces injections monétaires ne tiennent pas compte de toute l’intervention des banques centrales pour soutenir l’économie au cours de la dernière année. Des milliers de milliards de dollars ont été injectés dans les marchés financiers.

Beaucoup d’argent, mais beaucoup de chômage

Ce sont des sommes phénoménales qui pourraient créer beaucoup d’inflation quand la reprise viendra et que la consommation augmentera brusquement. Ce qui est paradoxal, toutefois, avec cette quantité considérable d’argent dans l’économie, c’est de constater qu’au même moment des centaines de milliers de personnes souffrent toujours gravement de la crise.

Comme l’exprimaient cette semaine dans les journaux Tristan Ouimet-Savard et Claudia Fiore, du Réseau québécois de l’action communautaire autonome et de la Coalition des tables régionales d’organismes communautaires, la pandémie a rendu vulnérables tellement de personnes qu’on n’a jamais eu autant besoin du communautaire.

L’Institut du Québec rapportait jeudi matin que les hommes de 15 à 24 ans, les travailleurs moins scolarisés, les travailleurs à faible revenu et les travailleuses de 55 ans et plus sont les personnes les plus touchées par le ralentissement de l’économie. Et le nombre de chômeurs de longue durée, dans la foulée, grandit alors que la pandémie s’étire.

Selon l’organisme, les chômeurs pandémiques et les travailleurs qui ont quitté la population active ne doivent pas devenir les oubliés de la reprise; ils doivent plutôt être considérés comme la priorité d’une relance juste et inclusive. Donc, il faut éviter, selon la PDG de l’Institut, Mia Homsy, les mesures transversales et les politiques mur à mur, qui ne tiennent pas compte de cette nouvelle réalité.

Bulle et inflation

Maintenant, en considérant l’argent en circulation selon une perspective plus large, des experts s’inquiètent d’une possible bulle dans les marchés financiers. La croissance boursière s’est poursuivie durant la crise, le marché haussier est en route depuis 17 ans maintenant. Et les évaluations sur certains titres, surtout technologiques, soulèvent certaines préoccupations.

Des économistes se demandent si le gouvernement du Canada a vraiment besoin d’injecter 100 milliards de plus dans la reprise économique d’ici 2024 ou si l’administration Biden ne devrait pas revoir son plan de soutien à l’économie de 1900 milliards de dollars américains.

Selon un groupe de travail sur les politiques fiscales de l’Institut CD Howe, dirigé par les ex-ministres John Manley et Janice MacKinnon, il n’est pas certain qu’un plan de stimulation économique sera approprié. Alors que la dette fédérale augmente rapidement, les membres du groupe sont d’avis que tout nouveau programme permanent devrait être financé fiscalement, disent-ils.

Les membres du groupe sont d’avis que le gouvernement doit concentrer son action sur l’aide aux personnes touchées par la pandémie et sur des investissements structurels visant à améliorer la productivité, augmenter la participation au travail, favoriser l’immigration, renforcer les fondations du secteur des affaires et augmenter l’investissement des entreprises.

Selon le CD Howe, l’endettement des gouvernements au Canada pourrait devenir un enjeu important si Ottawa continuait de creuser son déficit et sa dette à court terme.

Go big, vraiment?

Aux États-Unis, le nouveau président Joe Biden ne cesse de le répéter : go big! Il faut en faire beaucoup, maintenant, rapidement, pour aider la population et repartir la machine économique.

Dans un texte publié le 16 février, le Financial Times écrit que le monde surveille les États-Unis, qu’aucune autre administration n’est arrivée avec autant d’argent à investir dans l’économie depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Si cette stratégie échoue, écrit le journaliste Chris Giles, que ça se termine dans la surchauffe, un niveau élevé d’inflation, de l’instabilité financière et une économie comme dans les années 70, l’expérience américaine de 2021 sera l’équivalent de l’un des pires buts marqués dans son propre filet depuis la tentative ratée de relance de François Mitterrand en France, en 1981.

Olivier Blanchard, ancien économiste en chef du Fonds monétaire international, croit lui aussi que l’approche de l’administration Biden pourrait être contre-productive. Cela dit, des économistes comme Kenneth Rogoff, de l’Université Harvard, ou le Nobel d’économie Paul Krugman appuient le plan de match de l’administration Biden.

L’ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton et ancien conseiller économique de Barack Obama, Lawrence Summers, affirme, pour sa part, qu’il y a une possibilité que cette stimulation macroéconomique, bien plus près des niveaux de la Deuxième Guerre mondiale que des récessions normales, entraîne des pressions inflationnistes comme nous n’en avons pas vu depuis une génération.

C’est important de comprendre que ce n’est pas l’intervention des gouvernements qui est remise en cause, mais c’est l’ampleur du soutien à venir pour la relance de l’économie qui soulève des questions sur l’endettement, l’inflation et les conséquences à plus long terme. Des millions de personnes ont encore besoin d’aide, mais est-il nécessaire et approprié de maintenir le robinet encore grand ouvert, alors qu’on arrive bientôt au moment de relance de l’économie?

Sources : Directeur parlementaire du budget du Canada, Statistique Canada, Institut du Québec, Institut CD Howe, CNN Business, Financial Times, The New York Times.

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