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Des personnalités appellent Trudeau à ne plus soutenir le président haïtien

Le nouveau président d'Haïti Jovenel Moïse lors de son discours d'inauguration

Jovenel Moïse soutient que son mandat à la tête du pays caribéen court jusqu'au 7 février 2022. Mais cette date est dénoncée par une partie de la classe politique haïtienne, selon qui le mandat de cinq ans de Jovenel Moïse est arrivé à terme le 7 février dernier.

Photo : Reuters / Andres Martinez Casares

La Presse canadienne

De nombreux artistes et universitaires réclament des libéraux qu'ils mettent fin au « soutien canadien à la dictature en Haïti ».

L'ancien ambassadeur de l'ONU Stephen Lewis, l'animateur et militant écologiste David Suzuki, l'auteure Naomi Klein, le professeur Noam Chomsky, la légende du rock Roger Waters, le député fédéral vert Paul Manly, ainsi que les anciens députés Svend Robinson, Libby Davies et Jim Manly et plus de 100 autres universitaires, militants et artistes figurent parmi les signataires de la lettre adressée au premier ministre Justin Trudeau.

La lettre publique, parrainée par l'Institut canadien de la politique étrangère, soutient que Jovenel Moïse occupe [depuis le 7 février] le palais présidentiel de Port-au-Prince au mépris de l'écrasante majorité des institutions du pays.

La lettre doit être livrée formellement au bureau du ministre des Affaires étrangères, Marc Garneau, vendredi, lors d'un rassemblement organisé par Solidarité Québec Haïti et le Mouvement québécois pour la paix.

Il y avait jusqu'à 100 000 personnes qui ont manifesté dimanche à Port-au-Prince. On a décidé qu'on avait besoin de faire quelque chose d'un peu plus large. Puis, en trois jours, on a pu avoir beaucoup de personnalités un peu partout qui appuyaient la lettre, a affirmé en entrevue Yves Engler, de l'Institut canadien de la politique étrangère.

Une voiture en flammes dans les rues de Port-au-Prince.

Des manifestations se sont tenues le week-end dernier en Haïti.

Photo : afp via getty images / VALERIE BAERISWYL

La démarche s'est concrétisée rapidement cette semaine, et le député fédéral vert Paul Manly est le seul élu en exercice parmi les signataires.

On espère que dans les prochains jours, il y aura plus de politiciens qui appuieront la lettre ou, à tout le moins, l'esprit de la lettre, a-t-il affirmé.

Selon les signataires, le gouvernement canadien doit mettre fin à l'appui qu'il donne à un président haïtien répressif, corrompu et dépourvu de légitimité constitutionnelle.

Elle regarde la caméra.

Naomi Klein fait partie des signataires de cette lettre adressée à Justin Trudeau.

Photo : (Kourosh Keshiri)/CBC

Dénoncée par des manifestations importantes en Haïti, la demande de Jovenel Moïse de prolonger d'une année son mandat a été rejetée par le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, la Fédération haïtienne du barreau et d'autres institutions constitutionnelles, fait-on valoir.

Des élections justes sont impossibles sous la direction de Jovenel Moïse, affirme la lettre.

Appui à la police nationale

Les signataires déplorent que les autorités canadiennes continuent de financer et de former un corps de police qui a violemment réprimé les manifestations organisées contre Jovenel Moïse.

L'ambassadeur du Canada en Haïti a assisté à plusieurs reprises à des cérémonies de la police tout en refusant de critiquer les actes de répression contre les manifestants commis par celle-ci, peut-on lire dans la lettre adressée à M. Trudeau.

Le ministre des Affaires étrangères, Marc Garneau.

Les représentants du Canada continuent d'offrir à Jovenel Moïse un important appui diplomatique, selon le groupe.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Le 18 janvier, l'ambassadeur Stuart Savage a rencontré le controversé nouveau chef de police Léon Charles pour discuter du renforcement des capacités de la police, ajoute-t-on.

Les représentants du Canada continuent d'offrir à Jovenel Moïse un important appui diplomatique, d'après le groupe.

Le 12 février, le ministre Marc Garneau s'est entretenu avec le ministre des Affaires étrangères de fait d'Haïti, rappelle-t-on.

La déclaration sur la réunion a annoncé des plans conjoints d'Haïti et du Canada d'accueillir une conférence prochaine. La déclaration ne mentionnait cependant pas le fait que [Jovenel] Moïse avait prolongé son mandat et limogé illégalement des juges de la Cour de cassation, qu'il gouverne par décrets ou qu'il criminalise les manifestations, affirme la lettre.

Des manifestants dans les rues.

Le mandat de cinq ans de Jovenel Moïse est arrivé à terme le 7 février dernier et les Haïtiens demandent la tenue de nouvelles élections.

Photo : afp via getty images / VALERIE BAERISWYL

Il est temps que le gouvernement canadien arrête d'appuyer une dictature répressive et corrompue en Haïti, concluent les signataires.

Parmi les signataires figurent aussi Will Prosper, le fondateur et porte-parole du mouvement citoyen Montréal-Nord Républik (MNR), l'éditeur, historien et réalisateur d'origine haïtienne Frantz Voltaire et le professeur retraité de l'UQAM André Jacob, lauréat du prix Droits et libertés de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse du Québec.

Ce qui inquiète les gens, selon M. Engler, dans les prochains jours, les prochains mois, c'est la situation de la répression, des manifestants qui sont tués.

Mais l'autre côté, c'est qu'avec ce gouvernement, il n'y a aucune chance qu'il va y avoir du développement, que le peuple va sortir de la pauvreté extrême. Parce qu'il est complètement corrompu. [...] Le modèle, ce n'est pas d'investir dans le pays, c'est de donner tout aux dix familles qui contrôlent l'économie, a-t-il fait valoir.

Le Canada pourrait dire : "On ne va plus financer, entraîner la police nationale". Parce que c'est la seule raison pourquoi Jovenel Moïse est là : c'est parce qu'il réprime les manifestations qu'il n'est pas encore chassé du pouvoir, soutient M. Engler.

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