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La requête pour le transfert des cerfs de Longueuil est refusée

Un cerf dans la neige, en hiver.

Cerf mordillant une feuille dans le parc Michel-Chartrand de Longueuil en hiver.

Photo : Radio-Canada / Pier Gagné

C’est un retour à la case départ pour la Ville de Longueuil, qui doit réduire de moitié le nombre de cerfs de Virginie dans le parc Michel-Chartrand afin de rétablir l’équilibre des écosystèmes dans ce boisé urbain, où environ 35 cervidés ont élu domicile.

Un comité d’éthique regroupant des experts de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal juge inacceptable la demande de relocalisation des cerfs, telle que soumise par l’entreprise privée Sauvetage Animal Rescue, selon ce qu'a appris La semaine verte.

La firme montréalaise avait proposé de procéder à la capture et au transport des quelque 14 cerfs en trop dans le parc Michel-Chartrand vers des refuges pour animaux.

Chaque déplacement d’animaux sauvages peut avoir des conséquences néfastes pour la santé publique, l’agriculture ou la conservation des espèces menacées. Ça ne veut pas dire que ce n’est pas possible de le faire, mais c’est un processus très exigeant.

Une citation de :Jean-Pierre Vaillancourt, médecin vétérinaire et président du Comité d'éthique sur l'utilisation des animaux (CEUA) à la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal
Deux cerfs en hiver.

Deux cerfs broutant dans la neige du parc Michel-Chartrand de Longueuil.

Photo : Radio-Canada / Pier Gagné

Pour procéder à cette opération bien délicate, Sauvetage Animal Rescue devait obtenir un Certificat de bons soins aux animaux, délivré par le Dr Vaillancourt et les 14 experts du comité d’éthique de l’Université de Montréal. Mais la réponse négative du comité, déclinée en 40 points sur un peu plus de quatre pages, oblige le directeur général de l’entreprise, Éric Dussault, à refaire ses devoirs.

C’est malheureux parce que ces points-là, qui sont comme des mises en garde, auraient pu être discutés au préalable. Donc on ne reçoit pas ça comme un refus, mais comme une liste de points à améliorer pour leur soumettre une deuxième demande.

Une citation de :Éric Dussault, directeur général de Sauvetage Animal Rescue

Éric Dussault compte soumettre au comité d’éthique, dès le début de la semaine prochaine, une version améliorée de son protocole, dans lequel il explique comment il entend procéder pour capturer et transporter les cerfs. Il confiait, il y a quelques jours, qu’il trouvait très complexes ces démarches administratives. C’est beaucoup plus compliqué que ce à quoi on s’attendait.

Éric Dussault de l’entreprise privée Sauvetage Animal Rescue  le 14 novembre 2020 au parc Michel-Chartrand.

Éric Dussault de l’entreprise privée Sauvetage Animal Rescue en novembre 2020.

Photo : Radio-Canada

Le mois dernier, Éric Dussault avait soumis un premier protocole dans lequel il indiquait notamment que chaque cervidé capturé allait être mis sous sédation à trois reprises durant l'opération de transfert : une première fois lors de sa capture, ensuite pour la durée de son transport, et enfin à son arrivée au nouvel emplacement.

Pour le biologiste Jean-Pierre Tremblay, qui a déjà effectué un transport de cerfs, le protocole de Sauvetage Animal Rescue était plutôt solide. Il note cependant que le plus gros facteur d’incertitude est le maintien de la sédation à long terme pendant le transport. Le cerf de Virginie répond plutôt mal à la sédation à long terme et encore moins bien à la contention. Il y a des risques de myopathie lors de la capture, un dommage irréversible aux muscles.

Aussi, selon le biologiste, certaines des femelles gravides risquent d’avorter, et les autres mettront bas dans le milieu récepteur, ce qui augmentera les effectifs dans ces milieux.

Les trois refuges où devaient être transportés les cerfs du parc Michel-Chartrand :

  • Familizoo à Saint-Calixte - trajet d'environ une heure;
  • Zoo Miller en Beauce - 3 heures;
  • Ferme 5 Étoiles à Sacré-Coeur - environ 6 heures.

Pas facile de capturer et de transporter un animal sauvage

Même s’il avait obtenu l’aval du comité d’éthique, Éric Dussault n’aurait pas été au bout de ses peines en matière de procédure et de réglementation. Il devait ensuite obtenir un permis spécial du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, le permis S.E.G. (Nouvelle fenêtre), un certificat d’autorisation pour la capture des animaux sauvages à des fins scientifiques, éducatives ou de gestion de la faune.

Sur une fiche du MFFP consacrée au cerf de Virginie, on peut lire que la capture et la relocalisation sont des méthodes de contrôle uniquement praticables par les employés autorisés du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.

Plus de 48 000 cerfs de Virginie tués en saison de chasse

La chasse sportive demeure, en Amérique du Nord, le principal outil de contrôle des populations du cerf de Virginie. Au Québec, la dernière saison de chasse (2020) s’est soldée par l’abattage de 43 500 cerfs de Virginie, sans compter les 4500 abattus sur l’île d’Anticosti.

Trois cerfs en hiver

Trois cerfs au parc Michel-Chartrand de Longueuil.

Photo : Radio-Canada / Pier Gagné

Lorsqu’il s’agit d’un boisé ou d’un parc de compétence municipale, comme à Longueuil, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs ne peut permettre, sans le consentement de la Ville, des opérations de chasse contrôlées, avec, par exemple, des armes de moindre portée comme l’arc ou l’arbalète. Et dans ces zones plus habitées, le MFFP doit gérer un autre problème : le défi de l’acceptabilité sociale devant toute forme de contrôle des populations du cerf de Virginie, une espèce, on le sait, qui est très charismatique.

L’automne dernier, le MFFP avait notamment proposé à la Ville de Longueuil la méthode létale pour réduire de moitié le cheptel du parc Michel-Chartrand. Cette méthode est supervisée par des agents de protection de la Faune, et implique l’utilisation d’un pistolet d’abattage à percussion, de type Matador.

L’effet Bambi

Dans un parc urbain fréquenté par les familles avoisinantes, la cohabitation avec une espèce attachante comme le cerf de Virginie peut provoquer des réactions plus émotives de la part de certains citoyens, qui n'hésitent pas à nourrir les cervidés malgré les interdictions bien visibles sur le terrain. En novembre dernier, un fort mouvement d’opposition citoyenne avait convaincu la mairesse de Longueuil, Sylvie Parent, de revenir sur sa décision de faire abattre une partie du cheptel, même si les bêtes causaient des perturbations pour le milieu et présentaient certains risques pour l’humain.

Danger de contamination bien réel

Le médecin vétérinaire et épidémiologiste Jean-Pierre Vaillancourt indique que le risque de propagation de maladies et de parasites demeure élevé dans des endroits où le cerf de Virginie est en surpopulation, comme c’est le cas en Montérégie.

Quand un écosystème est surchargé ou détérioré par un animal faunique en surnombre comme le cerf de Virginie, il y a toujours un danger de propagation de parasites, comme la tique, un vecteur de la bactérie causant la maladie de Lyme, par exemple. Et en Montérégie, nous savons que ce vecteur et la bactérie sont présents depuis quelques années.

Une citation de :Jean-Pierre Vaillancourt, médecin vétérinaire

Bref, tous s’entendent sur l’urgence de rétablir l’équilibre des écosystèmes dans un boisé surchargé par la présence d’animaux fauniques en surnombre, comme on l’observe au parc Michel-Chartrand. Quant aux moyens pour y arriver, toutes les options sont encore envisageables.

Si la prochaine demande de la firme privée Sauvetage Animal Rescue est à nouveau refusée, la Ville de Longueuil devra vraisemblablement revenir à une des options envisagées l’automne dernier, soit l’euthanasie des bêtes en trop. Une opération qui serait supervisée par des agents de protection de la faune. Ce scénario prévoyait également la distribution de la viande de cerfs abattus à des banques alimentaires de la région.

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