•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des médecins vaccinés, mais en isolement

Afin de limiter la propagation des nouveaux variants, des travailleurs de la santé doivent désormais s’isoler près d’un mois s’ils sont en contact, à leur domicile, avec une personne atteinte de la COVID-19. Même s’ils ont déjà été vaccinés.

Un homme entre dans la zone rouge de l'Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal.

Pour freiner la propagation des nouveaux variants, les autorités sanitaires demandent désormais aux professionnels de la santé de s'isoler bien plus longtemps qu'avant s'ils sont en contact avec un cas de COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Philippe Mathieu ne s’attendait pas à passer autant de temps chez lui. Début février, ce médecin urgentiste et père de famille a pris connaissance, comme tant d’autres parents, d’une éclosion dans le service de garde de sa petite fille.

Cette dernière a finalement été déclarée positive à la COVID-19 et a dû s’isoler, avec ses parents, durant 10 jours.

Ce professionnel oeuvrant dans un hôpital du nord de Montréal pensait être en mesure de reprendre rapidement le travail. À la mi-janvier, il a reçu une première dose de vaccin et a, logiquement, été déclaré négatif.

Pourtant, il va devoir patienter avant de retourner dans les couloirs des urgences. Les règles sanitaires l’obligent désormais à rester en confinement strict encore 14 jours après la fin de l’isolement de sa fille.

Au total, il passera donc 24 jours à la maison, même s’il ne développe aucun symptôme.

J’ai été surpris, mes collègues aussi. Ce n’était pas la norme avant, raconte-t-il. C’est frustrant, j’ai envie d’être utile et de faire ma part.

Des normes différentes auparavant

Cet urgentiste n’est pas le seul professionnel à vivre cette situation. D’autres médecins, des infirmières et différents travailleurs du réseau, vaccinés eux aussi, ont connu récemment un sort similaire, ont rapporté à Radio-Canada plusieurs syndicats.

Un resserrement des règles sanitaires pour ces employés du milieu de la santé serait désormais en vigueur.

On a eu les mêmes conclusions que les décideurs publics. Avec l’arrivée des variants, il est de mise d’être prudent, soutient Jean-Pierre Dion, directeur des communications de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ).

Au cours des derniers mois, il était pourtant courant de voir des professionnels de la santé qui, avec un test négatif, pouvaient retourner travailler avant la fin de la période d’isolement requise pour le grand public.

Pour éviter ou limiter des ruptures de service, avec les milliers d’absences recensées dans le réseau de la santé, ces employés étaient sollicités pour prêter main-forte dans les établissements de soins. Au point de transmettre parfois, bien involontairement, le virus.

« On ne veut pas revivre le cauchemar du printemps. Là, il y a une prudence énorme. »

— Une citation de  Jean-Pierre Dion, directeur des communications de la FMOQ

Cependant, l'uniformité des mesures ne serait pas de mise, selon des témoignages reçus par Radio-Canada.

Les consignes peuvent varier selon les établissements, confirme une porte-parole de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ).

Un nombre d’absences en baisse

Selon des données fournies par le ministère de la Santé et des Services sociaux, le nombre d’absents parmi les travailleurs de la santé est en baisse depuis plusieurs semaines. En date du 12 février, on dénombre 5628 absences liées à la COVID-19, dont près de 4000 pour raisons préventives. L’isolement préventif est d’ailleurs l’une des causes du délestage, mentionne-t-on du côté de la FMSQ.

Ces chiffres excluent cependant les professionnels rémunérés par la RAMQ, comme les médecins. À la mi-janvier, il y avait près de 8000 absences répertoriées.

Par ailleurs, en date du 17 février, environ 182 000 travailleurs de la santé ont été vaccinés, soit 57 % du personnel. L'objectif du gouvernement est d'en vacciner 75 %.

Le vaccin ne change rien

À ce jour, la distribution d’une première dose de vaccin aux travailleurs de la santé n’a pas modifié les règles sanitaires pour ces professionnels.

Il est trop tôt pour statuer sur l’impact du statut vaccinal en lien avec les critères d’exposition d’un travailleur de la santé, a indiqué l’Institut national de santé publique (INSPQ) à la fin janvier, dans sa dernière recommandation destinée aux employés des milieux de soins.

« Le travailleur de la santé doit continuer de respecter toutes les mesures de prévention et de contrôle des infections, peu importe son statut vaccinal. »

— Une citation de  Extrait des recommandations de l’INSPQ du 27 janvier 2021

Avec le vaccin, il y a un risque faible, voire minime, de développer des symptômes. Mais on sait que des asymptomatiques peuvent être porteurs du virus. On ne veut pas que des travailleurs de la santé contaminent des gens vulnérables, juge Jean-Pierre Dion, de la FMOQ.

On est conscients des contraintes majeures pour les individus et pour le réseau. C’est évident que ça pose un problème pour l’offre de soins, ajoute-t-il, en faisant référence au délestage dans les hôpitaux.

[Mettre en isolement des professionnels vaccinés durant 24 jours] ça peut paraître contre-productif, mais on veut se donner une marge de manœuvre et on pourra réviser cette mesure dès qu’on aura de nouvelles données sur l’efficacité des vaccins.

Chez lui, Philippe Mathieu ronge son frein. Et patiente. Je comprends très bien le principe de précaution, souligne l’urgentiste. C’est plate, j’aurais aimé travailler, mais finalement, je fais ma part en protégeant les autres en restant à la maison.

Avec la collaboration de Daniel Boily

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !