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Histoire des Noirs à Québec : un premier hommage de la Ville

Une stèle est pointée par une flèche rouge dans la cour du Séminaire de Québec, dans une scène d'été, alors que des étudiants déambulent tranquillement dans le secteur

Simulation du projet de plaque hommage à Olivier Le Jeune par la Ville, dans la cour du Séminaire de Québec

Photo : Ville de Québec

En plein mois de l'histoire des Noirs, la Ville de Québec pose un premier geste pour commémorer son héritage afro-québécois. Une stèle rappelant la vie d’Olivier Le Jeune, premier esclave et premier résident africain en Nouvelle-France, sera installée au mois de mai dans la cour du Séminaire de Québec.

L'idée de stèle vient de Webster, spécialiste de l’histoire des Noirs. La Ville n'a pas tardé à être séduite. Elle est devenue maître d'oeuvre du projet après qu’Olivier Le Jeune eut été désigné personnage historique par le ministère de la Culture et des Communications, grâce aux démarches de l'historien. 

Le Jeune n'était encore qu'un enfant à son arrivée à Québec, en 1629. D’abord propriété du commandant britannique David Kirke, il a été vendu pour 50 écus à un commis français avant d’être cédé à Guillaume Couillard, quelques années plus tard. Il n'avait pas plus de 12 ans à l’époque. Baptisé par le père Paul Le Jeune, de qui il tient sans doute son patronyme, il est ensuite initié au petit catéchisme.

Olivier Le Jeune a été instruit par les Jésuites. Bien qu’on parle d’une éducation assez sommaire, on peut le considérer non seulement comme le premier Noir du Québec, mais aussi comme l’un des premiers étudiants de notre histoire canadienne.

Webster, historien spécialiste de l'histoire des Noirs
Webster devant le Séminaire de Québec.

Webster, devant le Séminaire de Québec, nous indique les lignes au sol qui définisse l’endroit où se trouvait la maison du colon, Guillaume Couillard. C’est là où habitait le premier esclave noir au Canada, Olivier Le jeune.

Photo : Radio-Canada / Marie-France Abastado

Un retour aux sources

La stèle hommage à Le Jeune, dont le dévoilement est prévu le 10 mai, sera élevée tout près de l’emplacement où se trouvait autrefois la maison de Guillaume Couillard. Conseiller à la commémoration à la Ville, l’historien Frédéric Smith en profite pour souligner à quel point le Séminaire de Québec s’est montré ouvert à cette démarche historique.

La plaque sera aussi grosse que celle qui est consacrée à François de Laval. Elle sera installée de l’autre côté du portail en fer forgé, pour créer un effet de symétrie explique-t-il.

La cour est fréquentée par beaucoup d’étudiants et de nombreux touristes.

Cette mise en valeur va susciter des questions et des réflexions importantes en rappelant qu’il y a eu des esclaves en Nouvelle-France, et que nous avons aussi nos zones d’ombre. 

Frédéric Smith, historien, conseiller à la commémoration à la Ville de Québec
Une stèle hommage enneigée dans la cour du Séminaire de Québec. Les murs des bâtiments anciens, couverts de crépis, sont étincelants dans la luminosité hivernale.

La stèle hommage à Olivier Le Jeune sera située en symétrie avec celle de François de Laval, de l'autre côté du portail de fer forgé de la cour du Séminaire.

Photo : Radio-Canada / Catherine Lachaussée

D’autres gestes à venir?

Radio-Canada a appris que la stèle hommage à Olivier Le Jeune pourrait être suivie d’autres gestes du genre à Québec. Webster a présenté à la Ville toute une série de noms de personnalités afro-québécoises à honorer, dont beaucoup ont été pris en considération.

On pense à Mathieu Léveillée, esclave devenu bourreau, considéré comme l’un des premiers fonctionnaires au Canada, Joe l’imprimeur, esclave de William Brown, le fondateur de la « Gazette de Québec », ou John Trim, un esclave affranchi parti faire fortune dans l’immobilier à Montréal.

Frédéric Smith, conseiller à la commémoration à la Ville de Québec

La liste comprend aussi les noms des frères Williams, John et James David, qui ont opéré un salon de barbier dans l’une des plus anciennes maisons du Vieux-Québec, au 19e siècle. La Maison Jacquet, où se trouve le restaurant Les Anciens Canadiens, porte aujourd’hui deux plaques historiques, mais rien ne rappelle que durant près d’un demi-siècle, deux barbiers noirs y ont opéré un salon réputé.

La maison Jacquet, où se trouve le restaurant Les Anciens Canadiens, vue de face, par un beau matin d'hiver. Sa clôture blanche en façade et son toit rouge métallisé sont couverts de neige.

La maison Jacquet porte deux plaques rappelant son histoire, dont une indiquant qu'il s'agit, depuis 1957, d'une maison classée sur le plan patrimonial.

Photo : Radio-Canada / Catherine Lachaussée

L’histoire a fait sensation depuis qu’elle est ressortie, un peu avant Noël. Elle a d’ailleurs amené plusieurs citoyens à demander à la Ville comment elle comptait rendre aux frères Williams l’hommage qui leur revenait. 

De multiples façons de rendre hommage

La maison Jacquet portera-t-elle un jour une plaque rappelant l’héritage des frères Williams? La réflexion se poursuit, semble-t-il. En attendant, leur nom se retrouve, avec des milliers d’autres, dans la banque du comité toponymique de la Ville, dans lequel on pige chaque fois qu’on doit nommer une nouvelle rue, un parc ou une place. 

La banque s’est aussi enrichie de nombreux patronymes autochtones, ces derniers temps. Comme ceux d’autres communautés culturelles négligées, la Ville veut désormais leur réserver une plus grande place.

Ça nous a façonnés, ces héritages, dans une ville qui se diversifie de plus en plus, et c’est important que nos jeunes, issus de ces communautés, puissent aussi se reconnaître à Québec.

Frédéric Smith

Mais au-delà des stèles et des plaques, il existe d’autres façons de remplir son devoir de mémoire, rappelle l’historien. En 2019, une série de spectacles à saveur historique a été présentée au Palais Montcalm. La Ville y a notamment souligné les 250 ans de son Service de protection contre l'incendie.

Un historien devant un tableau représentant la brasserie  de Jean Talon dans un documentaire historique sur l'histoire de cette brasserie. On est dans un environnement qui fait référence au passé, avec d'épais murs de pierre en arrière-plan.

La ville a produit plusieurs documentaires pour tenter de commémorer son histoire autrement qu'en recourant à des plaques ou la toponymie, comme ici avec l'historien Luc Nicol-Labrie sur la brasserie de Jean Talon.

Photo : Radio-Canada

Quand la série a migré vers le web, en 2020, d'autres thèmes ont été abordés, dont le 100e anniversaire de la fin de la grippe espagnole ou l'histoire de la brasserie de Jean Talon. Une production vidéo sur la présence irlandaise à Québec devrait aussi sortir juste à temps pour souligner la Saint-Patrick.

Tout en trouvant l’idée excellente, Webster souligne qu’un ancrage concret dans la ville demeure une façon importante de perpétuer un héritage. On touche ainsi plus de gens, de manière plus durable.

Ça prend des plaques pour qu’on puisse passer devant, les lire, apprendre. Ça vient compléter des connaissances lacunaires et la toponymie est aussi là pour aider à mieux comprendre une histoire. C’est comme ça qu’on crée une mémoire collective.

Webster, historien spécialiste de l'histoire de Noirs
Deux plaques indiquent les noms de rues du Vieux-Québec, la rue Couillard, et la rue Hamel, à l'angle d'une bâtisse patrimoniale de brique jaune.

La toponymie d'une ville a toute une histoire à raconter, à commencer par le nom des rues, qui contribuent à ancrer une mémoire collective.

Photo : Radio-Canada / Catherine Lachaussée

Webster compte être présent à Québec quand on dévoilera la stèle d’Olivier Le Jeune, le 10 mai. La date est importante. C’est l’une des seules dont on soit absolument certain dans son parcours.

On l’a enterré le 10 mai 1654 dans la côte de la Montagne, puis les corps ont été déplacés par la suite. Je ne l’ai pas trouvé encore. Il pourrait avoir été transféré dans une fosse commune, mais il est quelque part à Québec, et je ne renonce pas à trouver sa trace, conclut Webster.

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