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Le plan fédéral sur la possession simple de drogues « pourrait sauver des vies »

Des experts croient que le projet de loi d'Ottawa est « un pas important dans la bonne direction » pour freiner la crise des surdoses.

Une rose à la mémoire de personnes mortes d'une surdose dans le quartier Downtown Eastside, à Vancouver.

En 2020, 1716 personnes sont mortes d'une surdose en Colombie-Britannique.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Les mesures proposées par Ottawa pour atténuer les conséquences juridiques d’une possession de drogue sont accueillies favorablement en Colombie-Britannique, où, en moyenne, 5 personnes meurent d’une surdose chaque jour.

Malgré tout, le plan du gouvernement fédéral ne va pas assez loin, soutiennent des experts, qui réclament plutôt la décriminalisation en bonne et due forme de la possession simple de drogues.

Le projet de loi déposé jeudi veut que les délinquants toxicomanes non violents reçoivent du soutien médical plutôt que d’être emprisonnés.

On parle de mesures de déjudiciarisation fondées sur des données probantes, se réjouit l’avocat en droit de la santé Louis Letellier De Saint-Just, en prenant connaissance du document.

C’est quand même une affirmation assez forte, mais qui ne va pas, pour certains, et j’en suis, assez loin en termes de décriminalisation.

Dans les milieux qui luttent contre le fléau des surdoses, que connaît bien le directeur médical du Centre de maladies infectieuses de Vancouver, le Dr Brian Conway, cette mesure était attendue.

On a une crise des surdoses qui explose. Il faut faire quelque chose de nouveau, de différent.

Brian Conway, directeur médical du Centre de maladies infectieuses de Vancouver
Un tableau montrant le nombre de surdoses mortelles chaque année en Colombie-Britannique.

L'année 2020 a été la plus dévastatrice en matière de surdoses mortelles dans la province.

Photo : Radio-Canada

Passer d'un problème de sécurité publique à un problème de santé publique

Le milieu carcéral n’a jamais été prêt à encadrer les personnes qui font usage de drogues, affirme M. Letellier De Saint-Just. La méthode punitive [et] l’approche répressive ne fonctionnent pas.

Il faut reconnaître que la consommation est un choix, croit-il.

On ne devrait pas chercher à diriger les consommateurs vers les prisons ou vers des centres de traitement qui mènent à l’abstinence, selon lui. Il faut les supporter pour réduire les risques que pose leur consommation.

En ce sens, le projet de loi pourrait sauver des vies, estime le Dr Conway.

Au Portugal, la décriminalisation a bien fonctionné, tant que les individus étaient pris en charge par le système et qu’on les a aidés dans leur cheminement, précise le médecin.

Un ambulancier pousse un brancard.

La pandémie de COVID-19 a aggravé l'urgence actuelle en matière d'overdose.

Photo : CBC/Ben Nelms

Réactions tièdes à Vancouver

Ni le maire de Vancouver, Kennedy Stewart, ni le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, n'ont commenté le projet de loi du gouvernement fédéral, alors qu'ils réclament la décriminalisation de la possession simple de drogues depuis des mois.

Le conseiller municipal de Vancouver, Peter Fry, semble pour sa part déçu de la timidité du projet de loi. C’est peut-être un pas dans la bonne direction, mais ce n’est pas vraiment ce que nous demandons.

Je pense que cela ne fait qu'ajouter une couche de bureaucratie, et les coûts de ce programme pourraient être plus efficaces dans des traitements de santé proactifs plutôt que dans un nouveau système judiciaire, déplore-t-il.

C'est donc en quelque sorte une bonne nouvelle et une mauvaise nouvelle, dit le conseiller de Strathcona, un quartier qui est depuis des mois le théâtre d’une augmentation de l'itinérance.

Un policier de Vancouver patrouille dans le quartier Downtown Eastside.

La police de Vancouver a déjà tendance à fermer les yeux sur des cas de possession simple de drogues dures.

Photo : Shutterstock / Adam Melnyk

Sans la menace de représailles, plus d’interactions sociales et médicales

Le projet de loi d’Ottawa et, plus largement, la décriminalisation des drogues ne réglera pas les problèmes de contamination des substances illicites, reconnaît Mark Tyndall, fondateur du My Safe Project, un organisme qui plaide pour un approvisionnement en drogues sécuritaires.

Or, il s’agit assurément d’un pas dans la bonne direction.

La majorité des personnes qui meurent de surdoses en Colombie-Britannique se trouvaient seules dans des milieux isolés.

La raison pour laquelle les gens meurent et vivent dans des situations précaires est en grande partie le fait qu’ils essaient d’éviter les policiers et d’éviter les délits criminels, explique-t-il.

La proposition du fédéral crée des occasions de contacts entre les consommateurs et les services de santé, avance-t-il. Nous pouvons mieux interagir socialement et médicalement avec les gens s'ils ne sont pas constamment sous le joug du système de justice pénale.

Professeur à l’Université de la Colombie-Britannique (UBC), Mark Tyndall travaille dans le milieu de la prévention et de l’atténuation des risques depuis 20 ans.

Compte tenu de la gravité de la crise et du nombre élevé de vies perdues, il est décevant que les choses n’avancent pas plus rapidement, selon lui. C’est encourageant, mais c’est trop lent. Chaque jour, des gens meurent.

Avec des informations de Wildinette Paul et Nantou Soumahoro

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