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COVID-19 : la première dose de vaccin suffisamment efficace pour retarder la deuxième

L'INSPQ recommande de maintenir la stratégie adoptée par Québec – administrer une première dose à un maximum de personnes plus vulnérables – au lieu de s'empresser de vacciner une deuxième dose.

Un membre du personnel médical extrait une dose du vaccin Moderna d'une fiole à l'aide d'une seringue.

Le Comité sur l’immunisation du Québec a recommandé de maintenir la stratégie d’offrir une première dose de vaccin au plus grand nombre possible de personnes jugées vulnérables avant d’offrir la deuxième dose.

Photo : afp via getty images / APU GOMES

Les vaccins de Moderna et de Pfizer-BioNTech auraient une efficacité d'environ 80 %, tant chez les résidents des CHSLD que chez les travailleurs de la santé, pour prévenir la COVID-19 à court terme après l’inoculation d’une première dose, selon l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), qui se base sur des données préliminaires.

En date du 10 février, 78 % des résidents des CHSLD (33 331 personnes) et 53 % des travailleurs de la santé du secteur public (172 979 personnes) avaient reçu une première dose de l’un ou l’autre des vaccins contre la COVID-19.

Chez le premier groupe, l’efficacité est évaluée à près de 80 % après 21 jours; chez le second, un résultat semblable est observé après 14 jours, a constaté l'INSPQ.

Ces résultats démontrent donc une efficacité en deçà de celle observée lors d'études cliniques de phase III, qui était évaluée à 92 %. Mais selon l'Institut, ces disparités s'expliquent en partie par le fait que les résultats de ces études se basent sur des données de surveillance et que les participants aux essais cliniques étaient plus jeunes, et donc en meilleure santé, que les résidents des CHSLD.

Les données préliminaires qu'a analysées l'Institut, à la demande du ministère de la Santé, sont tout de même le signe d’une situation très positive au Québec, a déclaré Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste de l’unité d’immunisation de l’INSPQ.

Bien que le suivi auprès des personnes vaccinées a seulement été fait sur une période de moins de deux mois, les données sont rassurantes et cohérentes avec l’efficacité élevée constatée 14 jours après une première dose dans les essais cliniques de phase III ainsi qu’avec les études d’efficacité menées ailleurs dans le monde, a observé l'INSPQ.

À la lumière de ces données préliminaires – et des livraisons limitées de doses de vaccin –, le Comité sur l’immunisation du Québec (CIQ) est d’avis qu’il faut poursuivre dans la stratégie de vaccination adoptée par le gouvernement, qui consiste à administrer une première dose du vaccin à un maximum de personnes jugées plus vulnérables.

Ce qu’on voit dans les données, c’est qu’il n’y a pas de grande urgence à donner une deuxième dose parce que cette première dose protège bien.

Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l'INSPQ

La santé publique du Québec a indiqué qu'elle souhaitait respecter un maximum de 90 jours entre la première et la deuxième dose du vaccin. Une stratégie que désapprouvent les autorités fédérales, qui jugent que la deuxième dose devrait être administrée au maximum six semaines après la première.

Selon le Comité sur l’immunisation du Québec, un intervalle plus court pourrait être recommandé si un déclin venait à être observé avec le temps. La clé, c’est de monitorer en temps réel l’efficacité des vaccins […] puis de moduler les recommandations en conséquence, a indiqué Nicholas Brousseau, médecin-conseil et président du CIQ.

Il reviendra de toute évidence au gouvernement Legault de décider s'il veut étendre la période au-delà des 90 jours, a souligné de son côté le Dr Gaston de Serres.

M. Brousseau a rappelé l'importance d'aviser les personnes vaccinées qu'un intervalle de deux à quatre semaines – jusqu'à 21 jours chez les plus jeunes; 28 jours chez les plus âgés – doit être pris en compte avant que la première dose prodigue une protection optimale contre la COVID-19.

Au cours de cette période, il faut donc rester vigilant et s'assurer de respecter à la lettre les consignes de la santé publique. La vaccination, il faut la voir comme complémentaire aux autres mesures de protection, a résumé le Dr Brousseau.

Des questions en suspens sur les variants

Les experts de santé publique concèdent ne pas avoir suffisamment d'informations sur les variants du nouveau coronavirus, qui suscitent l'inquiétude d'un bout à l'autre du pays. Actuellement, on n'a pas un portrait clair de la situation [des variants] au Québec, et de la région de Montréal en particulier, a indiqué le Dr De Serres.

Le portrait devrait toutefois se préciser d'ici une semaine ou deux, a-t-il poursuivi, grâce à l'accélération du criblage des cas dans la métropole, qui doit permettre de détecter la présence de variants.

L’efficacité des vaccins à ARNm contre les différents variants du SRAS-CoV-2 demeure mal connue et devra être suivie de près, au Québec et ailleurs dans le monde.

Institut national de santé publique du Québec

Quant à savoir si l'intervalle entre l'administration de la première et de la deuxième dose pourrait favoriser l'émergence de ces variants, l'INSPQ juge à ce stade-ci qu'il s'agit d'une considération théorique.

Un intervalle plus étendu entre les deux doses devrait prévenir un plus grand nombre d’hospitalisations et de décès, puisque plus de personnes vulnérables seront vaccinées rapidement, a fait valoir l'Institut.

Une stratégie qui fait débat au Canada

À Ottawa, le sous-administrateur en chef de l’Agence de la santé publique du Canada, le Dr Howard Njoo, a lui aussi souligné que des données préliminaires sur l’efficacité d’une seule dose de vaccin contre la COVID-19 étaient encourageantes.

Il faisait référence à des données américaines publiées cette semaine dans le New England Journal of Medicine, mais aussi à des données préliminaires amassées jusqu’ici par les provinces. Ces données démontrent un degré de protection très élevé après l'administration d'une première dose.

Le Dr Njoo a rappelé que des recommandations formelles à ce sujet relèvent de Santé Canada, et non de son agence. Mais selon lui, le débat sur le bien-fondé de repousser le report d’une deuxième dose de vaccin est en cours depuis des semaines.

Peut-être devrions-nous envisager de vacciner plus de gens avec une dose, selon le nombre de doses disponibles, et protéger plus de gens, et éventuellement [donner] une deuxième dose, a-t-il dit, sans trancher lui-même le débat.

Bien sûr, lorsque l’approvisionnement en vaccins augmentera, nous serons en mesure d’offrir les deux doses à tous les Canadiens, a-t-il assuré.

Avec la collaboration de François Messier

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