•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Dépistage à l'école : le gouvernement Ford critiqué de toutes parts

Des élèves avec des masques.

Les conseils scolaires en Ontario devront faire du dépistage dans au moins 5 % de leurs écoles chaque semaine.

Photo : Getty Images / izusek

Syndicats d'enseignants et experts décrient le plan ontarien, alors que bien des écoles ne sont pas prêtes à commencer à faire du dépistage de la COVID-19 dès maintenant.

Le ministre de l'Éducation, Stephen Lecce, a annoncé, mardi, que les conseils scolaires devraient faire des tests de dépistage asymptomatique dans au moins 5 % de leurs écoles chaque semaine, et ce, dès cette semaine dans le Grand Toronto, et à partir de la semaine prochaine ailleurs en Ontario.

La directive a pris de court plusieurs conseils scolaires.

« On commence notre planification. Les bureaux de santé l'ont aussi appris en même temps que nous. On doit avoir plus d'information de la part du ministère. On doit travailler avec plusieurs bureaux de santé et travailler avec les conseils scolaires limitrophes. »

— Une citation de  Marc Gauthier, directeur de l'éducation du Conseil scolaire public du Grand Nord de l'Ontario

Nous attendons des précisions du Ministère afin de pouvoir élaborer un plan de mise en œuvre, indique Guylaine Sherer, porte-parole du Conseil scolaire public du Nord-Est.

Nous sommes en contact avec le ministère de l’Éducation et les 13 bureaux de santé publique qui couvrent le territoire des écoles Viamonde afin de préciser et mettre en place le dispositif de dépistage rapidement, affirme la directrice des communications de Viamonde, Julie Vanghelder.

Même son de cloche de la part du Conseil scolaire catholique MonAvenir. Nous sommes en attente de leurs recommandations quant aux écoles qui seront ciblées en priorité, explique la porte-parole Virginie Oger.

L'exemple d'Ottawa

À Toronto ainsi que dans les régions de Peel et de York, le retour en classe n'a eu lieu que mercredi, mais dans le Nord de l'Ontario et la région d'Ottawa, où les écoles étaient déjà rouvertes, certains établissements avaient commencé à faire du dépistage.

La santé publique à Ottawa, par exemple, a invité les élèves et le personnel de 17 écoles à subir un test, qu'ils aient des symptômes ou non, les fins de semaine du 30-31 janvier (juste avant le retour en classe) et du 6-7 février.

Seulement 213 élèves se sont présentés pour subir un test; 8 d'entre eux ont eu un résultat positif.

Des tests rapides, dont les résultats peuvent être obtenus en moins de 15 minutes, étaient utilisés pour les élèves asymptomatiques. Si une personne reçoit un résultat positif à son test, cette personne et les personnes qui résident avec elle sont appelées à revenir pour subir un test de laboratoire (s’il n’a pas encore été administré) la même fin de semaine, afin de confirmer le résultat du test rapide, précise le bureau de santé publique d'Ottawa.

À Toronto, le conseil public anglais TDSB a organisé des cliniques mobiles de dépistage dans quatre écoles la semaine dernière avant le retour en classe. Six écoles doivent se prêter à l'exercice cette semaine. Ces centres servent au dépistage des élèves et du personnel de l'école même et d'écoles environnantes, précise le porte-parole du conseil, Ryan Bird.

Dans la région de Peel, le chef de la santé publique, le Dr Lawrence Loh, explique qu'il ciblera pour les tests les écoles dans les quartiers où il y a beaucoup d'infections et là où l'accès à un centre de dépistage est plus difficile.

La première clinique de dépistage à l'école doit être organisée ce week-end. Le choix des écoles est en train d'être finalisé, indique le Dr Loh. Du dépistage devrait avoir lieu dans des écoles françaises d'ici 2 à 3 semaines, ajoute-t-il.

Contrairement à Ottawa, la santé publique de Peel utilisera seulement des tests traditionnels.

Pas assez, selon les syndicats d'enseignants

La cible provinciale de 5 % des écoles par semaine est bien insuffisante, selon l'Association des enseignants franco-ontariens (AEFO), qui demande du dépistage asymptomatique dans toutes les écoles de la province.

« C’est loin d’être une expansion des tests ciblés puisque ceux-ci se retrouveront seulement dans quelques écoles par conseil scolaire. »

— Une citation de  Anne Vinet-Roy, présidente de l'AEFO

Il y a moins de 2 semaines, [le ministre Lecce] disait que le dépistage serait fait par les bureaux de santé publique et que tout serait mis en place avant le retour en classe, dénonce le président de l'Association des enseignants de l'élémentaire, Sam Hammond. Là, il refile cette responsabilité aux conseils scolaires, qui sont déjà débordés.

Le président de l'Association des enseignants des écoles secondaires, Harvey Bischof, trouve choquant que le ministre Lecce ait mis autant de temps pour présenter un plan visant à créer un plan.

La présidente de l'Association des enseignants catholiques anglophones, Liz Stuart, note que les enseignants réclament du dépistage asymptomatique dans les écoles depuis des mois. Comme beaucoup d'autres aspects de la pandémie, le gouvernement a bâclé son approche, dit-elle. Le syndicat réclame une table ronde des différents intervenants en éducation afin de formuler un plan provincial pour les écoles.

L'opposition néo-démocrate affirme que le plan provincial est un « échec », alors que des variants plus contagieux se propagent en Ontario, qui fait face au risque d'une troisième vague, note le NPD. Les conseils scolaires et le personnel des écoles s'acquittent déjà de la tâche très difficile de jongler entre les cours en ligne et en classe. Décharger sur eux la responsabilité du dépistage ne fonctionnera pas, dit la porte-parole néo-démocrate en matière d'éducation, Marit Stiles.

Des experts critiques

Le virologue et clinicien à l'Hôpital Montfort Hugues Loemba croit lui aussi que le gouvernement Ford doit faire beaucoup plus.

« Faire le dépistage dans au moins 5 % des écoles, c’est peut-être mieux que rien, mais c’est largement insuffisant à l’heure actuelle avec la menace que constituent les variants du virus. »

— Une citation de  Hugues Loemba, chercheur clinicien à l'Hôpital Montfort

Selon lui, l'échéancier très serré imposé par la province aux conseils scolaires n'est pas réaliste.

Le Dr Hugues Loemba lors d'une entrevue Skype.

Le Dr Hugues Loemba, virologue et chercheur à l'Hôpital Montfort et professeur agrégé de médecine à l'Université d'Ottawa

Photo : Radio-Canada

Il se réjouit toutefois de voir que le gouvernement Ford utilise finalement des tests rapides, en plus des tests traditionnels nasopharyngés (PCR).

La difficulté d'accéder aux tests PCR au point de service reste un défi en raison de plusieurs facteurs, dont l'envoi d'échantillons d'un patient dans le laboratoire spécialisé, les longs délais d'attente de quelques jours pour recevoir les résultats, un besoin d'équipement spécialisé et de personnel technique. [...] Il est essentiel d'obtenir d'autres tests alternatifs en complément avec les tests PCR, en particulier lorsque l’on est sur la pente descendante de la deuxième vague de cette pandémie, affirme le Dr Loemba.

Pour sa part, la professeure à l'Université McMaster et spécialiste des maladies infectieuses Sarah Khan soutient que le plan [de l'Ontario] est mis en place trop rapidement et sans suffisamment de supervision et de réflexion et selon de mauvaises priorités.

Contrairement aux affirmations du gouvernement Ford, qui dit suivre les recommandations du médecin hygiéniste en chef de la province, elle croit que la cible de 5 % est complètement arbitraire.

« Les conseils scolaires héritent malheureusement de ce fardeau, ce qui va probablement mener au gaspillage de ressources, alors que les écoles sont déjà assez occupées à protéger les élèves et le personnel. »

— Une citation de  Sarah Khan, professeure à l'Université McMaster

Elle affirme que les tests rapides génèrent beaucoup de « faux positifs ». Je pense que la province a recours à ces tests parce qu'ils ont été achetés et qu'il faut maintenant les utiliser, dit-elle.

Selon elle, la province devrait plutôt faciliter l'accès au dépistage traditionnel pour les élèves symptomatiques, même si leurs symptômes sont faibles, et faire subir un test à tous les enfants d'une cohorte lorsque l'un des élèves a contracté le coronavirus.

Le ministre de l'Éducation se défend

Le ministre de l'Éducation, Stephen Lecce, dit que la cible de 5 % est un minimum à atteindre.

Il ajoute ceci : Si l'on doit faire plus de dépistage, on peut le faire et on le fera.

Pour le moment, le Ministère a prévu des ressources pour faire 50 000 tests par semaine dans les écoles, dit le ministre, en plus de la capacité existante des centres de dépistage.

Le gouvernement Ford permet aussi aux employés des écoles de subir un test de dépistage en pharmacie dans plusieurs régions, y compris celles de Waterloo, Guelph, Peterborough et Durham et dans le comté de Prince Edward.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !