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Des professeurs plaident pour un enseignement hybride au collégial

La pandémie a forcé les professeurs à s’adapter à l’enseignement à distance. Certains néophytes ont appris à utiliser de nouvelles technologies, d’autres ont dû s’habituer à parler devant un écran, mais plusieurs y ont pris goût!

Des étudiantes participent à un cours donné dans un laboratoire.

Une soixantaine de professeurs demandent au réseau collégial de conserver un mode d'enseignement hybride après la pandémie, à l'instar des universités.

Photo : Radio-Canada

Après avoir expérimenté les avantages des cours à distance, un groupe de professeurs de cégep demande au réseau collégial de conserver un mode d'enseignement hybride après la pandémie, à l'instar des universités. Ils lancent même un appel à la ministre de l'Enseignement supérieur, Danielle McCann, pour qu'elle émette une directive nationale afin de baliser cette pratique.

Dans une lettre qui lui est adressée, les 55 professeurs signataires lui font valoir que dans les prochaines années, les employeurs demanderont de plus en plus que leurs employés pratiquent le télétravail, ayant expérimenté les nombreux avantages qui y sont associés. C’est la mission des cégeps de préparer adéquatement les étudiants à cette réalité.

Avant la pandémie, le professeur en communication Charles Messier n'avait jamais osé demander à son employeur d'enseigner à distance, même s'il croyait être en mesure de le faire.

Ceux qui le souhaitaient sentaient un certain jugement, comme s'ils étaient paresseux. Je ne pensais pas que ce serait bien accueilli.

Aujourd'hui, il considère que la pandémie a démontré que la formation à distance était équivalente aux cours sur place. Il souhaiterait pouvoir donner des cours en ligne au moins 30 % du temps.

La santé mentale aussi importante à distance

Les signataires de la lettre répondent aussi aux nombreuses critiques associées à l'enseignement à distance.

Impossible d’enseigner certaines disciplines et certains contenus à distance, apprentissages plus faibles qu’en présentiel, faible maîtrise des outils technologiques, démotivation des enseignants et des étudiants, absence de liens sociaux, etc. On entend également parler de l’isolement, de la détresse, de symptômes dépressifs, tant chez les enseignants que les étudiants [...] Or, comment départager les effets néfastes de la formation à distance des effets du confinement? Si nous avions été préparés à enseigner à distance, le tableau aurait été fort différent et nous aurions pu constater les avantages plutôt que ses travers, écrivent-ils.

La professeure de psychologie Catherine Ouellette a beaucoup observé ses étudiants au cours des derniers mois.

Les problématiques de santé mentale l'interpellent particulièrement. Selon elle, ce ne sont pas les cours en ligne qui ont exacerbé ces problèmes, mais plutôt le fait que les jeunes sont très isolés socialement dans toutes les sphères de leur vie.

Mme Ouellette est convaincue que l'encadrement des étudiants n'est pas pour autant déficitaire.

Il faut faire attention, parce qu'on entend souvent un lien de cause à effet entre la formation à distance et la détresse idéologique des étudiants qui s'explique par un ensemble de facteurs. Évidemment, le fait de ne pas avoir les étudiants devant nous peut rendre plus difficile le fait de détecter certaines problématiques. Mais en contrepartie, pour d'autres étudiants c'est parfois plus facile de nous interpeller à distance que de le faire en présentiel. On est à un seul clic de nos étudiants. Pour certains, la barrière de la gêne est moins présente à distance. C'est pour ça qu'on souhaiterait avoir le modèle hybride. Pour aller chercher le meilleur des deux mondes, dit-elle.

Pour une plus grande autonomie des profs

Mme Ouellette souhaite que la ministre Danielle McCann intervienne pour que les établissements reconnaissent l'autonomie des enseignants qui veulent adhérer à l'enseignement hybride. Ces établissements ont d'ailleurs utilisé de l'argent du gouvernement pour acquérir du matériel informatique.

La professeure de biologie Edwige Schoonheere ajoute que ses étudiants seraient probablement mieux servis.

On les voit moins en présence, mais on a plus de disponibilités parce que, justement, on n'a pas à se déplacer. Il n'y a pas de perte de temps et de conflit d'horaire, indique-t-elle.

Charles Messier croit aussi qu'une offre de formation à distance rendrait les collèges plus attractifs pour les travailleurs qui désirent se perfectionner ou les étudiants qui demeurent dans des régions éloignées.

Pour lui, la même formule pédagogique ne convient pas à tous et c'est pourquoi les cégeps devraient faire preuve de flexibilité.

C'est pas évident pour tout le monde d'être entouré de 40 personnes assises sur une chaise de plastique pendant trois heures pour apprendre du contenu théorique.

Maintenant que la pandémie a forcé le réseau à s'adapter à cette nouvelle réalité, il faut saisir l’occasion de développer encore plus l'enseignement hybride, ajoute Catherine Ouellette.

On ne se cachera pas que le Québec était particulièrement en retard au niveau de l'utilisation des technologies en enseignement. On vient de le rattraper en accéléré et on souhaite le poursuivre pour un réseau plus fort, plus diversifié et qui correspond mieux à la réalité de la société actuelle.

Contre l'ubérisation de l'enseignement

Le cabinet de la ministre Danielle McCann n'a pas encore répondu à la lettre, mais un autre groupe de plus de 450 professeurs réplique dans une deuxième lettre ouverte.

Selon eux, la formation à distance doit demeurer une mesure d’urgence temporaire [...] la crise ne doit pas servir de prétexte à faire de l’enseignement en ligne la norme. Ils affirment que plusieurs d'entre eux se sont heurtés à des problèmes techniques et informatiques, faisant en sorte que la qualité de leur enseignement ne pouvait pas être la même en ligne.

Ils constatent aussi une augmentation de la tâche, une réduction à la baisse des contenus qu’il est possible de transmettre, une perte sur le plan de la collaboration avec les collègues dans les départements et la communauté collégiale et une augmentation du plagiat, pour ne nommer qu’une mince partie des problèmes.

Plusieurs étudiants éprouveraient aussi des difficultés à utiliser les outils numériques à leur disposition.

Enfin, ces professeurs rejettent l'idée que la formation à distance n'est pas un facteur ayant contribué à la détérioration de la santé mentale de leurs étudiants. L'enseignement est une relation humaine qui se construit à travers la présence sensible au sein d’un campus qui est aussi une communauté et un milieu de vie.

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