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Caméras d'intervention : la police de Calgary, un exemple encore difficile à évaluer

Le débat est relancé, mais peu de corps de police au Canada utilisent cette technologie présentée comme un outil de transparence.

Zoom sur la caméra, plus petite qu'un téléphone cellulaire, sur le gilet d'un policier.

Les caméras ont un système manuel qui doit être enclenché par les agents.

Photo : Radio-Canada

La détention injustifiée de Mamadi Camara aurait-elle pu être évitée si le policier montréalais agressé avait porté une caméra?

Le débat est relancé, mais peu de corps de police au Canada utilisent cette technologie présentée comme un outil de transparence.

À Calgary, le service de police est devenu le premier au pays à munir tous ses patrouilleurs de telles caméras, mais les résultats demeurent difficiles à évaluer.

Depuis avril 2019, la caméra d'intervention s’est ajoutée à la longue liste de pièces d’équipement que doivent porter les 1126 patrouilleurs de Calgary.

Dans la métropole albertaine, chaque interaction entre un policier et un particulier doit être filmée, un facteur devenu rapidement essentiel, selon le service de police. La sergente Kristie Verheul, responsable du programme, ne tarit pas d’éloges au sujet des caméras.

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La sergente Kristie Verheul de la police de Calgary recommande l'usage des caméras corporelles à tous les corps policiers au pays.

Bavures policières : les caméras corporelles sont-elles la solution ?

Photo : Radio-Canada

Ça améliore la confiance du public, ça aide à déposer des accusations lors d’enquêtes criminelles, ça pousse nos membres à être plus responsables, c’est un outil qui réduit aussi l’usage de la force, soutient-elle.

Même si elle ne peut quantifier exactement le nombre d’incidents que ces caméras ont pu désamorcer, la sergente Verheul assure aussi que les relations entre la police et la communauté se sont améliorées depuis l’instauration de ce système.

Globalement, les relations ont changé de façon positive, le public nous fait davantage confiance [...]. Quand un agent intervient avec une caméra, tous deviennent plus responsables.

Kristie Verheul, police de Calgary

Si les agents eux-mêmes n’étaient pas tous convaincus au départ de l’utilité de ces caméras, elles sont devenues des outils populaires auprès des policiers de Calgary, ajoute Kristie Verheul.

Ça protège aussi les policiers lorsque des plaintes sont déposées en déontologie, souligne-t-elle.

En 2020, la police de Calgary a enregistré 635 325 interactions avec le public.

Rien n’a changé, selon Black Lives Matter

Si la police de Calgary est satisfaite de ces caméras, des membres de la communauté noire de Calgary tiennent un tout autre discours.

Je ne crois pas du tout que les caméras aient réduit les tensions, lance d’entrée de jeu Adora Nwofor, présidente de Black Lives Matter YYC.

Elle rappelle que non seulement les caméras ne filment pas toujours le contexte précédant une intervention policière, mais l'accès aux images peut prendre du temps après une demande d’accès à l'information.

Adora Nwofor devant une murale.

La présidente de Black Lives Matter YYC, Adora Nwofor, souhaite que les villes investissent dans les programmes sociaux plutôt que d'acheter des caméras pour les policiers.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Gohier

Selon Adora Nwofor, les caméras d'intervention ne règlent en rien ce qu’elle décrit comme le manque de supervision indépendante des forces policières.

Les policiers révisent eux-mêmes les images et déterminent ce qui est bon ou non, alors rien n’a changé. Si la police décide encore de ce qui est acceptable ou non, tout ce qui a changé, c’est que c’est désormais filmé.

Adora Nwofor, Black Lives Matter YYC

Adora Nwofor répète que les caméras sont déjà omniprésentes dans notre société et qu’elles n’ont toujours pas réglé le problème du profilage ou de la brutalité policière.

Un effet qui reste à prouver

Une trentaine d’études universitaires ont été faites sur les effets des caméras d'intervention chez les policiers. Sur le lot, une dizaine auraient révélé une réduction de l’emploi de la force, selon Rémi Boivin, professeur agrégé de l’École de criminologie de l’Université de Montréal et directeur du Centre international en criminologie comparée.

Dans certains cas, il y a eu des effets positifs qui ont été trouvés, par contre, dans d’autres, il y a eu de tout petits effets ou pas d’effets du tout. La littérature scientifique est encore en train de se stabiliser, ce n’est pas un consensus, très loin de là, indique le professeur.

Difficile aussi d’évaluer le cas de Calgary, puisque très peu de données ont été rendues publiques par le service de police albertain.

Dans le monde scientifique, Calgary n’existe pas, ajoute M. Boivin.

Et les projets pilotes menés ailleurs au Canada sont loin d’avoir été concluants, souligne-t-il.

On sait, par exemple, qu'à Toronto le projet pilote a eu à peu près pas d’effets, à Montréal, c’est à peu près la même chose. Dans ces deux villes, les rapports ont toutefois été rendus publics.

À Calgary, le service de police souligne qu’il vient de conclure une étude sur l’effet des caméras après deux ans et que le rapport sera déposé prochainement.

En attendant, plusieurs corps policiers canadiens contactent régulièrement leurs homologues de Calgary pour en savoir davantage sur l'utilisation des caméras d'intervention.

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