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Une tique menace l’abondance des orignaux dans l’est du Canada

Le réchauffement du climat favoriserait la remontée de la tique d’hiver, un acarien qui a ravagé des populations d’orignaux plus au sud.

Un orignal se déplace librement dans la neige.

Cet orignal a été capturé dans l’arrière-pays de Charlevoix, région qui était jusqu’ici jugée trop froide pour la prolifération de la tique d’hiver.

Photo : Radio-Canada / Gilbert Bégin

À première vue, tout va pour le mieux pour le cheptel d’orignaux du Québec. Jamais les populations de ce grand cervidé n’ont été aussi abondantes. Le cheptel a doublé en 30 ans au Québec, passant de 70 000 à 140 000 bêtes. Pourtant, malgré cette démographie favorable, le chercheur Christian Dussault est inquiet.

On a de plus en plus de chasseurs qui nous rapportent la présence de tiques d’hiver. On a aussi plus de signalements de la population.

Une citation de Christian Dussault, chercheur, ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs
Christian Dussault dans un hélicoptère.

Christian Dussault est responsable de la plus vaste étude sur la tique d’hiver menée dans l’est du pays.

Photo : Radio-Canada / Gilbert Bégin

La tique d’hiver a toujours été présente au Québec, surtout dans le sud de la province et au Nouveau-Brunswick. Mais Christian Dussault a de bonnes raisons de croire que non seulement cette tique fait plus de ravages, mais encore qu’elle progresse aussi vers le nord.

On la rencontre maintenant dans des secteurs aussi nordiques que Chibougamau, précise le chercheur.

Des veaux sous surveillance

Le spécialiste a en main les tout premiers résultats d’une vaste étude qui vise à documenter l’abondance de la tique au Québec de même qu’au Nouveau-Brunswick. Cette étude est l’une des plus importantes jamais entreprises sur l’orignal dans l’est du pays.

Son équipe a capturé l’hiver dernier une centaine de veaux orignaux. Après avoir évalué la quantité de tiques, les biologistes ont muni chaque veau d’un collier émetteur. Le but est double : suivre leurs déplacements et évaluer leur taux de survie.

Un orignal couché sur une toile.

Des techniciens ont eu recours à la sédation pour pouvoir installer un collier à la bête.

Photo : Radio-Canada / Gilbert Bégin

Sur son écran, le chercheur fait apparaître le parcours d’un jeune orignal capturé dans l’arrière-pays de Charlevoix.

Après avoir réduit considérablement ses déplacements en fin d’hiver, l’orignal s’est soudainement immobilisé. Au bout de trois jours, l’émetteur de l’animal acheminait au chercheur un signal de mortalité.

C’est à la fin de l’hiver que ces acariens font du dommage. Un orignal peut être parasité par des dizaines de milliers de tiques. Elles pompent du sang tout l’hiver, ce qui affaiblit considérablement le veau.

Une citation de Christian Dussault

Au total, sur la centaine d’orignaux capturés, le tiers n’a pas survécu au premier hiver. Les analyses effectuées sur les carcasses ont révélé des infestations importantes de tiques sur plusieurs d’entre elles.

Le hic, c’est que certains orignaux se trouvaient dans des régions réputées trop froides et trop enneigées pour que cette tique prolifère.

Une partie du pelage de l'orignal a disparu.

Cette plaie témoigne d’une infestation importante de la tique sur l’animal.

Photo : Radio-Canada / Gilbert Bégin

Un hiver au chaud

La tique d’hiver est une proche cousine de la tique à pattes noires, mieux connue pour transmettre la maladie de Lyme. La tique d’hiver ne parasite que les cervidés. Mais tout comme sa proche cousine, elle profiterait du réchauffement du climat pour remonter vers le nord.

Dessin de la tique à différents moments au cours d'une année.

Cycle de vie de la tique d'hiver de l'orignal.

Photo : Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

Les larves de tiques voient le jour en été dans la végétation. L’automne, elles s’agrippent à un orignal et passent l’hiver à se nourrir de son sang. L’augmentation de leur taille est alors phénoménale.

Des tiques dans les poils.

Un orignal infesté de tiques.

Photo : Radio-Canada / Archives

La tique se détache de l’animal au printemps et retourne au sol pour pondre ses œufs.

C’est à ce moment que le réchauffement du climat crée des conditions propices à cet acarien.

La femelle est engorgée.

La femelle est beaucoup plus grosse que le mâle.

Photo : Radio-Canada / Pier Gagné

S’il y a moins de neige au sol et que le printemps est doux, la survie des femelles et de ses œufs sera meilleure, explique Jean-Pierre Tremblay, chercheur à l’Université Laval et coresponsable de cette étude.

Mais il n’y a pas que le printemps. Des températures plus clémentes en automne sont aussi de nature à favoriser l’expansion du parasite.

Des automnes chauds prolongent la période durant laquelle les tiques peuvent s’agripper à leurs hôtes.

Une citation de Jean-Pierre Tremblay

Des populations ravagées au sud

La menace sur la santé et l’abondance des orignaux est réelle.

En 2015, le New Hampshire, un État américain situé au sud du Québec, a vécu un épisode noir. Les taux de mortalité ont atteint 70 % chez les veaux d’orignaux pendant trois années consécutives. Une hécatombe.

Dans cet État, nos collègues ont mis en évidence les liens entre un climat favorable et de fortes densités d’orignaux pour expliquer ces mortalités, précise le chercheur Jean-Pierre Tremblay.

Or le Québec enregistre justement des densités importantes d’orignaux depuis une décennie et son climat semble plaire de plus en plus au parasite.

Une menace appelée à perdurer

Jusqu’où ira la tique dans sa remontée vers le nord? Quels seront les impacts sur la santé et l’abondance des populations d’orignaux?

Deux orignaux dans une forêt enneigée.

Deux orignaux en hiver.

Photo : Radio-Canada / Jean-Simon Bégin

Il faudra aux chercheurs du Québec et du Nouveau-Brunswick quatre autres années de captures avant d’apporter les premières réponses à ces questions.

Mais les efforts qu’ils déploient sont essentiels pour mieux comprendre les relations entre le parasite et les populations d’orignaux de l’est du pays.

Rappelons qu’il n’existe aucun traitement pour soigner les cervidés infestés et que la tendance au réchauffement du climat, elle, ne semble pas près de ralentir.

Le reportage de Gilbert Bégin et de Michel-Rock Poirier est diffusé à La semaine verte le samedi à 17 h et le dimanche à 12 h 30 à ICI Télé.

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