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DOSSIER | Qui sont ces femmes qui bercent nos enfants?

Une femme noire photographiée de dos lève le pouce en l'air. Devant elle et adossés à un mur de jeunes enfants portants des masques rient et reproduisent son geste.

Venue de Côte d'Ivoire, Patricia Chizzini se sert d'une comptine africaine pour apprendre aux enfants à compter.

Photo : Radio-Canada / Zoé CLIN

Amanda Félicité et Patricia Chizzini sont deux femmes africaines qui travaillent dans le domaine de la petite enfance en Saskatchewan. Leurs parcours de vie diffèrent, elles habitent aux deux extrémités de la province, mais leur constat est le même : à leurs côtés, les petits Saskatchewanais apprennent l’importance d'accepter l’autre dans toute sa diversité.

Patricia Chizzini a fui la Côte d’Ivoire à la suite de la mort de sa mère. Quand elle est morte, mon univers s’est écroulé autour de moi, confie la quadragénaire avec un sourire triste. Pour se reconstruire, elle a décidé de rejoindre sa tante à Milan, en Italie.

Elle y a fondé une famille avant de déménager en France, près de Paris. Épuisée par le rythme effréné des grandes villes, Patricia Chizzini a finalement accepté, il y a bientôt trois ans, un poste d'éducatrice au centre éducatif Les Étoiles Filantes, à Ponteix, dans cette petite communauté du sud de la Saskatchewan.

Dans un centre éducatif, un chariot portant des repas est accueilli avec exubérance par une femme noire qui lève les bras.

Avec son énergie débordante, Patricia Chizzini s'est très bien intégrée auprès des enfants du centre éducatif Les Étoiles filantes, à Ponteix.

Photo : Radio-Canada / Zoé CLIN

À 400 km de Ponteix, dans le nord de la province, dans le centre éducatif Les petits pingouins, de North Battleford, on retrouve Amanda Félicité. Elle a quant à elle quitté son île Maurice natale pour poursuivre les rêves de son mari. Contrairement à Patricia Chizzini, qui travaillait déjà avec les enfants en Côte d’Ivoire, Amanda Félicité a découvert sa vocation en faisant du bénévolat après l'école.

Ça a été parfait pour moi parce que je cherchais vraiment un travail où je pouvais passer du temps avec mes enfants, qui étaient en bas âge à cette époque.

Une citation de :Amanda Félicité
Dans une garderie, une femme de couleur tient une petite fille par la main. Elles jouent dans des cerceaux posés au sol.

Amanda Félicité adore être active, tout en étant au contact des enfants.

Photo : Radio-Canada / Zoé CLIN

Au Canada, plus de 50 000 femmes immigrantes travaillaient dans des services de garderie en 2020. De ce nombre, 20 % venaient d'Afrique.


Source : Statistique Canada

Entre Afrique et Occident : l'équilibre des valeurs

En commençant leur carrière en Saskatchewan, les deux femmes ont été surprises de la liberté accordée aux enfants dans leur vie quotidienne. Cette philosophie est très éloignée de la discipline vécue dans leur pays d'origine respectif.

Ici, on permet aux enfants de faire des choix, et je trouve que c’est bien. C'est un plus que je donne à mes enfants et aux enfants avec qui je travaille.

Une citation de :Amanda Félicité
Une petite fille assise se retourne pour regarder l'objectif. Assise face à elle, une femme de couleur s'affaire sur un atelier de bricolage destiné aux enfants.

Amanda Félicité est fière de participer à l'éducation des citoyens de demain.

Photo : Radio-Canada / Zoé CLIN

Il y a aussi une grande différence dans la manière dont l’enfant est perçu en Afrique et au Canada, estime Patricia Chizzini. Elle raconte que, en Côte d’Ivoire, les jeunes générations portent l’espoir d’un avenir heureux. Mais cela passe souvent par le sacrifice des mères, qui se dévouent corps et âme pour leurs enfants.

Ici, les parents veulent que l’enfant réussisse, mais c’est vraiment pour lui, pour son développement. En Afrique, la réussite de l’enfant est pour toute une communauté, pour toute une famille.

Une citation de :Patricia Chizzini

Ainsi, dit l’éducatrice, l’éducation ivoirienne se base sur les valeurs de respect, d'honnêteté et de travail assidu. Elles s’accompagnent de la foi en Dieu, très présente, peu importe la religion des parents.

Patricia Chizzini fait le tri entre ces valeurs pour ne garder que ce qui est transposable à la Saskatchewan. Et c’est par des activités ludiques qu’elle transmet le meilleur des deux cultures aux citoyens de demain.

Dans une garderie, une femme noire aide une petite fille à attacher une poupée dans son dos à l"aide d'un tissu. D'autres enfants observent la scène.

Patricia Chizzini apporte de nombreux éléments de sa culture ivoirienne dans les activités quotidiennes des enfants. Ici, elle aide une petite fille à porter sa poupée dans le dos, comme le font de nombreuses femmes africaines avec leur bébé.

Photo : Radio-Canada / Zoé CLIN

À North Battleford, Amanda Félicité a elle aussi à cœur de transmettre aux petits Canadiens les valeurs qui ont bercé son enfance. Elle leur apprend donc à toujours garder le sourire, à vivre l’instant présent, et à garder un caractère agréable, quelles que soient les circonstances.

Ouvrir à la diversité

Si Amanda Félicité dit n’avoir jamais eu de réaction des enfants par rapport à sa couleur de peau, Patricia Chizzini se souvient quant à elle que certains petits n’osaient pas s’approcher d'elle à son arrivée au centre éducatif.

Je parle français, je suis noire, alors je suis un extraterrestre pour eux! Certains n’ont jamais vu ça!

Une citation de :Patricia Chizzini

Face aux enfants craintifs, cette éducatrice expérimentée se fait exubérante et joue la comédie. Elle leur montre ainsi qu'ils ont un point commun avec elle : l'amour du rire.

Dans une salle de sport, une femme noire qui tient ses mains ouvertes se penche vers de petites filles pour essayer de les attraper. Les enfants tentent de lui échapper en riant.

Les enfants adorent le jeu "J'arrive !", dans lequel Patricia Chizzini joue avec humour le rôle d'un monstre qui essaye de les attraper. Ce jeu leur permet aussi d'apprendre quelques mots de français.

Photo : Radio-Canada / Zoé CLIN

Patricia Chizzini se sert aussi de l’empathie naturelle des enfants pour surmonter leur peur de l’inconnu. Ainsi, c’est en faisant semblant d’être malade et en laissant une petite jouer au docteur avec elle qu’elle a créé un lien d’amitié avec cette enfant qui n’avait pas encore osé l’approcher.

Quand l’enfant naît, il accepte ce qu’il voit. Alors si on lui dit : "La diversité existe, on vit avec et on est heureux avec", quel que soit le milieu où il ira, il vivra bien.

Une citation de :Patricia Chizzini
Dans une garderie, de jeunes enfants jouent au docteur avec une poupée noire.

Le jeu permet aux enfants de dépasser leur peur de l'inconnu et d'accepter la diversité comme étant la norme.

Photo : Radio-Canada / Zoé CLIN

Moi, j’ajoute mon petit grain de sel, ce n’est rien, confie Patricia Chizzini avec humilité. Mais le mien, et celui quelqu’un d’autre qui va aussi ajouter son petit grain de sel, et ainsi de suite, c’est ça qui va aider nos enfants à comprendre que la diversité n’est pas nécessairement quelque chose de dangereux.

Amanda Félicité utilise également cette approche. Elle estime qu'il est bon que les jeunes enfants soient exposés très tôt à la diversité du monde.

Ils sauront qu’il y a différentes cultures, différentes couleurs de peau et différentes personnalités. Je suis contente de pouvoir inculquer ça et ces valeurs-là aux enfants dès leur plus jeune âge.

Une citation de :Amanda Félicité
Noirs dans les Prairies

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