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La télémédecine à toute vitesse

La pandémie ouvre la voie à un accès sans précédent à la télémédecine avec l'arrivée de nouvelles plateformes numériques. Et ce n’est que le début de cette petite révolution.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Des membres du personnel de santé communiquent via des tablettes électroniques.

Des membres du personnel de santé communiquent via des tablettes électroniques.

Photo : Radio-Canada

Nicolas Steinbach

Il y a près d’un an, les patients désertaient les hôpitaux et les cabinets de médecins. Les interventions chirurgicales non urgentes étaient annulées et les visites en personne, réduites au strict minimum.

L’urgentologue de l’hôpital de Moncton Serge Melanson fait partie d’une équipe de médecins et d'infirmières praticiennes du Nouveau-Brunswick qui offrent des consultations en ligne.

La fréquentation de leur plateforme — eVistitNB — a explosé durant la pandémie.

Le Dr Serge Melanson.

Le Dr Serge Melanson, urgentologue et ancien président de la Société médicale du Nouveau-Brunswick.

Photo : Gracieuseté Serge Melanson

Notre temps moyen d’attente est de 23 secondes. En d’autres mots, en dedans d’une minute, les patients sont devant un médecin ou une infirmière praticienne, indique le Dr Serge Melanson, cofondateur de la plateforme de consultation virtuelle eVisitNB.

La plateforme compte plus de 10 000 visites virtuelles et 2000 patients uniques depuis janvier 2020.

Honnêtement, ça pourrait faire la différence entre l’ouverture et la fermeture de services. Je pense que les soins virtuels pourraient aider à prévenir que l’urgence à Campbellton ferme pour une fin de semaine ou que l’urgence de Sackville ferme la nuit, affirme M. Melanson.

La façade de l'hôpital.

L’interruption temporaire de services à l’Hôpital régional de Campbellton au Nouveau-Brunswick en novembre 2019 a consterné la population.

Photo : Radio-Canada / Margaud Castadère

Le médecin soutient que des urgences virtuelles pourraient être installées dans des hôpitaux aux prises avec des pénuries de personnel pour leur permettre de rester ouverts. Le cas échéant, une infirmière s’occuperait du triage et dirigerait les patients vers une salle équipée d’une tablette où un médecin serait en ligne.

Tous les cas de mal d’oreille, une toux, un mal de gorge, une douleur thoracique pourraient être vus. Pour les cas de vie et mort, on pourrait s’organiser pour que le médecin rentre pour ces moments rares [….] et l’urgence peut rester ouverte de façon virtuelle, dit-il.

À l’instar de bien d’autres provinces, le système de santé du Nouveau-Brunswick fait face à une pénurie de main-d'œuvre et à un vieillissement de sa population.

La plateforme de consultation virtuelle eVisitNB a été lancée en janvier 2020.

La plateforme de consultation virtuelle eVisitNB a été lancée en janvier 2020.

Photo : Radio-Canada

Au total, 40 000 personnes sont sans médecin de famille et viennent périodiquement gonfler les rangs des urgences. Durant la pandémie, bon nombre d’entre eux se sont tournés vers la télémédecine.

Je suis convaincu que ça peut avoir un effet très positif sur l’accès aux soins et la question de ressources humaines. Les preuves ont été démontrées dans d’autres juridictions. On regarde comment ces technologies ont été intégrées dans le système de santé et on voit l’impact positif.

Le Nouveau-Brunswick est en retard

À titre d’ancien président de la Société médicale du Nouveau-Brunswick, Serge Melanson connaît bien le système hospitalier de la province et ses limites.

Nos problèmes de main-d'œuvre vont être beaucoup améliorés avec les soins virtuels. On va être capable de fournir plus de soins avec le même nombre de fournisseurs, dit-il.

Il déplore qu’aucune urgence virtuelle n’ait encore été implantée dans la province, alors que d’autres — comme l'Hôpital Western à l'Île-du-Prince-Édouard — ont déjà fait le virage.

Une affiche annonce la fermeture de l'urgence de l'hôpital Western de l'Île-du-Prince-Édouard.

Les fermetures de l'urgence se sont multipliées, durant l'été 2019, à l'hôpital Western qui dessert l'ouest de l'Île-du-Prince-Édouard.

Photo : CBC/Laura Meader

Ça existe zéro au Nouveau-Brunswick, mais c’est des discussions qu’on veut avoir avec le gouvernement, indique Serge Melanson.

Un retard auquel la province veut remédier.

Nous devons repenser la façon dont nous donnons les services publics, et les soins de santé virtuels en sont un exemple, nous pouvons accroître nos capacités dans le domaine des soins primaires. Parfois, ce sont des crises qui créent de l'innovation et amènent les gens à penser différemment, indique Blaine Higgs, premier ministre du Nouveau-Brunswick.

Nous n’avons pas le choix, d’autres provinces sont dans la même situation de pénurie de main-d'œuvre. Nous devons donc être innovants.

Blaine Higgs, premier ministre du Nouveau-Brunswick
Blaine Higgs, premier ministre du Nouveau-Brunswick, le 22 décembre 2020.

Blaine Higgs, premier ministre du Nouveau-Brunswick, le 22 décembre 2020.

Photo : Radio-Canada

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick nous confiait dans son entrevue de fin d’année que l’accès à Internet haute vitesse allait être sa grande priorité en 2021.

Nous sommes en discussion avec plusieurs fournisseurs, notre objectif c’est que les réseaux 4G et 5G soient étendus dans toutes les régions d’ici trois ans, c’est ce qui pourrait différencier notre province des autres, affirme Blaine Higgs.

La réforme du système de santé

La province a récemment produit une ébauche de sa réforme de la santé dans laquelle on peut lire que l’univers de la santé numérique présente un immense potentiel dans la prestation d’interventions et que l’heure est venue de repenser l’approche traditionnelle de la prestation des soins en personne.

De la musique aux oreilles de Serge Melanson, qui espère bien que sa plateforme pourra se tailler une place dans la réforme.

Une photo prise d'un modem.

Tous les Néo-Brunswickois seront branchés à Internet haute vitesse d'ci trois ans, promet Blaine Higgs.

Photo : iStock

Mais le talon d’Achille de cette petite révolution dans la prestation des soins est bien entendu l’accès à Internet haute vitesse. Au Nouveau-Brunswick, une province principalement rurale, cet accès est inégal et pourrait contribuer à un système à deux vitesses.

La dernière chose qu’on veut faire c’est résoudre un problème et en créer un autre. Il faut que l’accès à Internet soit équitable partout dans la province, indique Serge Melanson.

En 2017, seulement 37 % des ménages ruraux avaient accès à Internet haute vitesse, comparativement à 97 % des ménages urbains, selon le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes.

Le prix d’une « révolution »

Un autre premier ministre des Maritimes pourrait bien contribuer à l’essor du numérique dans les services publics. Robert Ghiz, qui a dirigé l’Île-du-Prince-Édouard de 2007 à 2015, est aujourd’hui à la tête de l’Association canadienne des télécommunications.

Avec la pandémie, on a vu que les gens peuvent travailler dans leurs maisons, à distance, on va voir des gens de Toronto revenir au Nouveau-Brunswick ou à l’Île-du-Prince-Édouard. La technologie permet maintenant de travailler n’importe où. Alors il faut saisir cette opportunité de connecter les gens au 5G, souligne Robert Ghiz.

L'ancien premier ministre de l'Île-Prince-Édouard, Robert Ghiz

L'ancien premier ministre de l'Î.-P.-É., Robert Ghiz

Photo : Radio-Canada

Il rappelle que le secteur privé prévoit investir 26 milliards de dollars d’ici 2027 pour développer le réseau 5G à travers le pays. Mais, il n’entend pas le faire seul, surtout dans les marchés moins rentables.

Il y a une responsabilité des gouvernements provinciaux et fédéraux de créer des partenariats avec les industries du secteur privé. Ça va coûter des centaines de millions de dollars au Nouveau-Brunswick pour connecter la province au réseau 5G, indique M.Ghiz.

Au-delà des bonnes intentions, il n’y a toujours pas de ligne budgétaire attribuée au développement de l’Internet haute vitesse dans la province.

La question c’est : ''Est-ce qu’on veut être à la remorque de ces provinces qui ont déjà innové et attendre encore plusieurs années avant d’établir ces services ici ou est-ce qu’on veut prendre avantage de l’initiative qu’on a avec la pandémie?'' fait valoir Serge Melanson.

Des appareils médicaux connectés

Le 5G, aussi appelé l'Internet des objets, va représenter un bond de géant pour la prestation de certains services comme les soins de santé.

La résolution et la qualité des images vont être améliorées. Actuellement, on est en train d’explorer des outils comme un stéthoscope virtuel, des otoscopes virtuels. Ces outils seront utilisés à leur maximum, la rapidité et la consistance du signal seront beaucoup plus efficaces, indique Serge Melanson.

Les mains d'un patient

Les appareils connectés qui pourront se connecter au réseau 5G pourraient complètement changer la façon de soigner les patients.

Photo : Radio-Canada

Et les gestionnaires de la plateforme eVisitNB n’ont pas l’intention d’attendre les réformes du gouvernement et la mise en place du 5G pour prendre de l’ampleur.

On est en train de faire des partenariats avec certaines pharmacies dans la province pour ouvrir une clinique virtuelle à l’intérieur […] On a également des projets avec des foyers de soins spéciaux — comme MacLeod Riverside court à Woodstock — qui ont très peu de support médical et font donc souvent appel aux services 911, dit-il.

Depuis le 13 mars 2020, le Nouveau-Brunswick permet à ses médecins de facturer les consultations en ligne à l'assurance maladie. C'était d’ailleurs la première province à le faire au tout début de la pandémie.

Un homme âgé consulte un médecin sur son ordinateur.

La plateforme eVisitNB compte plus de 10 000 visites et 2000 patients uniques depuis janvier 2020.

Photo : iStock

Cependant, la plateforme soulève des questions quant à l’accès universel aux soins en ce qui a trait aux infirmières praticiennes qui facturent, quant à elles, leurs consultations aux patients.

Serge Melanson reconnaît que la situation n’est pas idéale, mais qu’étant donné que la province n'autorise actuellement pas aux infirmières praticiennes de se faire rembourser, c’est la seule façon pour elle d’être rémunérée.

M. Melanson affirme ne pas avoir accepté de rémunération pour son travail à eVisitNB jusqu’à présent.

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