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Les camionneurs exemptés des nouvelles mesures à la frontière

Un camion transporte de la marchandise et traverse un pont.

Depuis la fermeture des frontières en mars dernier, près de la moitié des entrées au pays étaient faites par les camionneurs.

Photo : AFP / GEOFF ROBINS

Radio-Canada

Aucune des nouvelles mesures de voyage récemment annoncées par le gouvernement fédéral, qui imposent le dépistage à la frontière canado-américaine, ne s'applique au plus grand groupe de personnes entrant régulièrement au Canada, soit les chauffeurs de camion. Ceux-ci sont considérés comme des travailleurs essentiels.

Des 10 millions d'entrées au Canada depuis le 21 mars 2020, près de la moitié, soit 4,6 millions, ont été effectuées par des chauffeurs de camion commerciaux traversant par voie terrestre, selon l'Agence des services frontaliers du Canada.

Le gouvernement fédéral a exempté les camionneurs de la quarantaine et de toutes les exigences liées au dépistage durant la pandémie, puisque ces derniers livrent des biens essentiels. Ottawa dit étudier la possibilité de faire passer des tests de dépistage aux camionneurs entrant au pays, mais n'a pas encore présenté de plan en ce sens.

En attendant, certains camionneurs canadiens souhaitent davantage de protection, car les variants du coronavirus hautement contagieux se répandent rapidement aux États-Unis.

On se fait dire que cette chose se répand comme une traînée de poudre, a déclaré le camionneur Luis Franco de Calgary, qui transporte des marchandises vers les États-Unis quatre à cinq fois par mois.

Je suis très inquiet pour ma famille lorsque je reviens [au Canada], a déclaré Franco. Je ne veux pas qu'ils tombent malades.

Même si les camionneurs sont exemptés de la quarantaine, ils doivent tout de même respecter d'autres mesures de protection, comme le port du masque et la distanciation physique. Ils doivent également répondre aux questions de santé à la frontière.

Un homme coiffé d'une casquette rouge à bord de son camion.

Le camionneur Luis Franco, de Calgary, estime qu’il ne se sent toujours pas en sécurité en conduisant aux États-Unis, car il rencontre de nombreuses personnes sur les aires de repos américaines qui ne prennent pas de précautions contre la COVID-19.

Photo : FOURNIE PAR LUIS FRANCO

Bien qu'il respecte toutes les règles, M. Franco estime qu'il ne se sent toujours pas en sécurité, car il rencontre de nombreuses personnes qui ne prennent pas de précautions sur les aires de repos américaines.

Beaucoup d'Américains, comme dans les États du Sud ou dans les États de l'Ouest, ne croient pas à la COVID, affirme-t-il. Vous entrez dans un relais routier, vous faites le plein, ou vous faites ce que vous avez à faire et [il semble que] 80 % des gens ne portent pas de masque, ils ne pratiquent pas la distanciation sociale.

M. Franco souhaite que le gouvernement teste les camionneurs pour détecter la COVID-19 à chacune de leur entrée au Canada.

« Plusieurs d'entre nous pourraient très bien être asymptomatiques. »

— Une citation de  Luis Franco, camionneur

Luis Franco n'est pas le seul à évoquer ce genre de préoccupations. Une centaine d'experts canadiens en sciences et en santé ont signé une pétition pour que le gouvernement fédéral mette en place des mesures strictes aux frontières, notamment des tests de dépistage de la COVID-19 pour toute personne entrant au Canada, y compris les travailleurs essentiels.

Le Canada est confronté à un risque très important d'une nouvelle vague de COVID, avec l’arrivée de nouveaux variants, indique la pétition publiée (Nouvelle fenêtre) le 21 janvier.

Les épidémiologistes, virologistes, médecins, chercheurs scientifiques et professionnels des soins de santé signataires appuient la création d’un bouclier canadien, d'après un rapport intitulé Protéger les Canadiens contre l'importation de variants inquiétants, et réclament la mise en place de mesures nationales pour protéger les Canadiens.

Ottawa explore la possibilité de tester les camionneurs

Le 29 janvier, huit jours après le lancement public de la pétition, le gouvernement a annoncé qu'il renforçait ses mesures frontalières.

Depuis le 15 février, les voyageurs entrant au Canada par voie terrestre doivent présenter la preuve d'un test négatif de COVID-19 à la frontière. À partir du 22 février, ils devront également subir un autre test de COVID-19 à leur arrivée, ainsi qu'un autre test vers la fin de leur période de quarantaine.

Toutefois, les camionneurs et autres travailleurs essentiels – qui sont déjà exemptés de la quarantaine – sont dispensés des nouvelles exigences de dépistage.

Dimanche, le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, a déclaré que le gouvernement étudiait également la possibilité d'introduire des tests de COVID-19 pour les travailleurs essentiels qui traversent la frontière.

Nous travaillons en étroite collaboration avec l'Agence de la santé publique du Canada et les autorités sanitaires provinciales pour mettre en place un système de tests réguliers afin de protéger les travailleurs essentiels et les camionneurs qui entrent dans le pays et pour s'assurer qu'ils ne sont pas à l'origine de nouvelles infections, a déclaré M. Blair à CBC.

Le Dr Jeff Kwong, spécialiste des maladies infectieuses, croit pour sa part que le gouvernement doit agir maintenant.

Il suffit qu'une poignée de camionneurs soient infectés à leur retour pour qu’ils propagent des infections ici au Canada, a déclaré Jeff Kwong, professeur à l'École de santé publique Dalla Lana de l'Université de Toronto.

Un homme portant des lunettes dans un bureau.

Le Dr Jeff Kwong, spécialiste des maladies infectieuses, croit que le gouvernement fédéral doit prendre des mesures immédiates pour commencer à tester les camionneurs à la frontière terrestre canadienne.

Photo :  CBC

Le Dr Kwong recommande à Ottawa d'introduire immédiatement les tests rapides de COVID-19 pour les travailleurs essentiels qui traversent la frontière terrestre. Les tests rapides sont connus pour être moins sensibles que les tests ordinaires, mais ils donnent des résultats en quelques minutes.

Il suffit de faire un test à la frontière. S'ils sont positifs, alors ne rentrez pas chez vous auprès de votre famille, a déclaré le Dr Kwong.

« Je ne sais pas pourquoi cela n'a pas encore été mis en œuvre. »

— Une citation de  Dr Jeff Kwong, spécialiste des maladies infectieuses et professeur à l'École de santé publique Dalla Lana de l'Université de Toronto

À la suite de la propagation rapide d’un nouveau variant de la COVID-19 au Royaume-Uni en décembre, plusieurs pays européens ont commencé à exiger que les chauffeurs de camion provenant du Royaume-Uni fournissent la preuve d'un test rapide de COVID-19 négatif.

Vaccination des camionneurs

Leanne Steeves, chauffeuse de camion long-courrier, a également déclaré qu'elle ne se sentait pas en sécurité lorsqu'elle transportait des marchandises aux États-Unis, où le nombre de cas de COVID-19 est le plus élevé du monde. Mme Steeves est diabétique, ce qui lui fait courir un plus grand risque de développer des complications liées à la COVID-19.

C'est effrayant, lance Mme Steeves, qui vit à Woodbridge, en Ontario. Nous devons aller aux États-Unis, nous devons aller en Californie, nous devons aller en Floride, vous voyez ce que je veux dire? On passe par ces zones chaudes.

Un homme et une femme se tiennent debout devant la caméra.

Leanne Steeves et son mari Gerald sont tous deux des chauffeurs de camion long-courrier qui voyagent régulièrement aux États-Unis pendant la pandémie.

Photo : FOURNIE PAR LEANNE STEEVES

Malgré les risques, Mme Steeves n’appuie pas l’idée de tester les camionneurs lorsqu’ils entrent au Canada. Elle craint un cauchemar logistique.

« L'attente à la frontière serait dingue. »

— Une citation de  Leanne Steeves, camionneuse

Le syndicat des Teamsters Canada, qui représente plus de 15 000 chauffeurs de camion longue distance, abonde dans le même sens. Le syndicat recommande plutôt au gouvernement de tester les camionneurs aux relais routiers et aux aires de repos. Il souhaite également que les chauffeurs de camion soient vaccinés en priorité contre la COVID-19.

Il faut faire plus pour protéger les conducteurs, car de nouveaux variants potentiellement plus dangereux apparaissent, a déclaré par courriel Christopher Monette, porte-parole des Teamsters.

Les camionneurs Luis Franco et Leanne Steeves sont d'accord pour être vaccinés dès que possible. Toutefois, aucun d'entre eux ne fait partie d’un groupe prioritaire dans leur province, ce qui signifie qu'ils pourraient attendre des mois avant d'obtenir le vaccin.

Si nous pouvions nous protéger un peu plus en nous faisant vacciner [maintenant], ce serait génial, a déclaré Mme Steeves.

L'Agence de la santé publique du Canada n'a pas répondu à une demande de commentaires de la part de CBC sur la priorité des vaccinations pour les camionneurs.

D'après les informations de CBC News

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