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Les proches d’un Gaspésien mourant mis à la porte de l’hôpital de Campbellton

Ambulance en Gaspésie

Ambulance en Gaspésie (archives)

Photo : Radio-Canada

Une famille des Plateaux de la Matapédia dénonce que leur proche soit mort, seul, à l’hôpital de Campbellton.

Robert Doucet, 87 ans, est décédé il y a maintenant une dizaine de jours. Ni son épouse ni leur fils, Ronald, n’ont pu être présents lors de ses derniers instants.

C’est pour prévenir des histoires comme la leur qu’ils ont accepté de raconter ce qui leur est arrivé. Ils ont aussi déposé une plainte officielle au Centre de santé et de services sociaux (CISSS) de la Gaspésie

Aucune visite

Robert Doucet est hospitalisé le 31 janvier dernier. Craignant justement des difficultés à visiter son père s’il était hospitalisé au Nouveau-Brunswick, Ronald Doucet avait d’abord demandé aux ambulanciers de transporter le malade à l’hôpital de Maria.

Selon M. Doucet, les ambulanciers lui ont alors indiqué qu’ils n'avaient pas le choix de se rendre au Nouveau-Brunswick.

Comme les visites ne leur sont pas autorisées, la famille effectue dans les jours suivants les démarches nécessaires pour que le vieil homme, admis en soins palliatifs, soit transféré au CHSLD de Matapédia.

Tout s’arrange et le déplacement est prévu pour le 9 février.

À l'approche de la mort

Sauf qu'entre-temps, la situation du patient se détériore. Le 5 février, rien ne va plus. Pour la première fois depuis l’hospitalisation de M. Doucet, la visite des proches est permise.

L’hôpital nous a appelés en nous disant si vous voulez voir votre père, dépêchez-vous, dépêchez-vous, ça c’était le vendredi après le dîner , raconte Ronald Doucet.

Prévoyants, Ronald Doucet et sa mère avaient subi un test de dépistage de la COVID-19 trois jours auparavant.

Leurs résultats négatifs en main, ils se présentent à l’hôpital, mais l’accès leur est d’abord refusé. Il leur faut subir, dit-on, un test rapide en arrivant à l’hôpital.

La façade de l'hôpital.

L’Hôpital régional de Campbellton au Nouveau-Brunswick est le centre désigné par le CISSS de la Gaspésie pour les patients de l'ouest de la MRC Avignon (archives).

Photo : Radio-Canada / Margaud Castadère

Ils sont renvoyés dans leur voiture où un gestionnaire ira finalement les rejoindre et dénouera ce premier imbroglio. Leurs tests sont acceptés, mais seule l’épouse de Robert Doucet peut se rendre à son chevet.

Son fils reste dans la voiture. Puis une infirmière l’appelle. Si vous voulez voir votre père, venez tout de suite. Elle [l'infirmière] avait vérifié. Les orteils étaient bleus, il avait beaucoup baissé, raconte Ronald Doucet.

Le personnel est attentif. Le fils et sa mère sont invités à passer la nuit près de leur proche mourant. On leur propose un lit de camp, des draps, un fauteuil. Le malade s’éveille un peu, sourit, raconte son fils.

Mis à la porte

Tout change au quart de travail suivant, explique Ronald Doucet. L’infirmière responsable, dit-il, leur demande de quitter les lieux et menace d’appeler la sécurité s’ils ne s’exécutent pas. Ce qui avait été entendu avec la première équipe ne tient plus.

Ils retournent chez eux sous la crainte du couvre-feu. Ma mère était choquée: pourquoi en après-midi, c’est correct, et à cette heure-ci, ce n’est plus bon. Qu’est-ce qui se passe. y-as-tu deux sortes de lois?, rapporte Ronald Doucet.

Le lendemain, nouveau coup de fil de l’hôpital; ils pourront à nouveau voir le malade. Tout semble arrangé.

C’est sur le chemin menant à l’hôpital qu’ils recevront un dernier appel. Robert Doucet a rendu son dernier souffle, seul. Après 65 ans de mariage, Anita Michaud n’a pas pu lui dire adieu.

Une affiche dirigeant les gens vers l'urgence d'un hôpital entourée de neige.

Le personnel n'a pas voulu que les proches passent la nuit près de M. Doucet (archives).

Photo : Radio-Canada / Margaud Castadère

À l’hôpital, au moment d’aller se recueillir sur la dépouille, ils sont accueillis de nouveau fraîchement. Aussitôt qu’on dit qu’on vient du Québec, c’est reculez, reculez. On dirait qu’on a la peste ou la lèpre , commente M. Doucet.

Un hôpital désigné

Le CISSS de la Gaspésie des Îles a refusé de commenter le dossier puisqu’une plainte a été déposée.

Selon l’entente avec le réseau de santé Vitalité du Nouveau-Brunswick, Québec verse 10 millions pour assurer des soins à la population de l’ouest de la MRC d’Avignon.

Le CISSS indique qu’en cas de transport d’urgence en ambulance, les patients de ce secteur sont dirigés vers l’hôpital le plus proche, soit celui de Campbellton.

Ce n’est pas le premier incident où des Gaspésiens se plaignent du traitement reçu au Nouveau-Brunswick. La pandémie, et les mesures sanitaires édictées par le Nouveau-Brunswick, notamment sur la circulation entre les deux provinces, semblent avoir accentué le problème.

Un problème persistant, selon Sylvain Roy

La situation est d’ailleurs dénoncée depuis plusieurs mois par le député de Bonaventure, Sylvain Roy. On est traité, dit-il, comme des citoyens de seconde zone. Des jeunes ne peuvent même plus accompagner leurs parents dans la mort. Ça ne tient pas la route.

Le député juge que Québec devrait revoir son entente avec la province voisine.

Le député de Bonaventure, Sylvain Roy, lors d'une conférence de presse

Le député de Bonaventure, Sylvain Roy (archives)

Photo : Radio-Canada / CBC

Le CISSS de la Gaspésie, ajoute-t-il, devrait aussi reconnaître la prestation de service de l’hôpital de Maria à la population de l’ouest de la Baie-des-Chaleurs. Et ça, ils [les dirigeants du CISSS] ne le font pas. Ils font comme si tout Avignon-Ouest s’en allait à Campbellton. Ils calculent comme si tout le monde allait à Campbellton alors qu’il n’y a plus personne qui veut y aller, souligne le député.

Afin de documenter le problème, Sylvain Roy a demandé à ses commettants de dénoncer toutes les situations inacceptables dont ils auront été témoins à l'hôpital de Campbellton.

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