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Les vaccins contre la grippe peuvent-ils réduire les symptômes de la COVID-19?

Une injection imminente.

Une étude a montré que les enfants ayant reçu le vaccin contre la grippe développent moins de symptômes de la COVID-19 que des enfants qui n’ont pas reçu le vaccin antigrippal.

Photo : Radio-Canada / Jeff McIntosh

Des vaccins qui offrent une protection bonus contre plus d’une maladie? L’idée peut en apparence surprendre. Après tout, le but premier des vaccins est d’apprendre au corps à reconnaître et détruire un virus précis. Un vaccin contre la grippe ne devrait donc pas, à première vue, permettre de mieux se défendre contre la COVID-19.

C’est pourtant ce qui a été suggéré dans certaines études au cours de la dernière année. Par exemple, dans une prépublication remontant à octobre 2020, des chercheurs néerlandais ont montré que le nombre de tests positifs de COVID-19 diminuait de 39 % chez les employés d’hôpitaux ayant reçu le vaccin contre la grippe.

Dans une autre étude, parue au début du mois de février 2021, des chercheurs de l’école de médecine de l’université du Missouri ont suggéré que les enfants ayant reçu le vaccin contre la grippe développaient moins de symptômes de la COVID-19 que ceux ne l'ayant pas reçu.

Puisqu’elles n’ont observé que des corrélations et utilisaient des données rétrospectives, aucune de ces études ne permet de conclure qu’on peut se protéger contre la COVID-19 avec des vaccins autres que ceux conçus pour lutter contre la pandémie.

Mais les observations qui y ont été faites suggèrent qu’il peut y avoir d’autres avantages à la vaccination que le développement d’anticorps, et au cours de la dernière année, plusieurs groupes de recherches se sont penchés sur la question.

L’idée d’utiliser des vaccins pour stimuler le système immunitaire de manière non spécifique, ça existe depuis longtemps, explique Alain Lamarre, expert en immunologie et virologie à l'Institut national de la recherche scientifique (INRS).

Un effet anti-COVID déclenché par d’autres vaccins n’offrirait bien sûr pas une protection contre le virus comme celle qu’on voit avec les anticorps. Mais on peut toutefois y voir comme un entraînement qui permet au système immunitaire de mieux réagir face à des pathogènes.

Une citation de :Alain Lamarre, expert en immunologie et virologie

Apprendre de toutes les occasions

Pour comprendre comment cela est possible, il faut rappeler que le système immunitaire est formé de deux branches : la réponse innée et la réponse adaptative.

La réponse adaptative est celle qu’on tente de stimuler avec un vaccin et implique des cellules spécialisées et des anticorps capables de reconnaître et de se rappeler spécifiquement d’un virus ou d’une bactérie.

À l’inverse, la réponse innée implique des globules blancs généralistes, s’attaquant de façon semblable à toutes les infections.

Ces soldats de première ligne sont ceux qui réagissent en premier face à une infection, donnant ainsi au corps le temps de préparer une réponse adaptative plus ciblée.

Or, même si le système inné ne peut pas apprendre de ses combats et s'en souvenir par la suite (et ne peut donc pas être éduqué par un vaccin), plusieurs études ont quand même montré une amélioration de sa performance générale chez les personnes vaccinées.

C’est ce qu’on appelle l’immunité innée entraînée, explique Maziar Divangahi, immunologiste au centre de recherche du centre universitaire de santé McGill.

Dans certains cas, les cellules immunitaires innées qui ont été exposées à un vaccin produisent plus de molécules antivirales, qu’on appelle des cytokines. C’est comme si la stimulation du vaccin les entraînait à mieux réagir lorsque vient le temps de faire face à une véritable infection, illustre l'immunologiste.

Selon Maziar Divangahi, un tel entraînement aurait un avantage double lorsqu’on fait face à la COVID-19.

Des cellules innées qui ont été habituées au combat suite à un vaccin peuvent non seulement mieux contrôler la prolifération de virus dans les premières phases de l’infection, mais en plus, elles éviteraient l’apparition de réactions immunitaires extrêmes dans les phases plus tardives de la maladie.

Or ces réactions démesurées sont responsables des effets secondaires les plus graves de la COVID-19, entraînant des hospitalisations et même des décès chez les personnes qui en sont victimes.

Des études de laboratoires ont montré que cette immunité innée entraînée apparaît suite à des changements dans l’expression des gènes liés à l’inflammation chez certaines cellules après un contact avec un virus, explique le Pr Divangahi.

Ces cellules gagnent alors l’habileté de réagir rapidement et efficacement face à de nouvelles infections.

Une citation de :Maziar Divangahi, immunologiste

Selon Alain Lamarre, bien qu’il faille encore faire des études pour prouver que cet effet existe bel et bien dans des situations impliquant la COVID-19, les travaux réalisés jusqu’à maintenant permettent d’envisager qu’un vaccin pour une maladie comme la grippe puisse entraîner le système immunitaire a mieux réagir à un autre pathogène pulmonaire.

Ce ne sont toutefois pas tous les vaccins qui peuvent avoir des effets contre la COVID-19.

Cela dépend fortement du type de pathologie et du type de vaccin employé et ce n’est pas quelque chose qui a beaucoup été étudié jusqu’à maintenant, avertit Maziar Divangahi.

Pour la grippe, on utilise habituellement un vaccin avec un virus inactif combiné à des adjuvants pour faire réagir le système immunitaire. Cette combinaison pourrait générer cet effet d’entraînement. Mais ce ne sont pas tous les vaccins qui fonctionnent ainsi, souligne-t-il, et le seul moyen de le prouver, c’est avec de grandes études cliniques.

Plusieurs études de ce type sont en cours pour évaluer les effets d’autres vaccins contre la COVID-19.

En attendant des résultats, l’idée que les vaccins puissent entraîner notre système immunitaire inné à mieux réagir peut apporter un certain réconfort face au défi des variants.

Même si ces virus venaient à diminuer l’efficacité des vaccins, un système immunitaire mieux entraîné pourrait permettre de diminuer les symptômes et réduire les cas les plus graves de la maladie.

Une citation de :Maziar Divangahi, immunologiste

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