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L'optimisme est-il de mise en 2021?

Alors qu’il nous faut affronter de nouveaux variants et que les vaccins se font attendre, difficile d’entrevoir sous un jour radieux les mois à venir. Et pourtant, la situation est somme toute plus positive qu'il n'y paraît.

Une femme souriante couchée dans le gazon en train de sentir des fleurs qu'elle tient dans sa main.

Un moment de grâce

Photo : iStock

« C’est presque impossible de prédire ce qui va se passer », avertit d'entrée de jeu la Dre Caroline Quach-Thanh, pédiatre microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine.

En janvier, je pensais qu’on avait enfin repris le contrôle sur la situation, se rappelle-t-elle. Puis, les variants sont arrivés.

La trajectoire que prendra la pandémie dépend en fait de décisions gouvernementales encore à venir et du comportement qu'auront les gens à l'avenir, ce qui est difficile à prédire.

Mais malgré ces incertitudes et bien d'autres, peut-on s’attendre à un été plus calme? Une troisième vague est-elle à redouter? Voici quelques temps forts à encercler sur votre calendrier.

Février à avril : entre vaccins et variants

Alors que l'on vit confiné, que nombre de commerces sont encore fermés et que des couvre-feux sont toujours en vigueur un peu partout au pays, on peut avoir l’impression que la pandémie n’a pas évolué entre le printemps 2020 et la fin de l’hiver 2021.

Or, la situation est plus positive qu’il n’y paraît.

Dans plusieurs endroits, on voit que ça commence à aller mieux et on a vu un fléchissement de la courbe, remarque la Dre Quach-Thanh. Il y a toujours beaucoup de cas, reconnaît-elle, mais on teste aussi beaucoup plus.

Par rapport au nombre d’hospitalisations beaucoup plus élevé qu’on avait l’an dernier, on comprend que la situation actuelle n’a pas du tout la même ampleur.

La Dre Caroline Quach-Thanh
 La Dre Caroline Quach, responsable de la prévention des infections au CHU Sainte-Justine.

La Dre Caroline Quach, responsable de la prévention des infections au CHU Sainte-Justine.

Photo : Radio-Canada

Même son de cloche du côté de Julien Arino, membre du Groupe de travail canadien sur la modélisation mathématique de la COVID-19.

Pour le moment, au Canada, les données suggèrent que les choses vont dans le bon sens et que l’incidence de la maladie diminue, indique le chercheur.

Par contre, note-t-il, si le vaccin semble toujours efficace contre le variant britannique, cette efficacité reste encore à déterminer pour les variants Sud-Africain et Brésilien. Aussi, le risque que de nouveaux variants plus résistants apparaissent est bien réel, met-il en garde. C’est quelque chose qu’on devra suivre très sérieusement pour la suite des choses.

Mais le vaccin, dont le rôle est préventif, n'est pas la seule arme dans notre arsenal. Divers médicaments auront aussi un rôle à jouer au cours des prochains mois pour aider à désengorger les hôpitaux.

Et même s’il n’existe toujours pas de molécules conçues spécifiquement pour traiter la COVID-19, d’autres progrès peuvent encore être faits.

J’ai confiance que les soins vont continuer de s’améliorer, affirme la Dre Quach-Thanh. On a fait de gros progrès depuis un an en montrant l’efficacité des anticoagulants et de certains stéroïdes, et on va continuer d’en grappiller un peu plus avec l’amélioration de l’arsenal thérapeutique.

Ça ne sera pas une amélioration aussi franche que ce qu’on a vu entre le printemps 2020 et maintenant, mais ça demeure encourageant, se félicite-t-elle.

Un élément imprévisible reste toutefois la réaction de la population au confinement, car on sent que la capacité de la santé publique à faire appliquer ses recommandations s'émousse, remarque Julien Arino.

Certaines personnes respectent le couvre-feu avec plus ou moins de sérieux, et plus le temps passe, plus elles ont tendance à diminuer leur adhésion aux recommandations, affirme le chercheur, qui y voit une réaction normale.

Après plus d’un an de confinement, les gens sont exaspérés, et si certaines personnes peuvent travailler à distance, d’autres n’en sont pas capables, fait-il remarquer, ce qui n'est pas sans risque.

Une perte de motivation du public pourrait compliquer de beaucoup notre capacité à prévoir comment les choses vont se passer et où on en sera rendus une fois l’été arrivé.

Julien Arino
Julien Arino de l’Université du Manitoba.

Julien Arino, mathématicien et professeur à l’Université du Manitoba.

Photo : Université du Manitoba

Mai à août : l'accalmie

Comme l'année dernière, l’été 2021 pourrait se passer sous le signe de l’accalmie.

La transmission du virus diminue au cours de l’été, puisque tout le monde est dehors, explique Caroline Quach-Thanh. En outre, le virus est peu tolérant à différents facteurs météorologiques, comme la chaleur et l’humidité, ce qui l’empêche de se propager de manière efficace.

On l’a vu l’été dernier, illustre-t-elle. Tout était ouvert, on pouvait aller manger sur des terrasses, voir des amis, avoir une vie sociale et culturelle. En plus, on aura alors une partie de la population qui sera vaccinée, ce qui aidera encore plus à réduire la transmission.

À moins qu’on ne respecte plus aucune mesure, on devrait avoir un peu plus la paix.

Caroline Quach-Thanh

Un optimisme que partage Julien Arino.

L’été dernier, on a assisté à une chute de transmission durant quelques mois et j’aurais tendance à dire qu’on pourra avoir la même chose encore cette année, affirme-t-il. On est arrivé en été à la sortie d’un confinement difficile qui a permis de réduire la transmission du virus alors qu’elle était très élevée au début du printemps.

Aussi, estime M. Arino, si la situation actuelle se poursuit jusqu’au mois de mai, on devrait débuter l’été 2021 de la même manière que ce qu’on a vu en 2020. Toutefois, avertit-il, si on arrive avec des taux plus élevés et des variants hors de contrôle, la situation pourrait être bien différente.

L’arrivée de la saison chaude ne sera toutefois pas un prétexte pour mettre la prudence de côté car, avec les gens qui se baladent et voyagent, il y a des risques accrus de transmission.

Septembre à novembre : le moment décisif

S’il y a un moment crucial à surveiller en 2021, ce sera le début de l’automne.

Avec le retour à l’école, et alors qu’un nombre grandissant de personnes restent à l’intérieur, les risques de contagion redeviennent très élevés. On peut même dire que c’est là que se jouera l’éventuelle troisième vague.

C’est à l’automne qu’on verra les résultats de nos efforts, affirme la Dre Quach-Thanh.

Si les vaccins arrivent dans les temps espérés et que les gens les prennent, la 3e vague ne sera qu’une colline, bien moins grande que ce qu’on a vu à l’automne 2020.

L’idéal serait qu’entre 80 % et 85 % de la population soit vaccinée. Mais s’il y a des retards, il faut au moins que les plus vulnérables aient eu une dose.

La plus grande inconnue est une fois encore la place que prendront les variants. Or, selon Caroline Quach-Thanh, si on reste uniquement avec les trois variants connus à l’heure actuelle, on peut se permettre d’être optimiste.

Même le variant sud-africain, plus problématique, n’amène pas l’efficacité des vaccins à zéro. On devrait donc avoir une baisse de transmission soutenue, ce qui n’était pas le cas à l’automne 2020.

Caroline Quach-Thanh

Un avis partagé par Julien Arino. Même si on ne vaccine pas rapidement, on vaccine quand même. Si on arrive à contenir à situation à l’automne prochain, on devrait commencer à respirer plus tranquillement.

Décembre et 2022 : savoir conserver les acquis

Même si la pandémie reste contrôlée l’automne prochain, cela ne veut pas dire pour autant que l’on pourra lever toutes les mesures sanitaires en place et faire une grande fête collective au Nouvel An.

Une épidémie, c’est comme un feu qui traverse une forêt, illustre Julien Arino.

Les gens qui n’ont pas été malades, c’est du bois, et pour le moment, il en reste beaucoup qui peut brûler. Même si les vaccins aident, le potentiel d’infection reste très élevé, et le virus pourrait continuer d’être une menace endémique pendant longtemps.

Julien Arino

Un autre facteur déterminant pour l’évolution de la pandémie au-delà de 2021 sera la durée de l’immunité offerte par les vaccins comme celle résultant d'une première infection.

Or, pour le moment, on n’observe pas beaucoup de perte d’immunité, affirme Julien Arino. Et on espère que ces histoires de personnes réinfectées restent de l’ordre de l’anecdote et que l’immunité acquise est suffisamment longue. Mais on n’a pas encore assez de données pour en être certain.

Éventuellement, on va revenir à l’ancienne normale, ajoute Caroline Quach-Thanh. Mais tant que la population ne sera pas vaccinée, les masques et la distanciation sociale devront rester.

Idéalement, quand tout le monde aura reçu une 2e dose, on sera aussi protégés des variants. D’ici là, tranquillement, on aura droit à des relâchements et les rassemblements pourront probablement recommencer à l’été 2022.

Caroline Quach-Thanh

Au-delà de 2022, la terrible COVID-19 deviendra peut-être un virus saisonnier, mais l’humanité aura développé une immunité assez forte pour en faire un simple rhume avec de rares complications, comme pour l’influenza.

Pour ce qui est de la date à encercler sur votre calendrier pour la fin de la pandémie, dit la Dre Quach-Thanh, j’ai parié une bouteille de champagne sur le 15 mars 2022.

Mais il reste beaucoup de travail avant qu’on puisse crier victoire de la sorte.

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