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« Je suis encore sous le choc » : Mamadi Camara revient sur sa détention

Mamadi Camara en entrevue à l'émission tout le monde en parle.

Mamadi III Fara Camara raconte son séjour en prison après avoir été arrêté à tort dans l'émission Tout le monde en parle du 14 février 2021.

Photo : Avanti / Karine Dufour

Sarah Laou

« Ç'a été extrêmement difficile pour moi [...] et très traumatisant », a exprimé Mamadi III Fara Camara lors d'une entrevue à l'émission Tout le monde en parle. Arrêté le 28 janvier et accusé à tort de tentative de meurtre sur un policier dans le quartier Parc-Extension, il a passé six jours en prison avant d'être libéré.

Lorsque j'ai été transféré à la prison de Rivière-des-Prairies, à mon arrivée, j'ai senti que les gardes se disaient : "C'est le tueur de policiers", j'avais l'air d'être un monstre. J'ai été dans des cellules avec de vrais criminels, a-t-il relaté, en évoquant à quel point cette incarcération a bouleversé le cours de sa vie.

L'homme de 31 ans, originaire de Guinée, qui est chargé de laboratoire à Polytechnique et bénéficie du statut d'étudiant étranger, se dit encore trop ébranlé pour reprendre ses activités. Celui qui sera bientôt père de jumeaux a cependant accepté de revenir sur cet épisode, en compagnie de son avocate Me Virginie Dufresne-Lemire.

Je n'ai jamais cessé d'expliquer ma version des faits et de clamer mon innocence. Si on avait pris le temps d'écouter mon récit, ça n'aurait pas pris six jours.

Mamadi Fara Camara

Mamadi Fara Camara a été détenu sans possibilité de communiquer avec sa famille. Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) lui reprochait d'avoir désarmé et blessé un policier du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) lors d'une opération pour cellulaire au volant, dans le quartier Parc-Extension.

Pour son avocate, M. Camara n'a bénéficié d'aucune présomption d’innocence et a été victime d'une vision tunnel. Me Dufresne-Lemire affirme que le témoignage du policier a été la seule version retenue et que l'on n'a pas fait attention à l’absence de preuves, en soulevant le problème des biais systémiques contre les communautés racisées.

Portrait d'une femme assise à une table

Me Virginie Dufresne-Lemire, avocate de Mamadi Fara Camara

Photo : Avanti / Karine Dufour

Me Dufresne-Lemire est notamment revenue sur l'arrestation musclée qu'a subie son client ce 28 janvier.

On sort les armes, on pointe, on va voir M. Camara, on le saisit par les épaules et on le sort du véhicule par la fenêtre. On l’amène au sol. Face contre sol. Un policier place son pied sur la tête de M. Camara.

Virginie Dufresne-Lemire, avocate de M. Camara

Après que son appartement a été fouillé de fond en comble, après quatre heures et demie d'interrogatoire et six jours de détention, M. Camara a été libéré. La police de Montréal a finalement annoncé le 5 février que des preuves permettaient d’exclure hors de tout doute sa culpabilité dans ce dossier. Les accusations déposées contre lui ont donc été retirées par la Couronne.

Un cas « de discrimination »

Ce soir-là, on a validé le discours du ou des policiers sans aller plus loin, parce que Mamadi Camara était le suspect usuel typique, dit Will Prosper, militant antiraciste des droits civiques et de la personne, qui était également invité à l'émission.

Sa réaction n'était pas de fuir, mais d'appeler le 911. [...] Mais malgré tout, on vient l’arrêter et lui mettre la botte sur la tête. Il y a le comportement de citoyen exemplaire qu’on aimerait avoir envers la police, mais ce qu’on aimerait avoir aussi, c’est que la police ait un comportement exemplaire envers [tous] les citoyens.

Will Prosper, militant des droits civiques et de la personne

Il revient sur la fouille de l’appartement de M. Camara et celle de son voisinage, mentionnant le fait que plusieurs personnes, dont des enfants, ont été placées dans un bus en attendant la fin de l'intervention policière.

On vient de prendre une personne qui n'est pas encore arrivée chez elle. Quelle était la nécessité de fouiller sa maison? [...] Est-ce qu’un citoyen dans Westmount aurait eu le même traitement dans sa maison et les logements avoisinants?, s'interroge Will Prosper. Il y a clairement eu discrimination, profilage racial et un certain comportement envoyé envers des personnes noires, selon lui.

Portrait d'un homme assis à une table

Will Prosper, militant des droits civiques et de la personne.

Photo : Aventi / Karine Dufour

Il met également en cause le traitement médiatique réservé à M. Camara. Il déplore le fait que les médias se soient basés exclusivement sur le communiqué du service de police. Beaucoup de choses ont été insinuées à son égard, mais on n'a pas pris les témoignages sur les lieux, alors qu’il y avait deux personnes qui l'innocentaient, explique-t-il.

C'est pourquoi l'avocate de M. Camara dit vouloir faire toute la lumière sur cette affaire. Elle demande un processus transparent et public afin d'analyser entre autres la responsabilité criminelle des policiers.

Il y a de l’information qui a été donnée aux médias et qui était fausse, et c'est excessivement problématique.

Virginie Dufresne-Lemire, avocate de M. Camara

Cette affaire pourrait mener à une poursuite au civil. L'enquête visant à déterminer qui a blessé le policier Sanjay Vig le 28 janvier lors d'une opération pour cellulaire au volant se poursuit.

Un individu a assommé le policier par-derrière au moment où ce dernier regagnait son véhicule. Il l'a ensuite désarmé et lui a tiré dessus avant de prendre la fuite.

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