•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Hécatombe dans les CHSLD : comprendre les erreurs pour ne pas les répéter

Luc Malouin, coroner

Le coroner en chef adjoint Luc Malouin est convaincu que l’enquête qui commence aujourd'hui fera changer les choses.

Photo : Radio-Canada

Le coroner en chef adjoint Luc Malouin est convaincu que l'enquête sur la mort de milliers de résidents de CHSLD lors de la première vague de la pandémie au Québec changera les choses.

Si les coroners avaient besoin de quelqu’un pour promouvoir leur travail, Luc Malouin serait le candidat parfait.

Moi, j'y crois fondamentalement, lance celui qui est aujourd’hui le coroner en chef adjoint du Québec lors d’une en entrevue à l'émission les Coulisses du pouvoir. Ça fait 38 ans que je suis coroner, je fais ce métier-là parce que je crois au pouvoir des coroners, ajoute-t-il.

On change les façons de faire. [...] Vous savez, l’interdiction des cellulaires au volant, ça vient des coroners; les pneus d’hiver obligatoires sur les autos, ça vient des coroners. Je pourrais vous dresser une liste exhaustive et il m’en manquerait.

Selon lui, l’enquête qui devrait commencer lundi sur les milliers de décès survenus dans les milieux de vie pour aînés lors de la première vague de la COVID-19 ne fera pas exception. Il est impossible dans le contexte de la crise qu'on a vécue, avec plus de 10 000 morts, qu’il n'y ait rien qui change, dit-il.

Un travail colossal

L’enquête du coroner cible sept milieux de vie pour aînés au Québec. C’est la coroner et avocate Géhane Kamel qui préside les audiences. Le premier établissement placé sous sa loupe est le CHSLD Herron, où une cinquantaine de personnes sont mortes de la COVID-19 en avril dernier.

Mais déjà, la première journée d’audience s’annonce plus complexe que prévu. Les propriétaires du CHSLD Herron ont demandé samedi un report des audiences. Ils estiment que les travaux ne devraient pas commencer avant la décision finale du Directeur des poursuites criminelles et pénales concernant le dépôt éventuel d'accusations criminelles.

Si cette requête venait à être refusée, ils demanderaient une ordonnance de non-publication et de non-diffusion.

Une femme masquée à l'intérieur du CHSLD.

Le CHSLD lavallois de Sainte-Dorothée est l'un des établissements pour aînés du Québec qui a payé le plus lourd tribut à la pandémie de COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Les audiences virtuelles doivent ensuite se pencher sur ce qui s’est passé dans les autres résidences ciblées par l’enquête. Il s’agit des CHSLD des Moulins à Terrebonne, René-Lévesque à Longueuil, Laflèche à Shawinigan, Sainte-Dorothée à Laval, Yvon-Brunet à Montréal et du Manoir Liverpool à Lévis.

La révision de nombreux décès plusieurs mois plus tard comporte son lot de défis, explique Luc Malouin.

Habituellement, les décès nous sont rapportés la journée et l’heure au moment où ils surviennent et le coroner peut, dès ce moment-là, ordonner des autopsies et des expertises toxicologiques. Dans ce cas-ci, tous les décès nous ont été rapportés après coup, [...] de sorte que pour établir une cause, il va falloir se baser sur le dossier médical.

De vastes pouvoirs

Dans les conclusions qu’elle souhaite publier cet automne, la coroner Ghéane Kamel ne se prononcera pas sur la responsabilité civile ou criminelle de qui que ce soit. Mais durant les audiences, elle a le pouvoir de forcer à témoigner tous ceux qu'elle jugera nécessaire d’entendre.

Il peut donc s'agir de gestionnaires de CHSLD, des employés, de familles, mais aussi de ministres.

Personne n’a le droit de refuser de témoigner à une enquête de coroner, lance Luc Malouin.

Je dis toujours que les coroners sont plus forts que la police. En fait, on a tous les pouvoirs qu'on veut pour faire une enquête. Il n'y a pratiquement aucune limite.

Une citation de :Luc Malouin, coroner en chef adjoint
Des ambulanciers d'Urgence santé transfèrent un résident d'un CHSLD.

Les personnes âgées sont très vulnérables face à la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana

Le coroner en chef adjoint du Québec estime que les pouvoirs dont dispose son bureau permettent une enquête minutieuse et complète.

Sans commenter la demande des partis d'opposition à Québec qui souhaitent la tenue d’une enquête publique indépendante, Luc Malouin se dit convaincu que l'exercice qu'entame lundi sa collègue permettra de répondre à plusieurs questions.

Une enquête de coroner, c'est comme si on entrait dans un grand corridor avec de multiples portes de chaque côté, illustre-t-il. Le coroner veut comprendre ce qui a occasionné le décès. Alors il va ouvrir la première porte. S'il n'y a pas une réponse suffisante, il va ouvrir une deuxième porte, puis une troisième. Il va aller aussi loin qu’il le juge utile et pertinent.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !